Nouvelles recommandations vaccinales contre les infections invasives à méningocoque B en Seine-Maritime, dans la Somme et les départements limitrophes

Publié le 5 mar. 2011 à 12h37

Biographie

- Professeur agrégé enseignant à l'École du Val-de-Grâce et à l'Université de Bordeaux.

Liens d'intérêt

- Aucune perception de rémunération ou de tout autre avantage de l'industrie pharmaceutique.
- Aucun investissement financier dans une firme pharmaceutique.
- Aucune participation à des études cliniques de vaccins.
- Aucune rémunération ou avantages reçus de l'industrie pharmaceutique.
- Déclaration mise à jour le 26 août 2020.

Un nouvel avis, daté du 11 février 2011 et relatif à la poursuite de la campagne de vaccination contre les infections invasives à méningocoque B avec le vaccin MenBvac® en Seine-Maritime, dans la Somme et les départements limitrophes, a été publié le 4 mars 2011 sur le site du Haut Conseil de la santé publique (HCSP).

Une situation d’hyperendémie des infections invasives à méningocoque B (infections graves telles que les méningites ou les septicémies) a été mise en évidence en 2003 dans le département de Seine-Maritime. Cette hyperendémie était liée à la circulation d’une souche de méningocoque B dite clonale, car possédant des caractéristiques qui la distinguent des autres souches de méningocoque B. Elle est désignée par la formule antigénique "B:14:P1.7,16", véritable carte d'identité de la souche où "B" désigne le sérogroupe du méningocoque (en France, les méningocoques appartiennent le plus souvent aux sérogroupes B et C), "14" correspond à son sérotype (déterminé par la structure d'une protéine appelée "PorB), et "P1.7,16" correspond à son séro-sous-type (déterminé par une autre protéine appelée "PorA").

La plupart des vaccins utilisent comme antigène la capsule qui entoure la bactérie et qui détermine le sérogroupe du méningocoque : ce type de vaccin existe contre les sérogroupes A, C, W135 et Y. Le méningocoque B pose un problème particulier :  il existe une communauté antigénique entre le polyoside (sucre complexe) qui compose sa capsule et certains composants du cerveau humain, ce qui rend ce polyoside d'une part non immunogène, et d'autre part, potentiellement dangereux car susceptible de provoquer des réactions auto-immunes. La seule possibilité de créer un vaccin est d'utiliser d'autres antigènes que les antigènes capsulaires. C'est sur ce principe que repose la fabrication du vaccin MenBVac®, de l'Institut norvégien de santé publique, dont l'antigène est constitué de vésicules membranaires exprimant notamment des protéines de la souche "norvégienne" B:15:P1.7,16. La souche B:14:P1.7,16 qui circule en Seine Maritime et la souche vaccinale norvégienne B:15:P1.7,16 partagent la même protéine "PorA", qui définit le sous-type P1.7,16. Or, la réponse immunitaire est majoritairement dirigée contre cette protéine PorA. C'est la raison pour laquelle le vaccin MenBVac® a été sélectionné pour combattre la vague hyperendémique causée par la souche de méningocoque B:14:P1.7,16.

Dans ce contexte, et dans l’objectif d’interrompre la transmission du clone B:14:P1.7,16 dans la population, le Comité technique des vaccinations et le Conseil supérieur d’hygiène publique de France ont recommandé en mars 2006 la vaccination avec le vaccin MenBvac® des enfants et adolescents âgés de 1 à 19 ans de l’ensemble du département de Seine-Maritime. Toutefois, du fait des quantités limitées de vaccin MenBVac®, la vaccination a été limitée initialement aux groupes d’âge les plus exposés au risque d'infection grave à méningocoque et aux zones géographiques les plus atteintes.

Les nouvelles recommandations sont fondées sur les données épidémiologiques et de pharmacovigilance, ainsi que sur la disponibilité actuelle en vaccin MenBvac®, l'actualisation des mesures de prophylaxie autour d'un cas d'infection invasive à méningocoque B et de nouvelles études d'immunogénicité (capacité du vaccin à produire des anticorps protecteurs contre l'agent pathogène).

Aucun nouveau foyer significatif d’hyperendémie n’a été identifié en Seine-Maritime, dans la Somme et dans les départements limitrophes.

En Seine-Maritime, la baisse de l’hyperendémie observée dans les cantons de Dieppe-Est, Dieppe-Ouest, Offranville, Envermeu, Longueville et Bacqueville. témoigne d’un impact favorable de la vaccination réalisée depuis 2006. Toutefois, la survenue en décembre 2009 et janvier 2010 de deux cas liés à la souche B:14:P1.7,16 dans ces cantons, montre que celle-ci persiste localement.

Dans la Somme, l’incidence des cas liés à la souche B:14:P1.7,16 avait nettement diminué en 2010 dans les cantons de Friville-Escarbotin, Gamaches, Saint-Valéry-sur-Somme et Ault. mais la survenue de 3 cas confirmés depuis fin novembre 2010 témoigne d'une circulation persistante. 

Par ailleurs, l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) considère que le profil de sécurité d’emploi du MenBvac® est satisfaisant.

En conséquence, le Haut Conseil de la santé publique recommande :

  • La poursuite en 2011 de la campagne vaccinale avec le vaccin MenBvac® dans les zones définies dans les précédents avis pour tous les nourrissons, enfants, adolescents et adultes âgés de 2 mois à 24 ans révolus, en incluant les nouvelles cohortes de nourrissons et les nouveaux résidents.
  • Le maintien de la recommandation de vaccination avec le vaccin MenBvac® autour d’un cas confirmé d'infection à méningocoque B:14:P1.7,16 dans les départements de Seine-Maritime et de la Somme et son extension au département de la Manche.
  • La poursuite par l’Afssaps de la pharmacovigilance renforcée du vaccin MenBvac®.
  • La poursuite de la surveillance épidémiologique et microbiologique des infections invasives à méningocoque B. 

Enfin, le HCSP rappelle dans cet avis qu'il est difficile d’estimer la population susceptible d’être vaccinée en 2012. Compte-tenu de la circulation persistante de la souche B:14:P1.7,16, il estime qu’il faut prévoir la poursuite de la campagne de vaccination. 

Source : Haut Conseil de la santé publique.