La maladie

Le méningocoque est une bactérie présente dans la gorge de certaines personnes appelées "porteurs du méningocoque". Le méningocoque se transmet directement par voie aérienne par l'intermédiaire de gouttelettes de salive, d'un porteur à une autre personne. Dans les jours qui suivent son installation dans la gorge, le méningocoque peut traverser la muqueuse et atteindre la circulation sanguine, pouvant alors entraîner une méningite ou une septicémie dont l'évolution peut conduire au décès du malade. Le purpura fulminans est une complication redoutable de l'infection par le méningocoque, qui se traduit par des plaques hémorragiques cutanées et un choc septique foudroyant mortel une fois sur trois.

Il existe plusieurs sérogroupes, parmi lesquels les cinq suivants ont une importance particulière : A, B, C, W (anciennement W135) et Y. Les sérogroupes en cause peuvent être très différents d'une région du monde à l'autre.

En Afrique subsaharienne, des épidémies de grande ampleur surviennent régulièrement, notamment pendant la saison sèche (novembre-juin), dans une zone s’étendant du Sénégal à l’Ethiopie (« ceinture de la méningite » africaine) ou ceinture de Lapeyssonnie, du nom du médecin militaire qui l'a décrite et mis en oeuvre des méthodes de lutte contre la méningite à méningocoque. Le sérogroupe A prédomine en Afrique où il est hyperendémique ; il a été également responsable d’épidémies en Asie. L’introduction progressive d’un vaccin conjugué contre le sérogroupe A dans la ceinture de la méningite en Afrique, devrait interrompre les épidémies cycliques dans les années futures. Le sérogroupe W a été responsable d’épidémies en Arabie saoudite (pèlerinage de la Mecque) et en Afrique (Niger, Burkina Faso). Les épidémies survenues début 2012 en Afrique subsaharienne ont été principalement dues au sérogroupe W. Ce sérogroupe semble maintenant durablement implanté en Afrique, avec une importance variable selon la zone géographique. Le sérogroupe X est présent depuis les années 1990 en Afrique avec des poussées épidémiques récentes (Niger, Kenya et Ouganda). Il n'existe pas de vaccin disponible contre le sérogroupe X.

Dans les zones tempérées, la plupart des cas surviennent en hiver. Des flambées localisées se produisent dans des espaces clos bondés (dortoirs, casernes, etc.). Les sérogroupes B et C prédominent dans les Amériques et en Europe où ils sont à l’origine de cas sporadiques et de petites bouffées épidémiques. Les autres sérogroupes restent minoritaires dans le monde. Cependant, le sérogroupe Y s’est implanté de façon endémique en Amérique du Nord (Etats-Unis et Canada).

Les recommandations vaccinales

Le vaccin quadrivalent conjugué ACWY Menveo peut être utilisé dès l'âge de 2 ans. 

Nouveau ! Le vaccin Nimenrix peut être utilisé dès l'âge de six semaines depuis novembre 2016 (au lieu de 12 mois auparavant). 

Menveo et Nimenrix sont disponibles en pharmacie d'officine depuis le début de l'année 2014.

Les recommandations suivantes sont basées notamment sur l'avis du 25/06/2010 relatif à l'utilisation du vaccin méningococcique conjugué tétravalent A,C,W,Y Menveo®, complété par l'avis du 17/12/2010 et l'avis du 9 décembre 2016.

Les recommandations générales

La vaccination systématique avec 1 seule dose de vaccin méningococcique C conjugué est recommandée chez tous les nourrissons âgés de 12 à 24 mois. 

L'avis du 9 décembre 2016 recommande de manière temporaire l'administration d'une dose du vaccin Neisvac à l'âge de 5 mois, suivie d'un rappel à l'âge de 12 mois. Cette recommandation devrait être inscrite dans le prochain calendrier vaccinal 2017.

Durant la période initiale de mise en place de cette stratégie et en attendant son impact optimal par la création d’une immunité de groupe, l’extension de cette vaccination systématique jusqu’à l’âge de 24 ans révolus est aussi recommandée selon le même schéma vaccinal à 1 dose.

Les recommandations particulières

1. Sujets présentant une réceptivité accrue aux infections invasives à méningocoque

Les personnes qui présentent l'un des facteurs de risque suivants devraient bénéficier d’une protection durable contre les sérogroupes A, C, W et Y du méningocoque avec un vaccin quadrivalent conjugué :

  • déficit en fraction terminale du complément ou qui reçoivent un traitement anti-C5A ; 
  • déficit en properdine ;
  • asplénie anatomique ou fonctionnelle ;
  • greffe de cellules souches hématopoïétiques.

Il existe deux vaccins quadrivalents ACWY conjugués : le vaccin Menveo peut être utilisé dès l'âge de 2 ans, le vaccin Nimenrix dès l'âge de six semaines (depuis novembre 2016).

Les vaccins NIMENRIX (depuis le 06/09/2015) et MENVEO (depuis le 23/09/2015) sont remboursés à 65 % par l'Assurance maladie pour les patients à risque élevé d'infection invasive à méningocoque (pas de remboursement pour les voyageurs).

Nouveau (février 2017) : une vaccination de rappel utilisant un vaccin tétravalent ACWY conjugué (Nimenrix ou Menveo) est recommandée tous les cinq ans chez les personnes à risque élevé et durable d'infection invasive à méningocoque, dont la liste est précisée ci-dessus.

2. Sujets au contact d'un cas d'infection invasive à méningocoque C (non antérieurement vaccinés)

Vaccination au plus tard dans les 10 jours qui suivent l’hospitalisation. Utilisation d'un vaccin conjugué monovalent contre le méningocoque C dès l'âge de 2 mois.

3. Sujets au contact d'un cas d’infection invasive à méningocoque de sérogroupe A, W ou Y

Vaccination au plus tard dans les 10 jours qui suivent l’hospitalisation.

  • Dès l'âge de six semaines ou 2 ans (selon l'AMM du vaccin) : utilisation du vaccin tétravalent conjugué ACWY.

3. Nouvelle recommandation : personnes de 25 ans et plus, résidant en France, qui fréquentent les lieux de convivialité ou de rencontres gays

La détection d'une souche de méningocoque C particulièrement transmissible chez les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes et chez les personnes fréquentant des lieux de convivialité gay a conduit les autorités sanitaires à étendre l'âge de la vaccination contre le méningocoque C aux personnes âgées de 25 ans et plus, résidant en France, qui fréquentent les lieux de convivialité ou de rencontres gays ou qui souhaitent se rendre à un ou des rassemblements gays. Cette recommandation, qui devait initialement être appliquée jusqu'en novembre 2015, a été étendue jusqu'à fin 2016 (avis du 29 janvier 2016).

Les recommandations professionnelles

Une protection durable et étendue aux sérogroupes A, W et Y du méningocoque est souhaitable pour les personnels des laboratoires de recherche travaillant spécifiquement sur le méningocoque. 

Le 14 janvier 2013, Le vaccin contre le méningocoque B BEXSERO reçoit une autorisation de mise sur le marché européen et le résumé des caractéristiques de ce produit est publié sur le site de l'EMA (European Medicines Agency). Début 2014, ce vaccin est disponible et est utilisé pour la vaccination des nouvelles personnes éligibles à la  recommandation dans les départements de Seine-Maritime et de la Somme et les cantons de Lagor et Navarrenx dans le département des Pyrénées-Atlantiques. Cependant, les dernières données épidémiologiques ont fait recommander au cours de l'année 2014 l'arrêt progressif de cette campagne de vaccination.

Une nouvelle instruction du 24/10/2014 actualise la conduite à tenir autour d'un cas d’infection invasive à méningocoque.

Les recommandations pour les voyageurs

1. Sujets se rendant dans une zone d’endémie dans des conditions à risque

Notamment pour un séjour dans la "ceinture de la méningite" en Afrique subsaharienne : zones de savane et Sahel, d’Ouest en Est, du Sénégal à l’Éthiopie, au moment de la saison sèche, favorable à la transmission du méningocoque (habituellement hiver et printemps) ou dans toute autre zone où sévit une épidémie, dans des conditions de contact étroit et prolongé avec la population locale :

  • Sujets âgés de 2 mois et plus en cas d’épidémie due au méningocoque de sérogroupe C : avec le vaccin méningococcique C conjugué ; 
  • Sujets âgés de 6 mois et plus en cas d’épidémie due au méningocoque de sérogroupe A : avec le vaccin méningococcique A+C ; 
  • Dès l'âge de 2 ans en cas d’épidémie due au méningocoque de sérogroupe W ou Y : avec un des 2 vaccins méningococciques conjugués A, C, Y, W (Menveo, Nimenrix).

2. Sujets se rendant dans ces zones pour y exercer une activité dans le secteur de la santé ou auprès des réfugiés.

Utilisation d'un vaccin méningococcique conjugué ACWY (Menveo ou Nimenrix).

3. Pèlerinage à La Mecque (Hadj et Umra)

Vaccination obligatoire par un des deux vaccins méningococciques conjugués ACWY. La vaccination doit être réalisée au moins 10 jours avant le départ. Le vaccin méningococcique A + C ne satisfait pas à cette obligation.

  • Vaccin méningococcique conjugué ACWY : dès l'âge de six semaines (Nimenrix) ou 2 ans (Menveo). 

Le schéma vaccinal

Vaccination des personnes immunodéprimées ou aspléniques : consulter le rapport de décembre 2014.

1 Vaccin monovalent conjugué contre le méningocoque C

  • Enfant à partir de l’âge de 1 an, adolescent et adulte : 1 injection unique ;
  • Nourrisson de moins de 1 an : 2 doses à au moins 2 mois d’intervalle et un rappel au cours de la deuxième année de vie, en respectant un intervalle d’au moins 6 mois après la 2ème dose.  

2. Vaccin quadrivalent ACWY conjugué (Menveo, Nimenrix)

  • Une injection vaccinale. 

La fréquence des rappels éventuellement nécessaires n'est pas encore connue. Afin d’éviter un phénomène d’hyporéactivité immunologique lors d’administrations itératives de vaccins méningococciques non conjugués, le vaccin tétravalent conjugué devrait être privilégié lorsque c'est possible.

Par ailleurs, lorsque la vaccination par le vaccin méningococcique conjugué ACYW est envisagée chez un sujet ayant reçu antérieurement un vaccin méningococcique :

  • aucun délai n'est recommandé après la vaccination avec un vaccin conjugué monovalent C ; 
  • un délai de trois ans est recommandé après la vaccination avec un vaccin non conjugué tétravalent (durée estimée de protection du vaccin non conjugué) ; 
  • en cas de nécessité impérative et urgente d'élargir la protection aux sérogroupes Y et W des sujets vaccinés depuis moins de trois ans avec le vaccin non conjugué A+C, et en l'absence de données spécifiques, aucun délai minimum n'est recommandé.

3. Vaccin méningococcique non conjugués bivalent A et C

Une dose.

Durée de protection de 3 ans. Il peut être utilisé entre 6 et 11 mois révolus pour la protection contre le méningocoque A.

Les données épidémiologiques

En 2014, le taux d'incidence des infections invasives à méningocoques en France est de 0,72 cas pour 100 000 habitants. Cela correspond à un nombre de cas le plus bas depuis 20 ans.Les infections invasives à Neisseria meningitidis de sérogroupe B sont toujours les plus fréquentes (n=230, 55,8%) comparées à celles des infections de sérogroupe C (n=122,  30 %), de sérogroupe Y (n=40, 10 %), de sérogroupe W (n=19, 4 %) et un cas de sérogroupe X (données InVS 2015).
Chez les adultes âgés de 25 ans et plus, le sérogroupe C est prédominant. Entre 2010 et 2014, la fréquence de cas a augmenté de manière significative chez les moins d'1 an et les 25-59 ans.
Les infections invasives à méningocoques sont des maladies dont le pronostic reste sévère. Les infections invasives à méningocoques confirmées biologiquement par culture bactérienne ou PCR sont des affections toujours graves. En 2014, la notion de purpura fulminans, qui est un facteur de pronostic était rapportée dans 32 % des infections de sérogroupe B. L'évolution de l'affection renseignée dans 99 % des cas, a conduit au décès de 48 patients (11 %) et 32 (8 %) ont présenté des séquelles précoces. La létalité est plus importante en présence de purpura fulminans (27% des cas) qu'en l'absence de ce signe clinique (7%). Les personnes de plus de 60 ans ont également un pronostic plus réservé (21% de décès) que les patients des classes d'âge plus jeunes (8,6 cas).
Les infections invasives à méningocoque sont les plus fréquents dans les régions Nord-pas de Calais et Bretagne. Pour les infections invasives à méningocoque C, les régions Bretagne et Guyane ont un taux de notification 2 fois supérieur à la moyenne nationale.
Les infections invasives à méningocoques peuvent survenir de manière sporadique, mais également évoluer selon plusieurs cas groupés. 2012 : augmentation du nombre de cas d'infections invasives à méningocoque W chez des voyageurs en provenance de pays africains de la ceinture de la méningite.

Méningocoque B

En 2014, les infections invasives à méningocoques ont été les plus fréquentes dans les régions Nord-Pas de Calais et Bretagne. Le sérogroupe B a été identifié le plus fréquemment dans trois régions (Nord-Pas de calais, Bretagne, provence-Alpes-Côte d'Azur) avec une incidence 1,5 fois supérieure à la moyenne nationale.

Les infections invasives à méningocoques peuvent survenir de manière sporadique, mais également évoluer selon plusieurs cas groupés. 4 grappes de cas à sérogroupe B ont été signalées en 2014, dont 2 étaient dues à des souches couverte par le vaccin Bexsero, ce qui a justifié des vaccinations auprès des personnes

Depuis 2003, la situation d'hyperendémie (fréquence élevée de la maladie) dans le département de Seine-Maritime, impliquant une souche B particulière (B:14:P1.7,16), a régressé depuis la campagne de vaccination MenBVac démarrée en 2006. En 2009, la campagne de vaccination a été élargie à d'autres zones de la région de Dieppe et dans la Somme compte tenue de la diffusion de cette bactérie dans ces zones.

A l'été 2013, il a été observé une baisse de l'incidence des infections invasives à méningocoques B en Seine Maritime dans les zones des cantons vaccinés depuis 2009.

Par ailleurs, l'augmentation de l'incidence de cas d'infections invasives à méningocoque B liées au clone B:14:P1.7,16 dans les cantons de Lagor et Navarrenx (département des Pyrénées-Atlantiques) a justifié en février 2013, une campagne de vaccination des personnes âgées de 2 mois à 24 ans, contacts des cas.

Initialement débutées avec le vaccin MenBvac, les campagnes de vaccination se sont poursuivies à partir de novembre 2013 avec le nouveau vaccin contre le méningocoque B BEXSERO, compte tenue sa récente disponibilité . La vaccination avec ce vaccin était alors initiée pour les personnes nouvellement éligibles aux recommandations.

En juillet 2014, les campagnes de vaccination dans les départements de Seine Maritime, de la Somme et des Pyrénées Atlantiques ont été arrêtées compte tenue de la diminution de l'incidence des cas dus au clone B:14:P1.7,16 dans ces zones.

Les données de couverture vaccinale

Depuis 2010, une tendance à l'augmentation de l'incidence des infections invasives à méningocoque C a été observée dans les tranches d'âges non ciblées par la recommandations vaccinale (moins de 1 ans, plus de 25 ans).

Couverture vaccinale contre le méningocoque C. Les ventes de vaccins ont été multipliées par 20 entre 2008 et 2012, à la suite de l’intégration de cette vaccination dans le calendrier vaccinal et de son remboursement en 2010. La baisse des ventes de ce vaccin entre 2010 et 2012 (28 %) et entre 2011 et 2012 (17 %) ne peut être interprétée comme une diminution de la couverture vaccinale dans la mesure où un très large rattrapage concernant les enfants de 2 à 24 ans ayant été recommandé en 2010, il était attendu un pic de consommation en 2010, suivi d’une diminution au fil du temps. En 2012,  la couverture vaccinale contre le méningocoque C reste très insuffisante alors que la recommandation de vaccination des personnes âgées de 1 à 24 ans a été introduite dans le calendrier vaccinal en 2010.

En 2014, la couverture vaccinale contre le méningocoque C bien qu'insuffisante, a progressé. Elle était estimée à :
  • 64 % à 24 mois (60 % en 2012)
  • 53,6 % chez les 3-9 ans (30 % en 2012)
  • 28,7 % chez les 10-14 ans (22 % en 2012)
  • 20,5 % chez les 15-19 ans (13 % en 2012)
  • 5,4 % chez les 20-24 ans (3 % en 2012)

Les références