Rapport 2018 de l'Organisation mondiale de la santé sur le paludisme dans le monde Médecine des voyages

Publié le 21 nov. 2018 à 18h46

Biographie

Médecin retraité, spécialisé en médecine des voyages. Membre de la Société de médecine des voyages (depuis 2000) Formateur en vaccinologie et médecine des voyages (depuis 2000)

Liens d'intérêt

Absence de lien d’intérêt avec les firmes pharmaceutiques

Le 19 novembre 2018, l'Organisation mondiale de la santé a publié le rapport 2018 sur le paludisme dans le monde.

A) Situation mondiale de l'endémie

Au niveau mondial, le nombre de cas de paludisme est estimé à 219 millions en 2017 contre 239 millions en 2010 et 217 millions en 2016.

Même si les estimations du nombre de cas de paludisme pour 2017 sont en baisse de 20 millions par rapport à 2010, les données pour la période 2015-2017 mettent en évidence l'absence de progrès significatifs par rapport à cet indicateur durant ce laps de temps.

La plupart des cas (92 %) ont été enregistrés dans la région Afrique, loin devant la région Asie du Sud-Est (5 %) et la région Méditerranée orientale (2 %).

Quinze pays d'Afrique subsaharienne et l'Inde ont concentré quasiment 80 % du nombre total de cas de paludisme dans le monde, parmi lesquels cinq, à eux seuls, ont enregistré près de la moitié des cas : le Nigéria (25 %), la République Démocratique du Congo (11 %), le Mozambique (5 %), l'Inde (4 %) et l'Ouganda (4 %).

Le taux d'incidence du paludisme a globalement diminué entre 2010 et 2017, passant de 72 à 59 cas pour 1 000 habitants soumis au risque. Cela représente une réduction de 18% sur la période. Cependant, cette incidence de 59 cas pour 1 000 habitants soumis au risque reste stable depuis trois dernières années. Toutefois cette évolution est variable selon les régions.

La région Asie du Sud-Est a continué de voir son taux d'incidence diminuer. Toutes les autres régions ont enregistré soit peu de progrès ou une augmentation du taux d'incidence.

La région des Amériques a enregistré une hausse, due en grande partie à l'augmentation de la transmission du paludisme au Brésil, au Nicaragua et au Venezuela.

  • Espèces plasmodiales en cause
  1. Plasmodium falciparum est le parasite du paludisme le plus prévalent dans la région Afrique. Il est en effet à l'origine de 99,7 % des cas de paludisme estimés en 2017, tout comme dans les régions Asie du Sud-Est (62,8 %), Méditerranée orientale (69 %) et Pacifique occidental (71,9 %).
  2. Plasmodium vivax prédomine dans la région des Amériques, représentant 74,1 % des cas de paludisme.
  • Mortalité associée

Au niveau mondial, le nombre de décès dus au paludisme a été estimé à 435 000, contre 451 000 en 2016 et 607 000 en 2010. La létalité du paludisme diminue toujours mais les enfants de moins de 5 ans restent les plus vulnérables face au paludisme. Ils ont représenté 61 % des décès associés au paludisme dans le monde. À elle seule, la région Afrique a enregistré 93 % des décès liés au paludisme. 

Près de 80 % des décès dus au paludisme dans le monde en 2017 ont été concentrés dans 17 pays de la région Afrique et en Inde. Sept de ces pays représentent 53 % des décès associés : le Nigéria (19 %), la République Démocratique du Congo (11 %), le Burkina Faso (6 %), la République-Unie de Tanzanie (5 %), la Sierra Leone (4 %), le Niger (4 %) et l'Inde (4 %).

B) Prévention du paludisme

  • Lutte antivectorielle

En Afrique, la moitié de la population à risque dort sous moustiquaire imprégnée d'insecticide : en 2017, contre 29 % en 2010.

La part de la population ayant accès à une moustiquaire imprégnée d'insecticide est passée de 33 % en 2010 à 56 % en 2017.

La part de la population à risque protégée par pulvérisation intra domiciliaire d'insecticides à effet rémanent, mesure préventive qui consiste à pulvériser d'insecticides les murs intérieurs des habitations, a diminué. Le taux de couverture de cette intervention a baissé, d'un pic de 5 % en 2010 à 3 % en 2017, et cette tendance est observée dans toutes les régions.

  • Traitements préventifs

En Afrique, pour protéger les femmes vivant dans des zones de transmission modérée à élevée, l'Organisation mondiale de la santé recommande le traitement préventif intermittent pendant la grossesse (TPIp) par sulfadoxine-pyriméthamine.

Sur 33 pays africains ayant communiqué des données de couverture en TPIp en 2017, 22 % des femmes enceintes éligibles avaient reçu au moins trois doses de TPIp (comme recommandé par l'Organisation mondiale de la santé), contre 17 % en 2015 et 0 % en 2010.

En 2017, 15,7 millions d'enfants vivant dans 12 pays d'Afrique sahélienne ont été protégés par des programmes de chimioprévention du paludisme saisonnier (CPS). Cependant, quelque 13,6 millions d'enfants qui auraient pu bénéficier de cette intervention n'ont pas été couverts, principalement à cause d'un manque de financements.

C) Diagnostic et traitement

  • Accès aux soins

Un diagnostic précoce et un traitement rapide sont les moyens les plus efficaces de prévenir l'aggravation des cas de paludisme et les décès associés. D'après les enquêtes nationales réalisées dans 19 pays d'Afrique subsaharienne entre 2015 et 2017, une médiane de 52 % des enfants ayant eu de la fièvre ont sollicité des soins auprès d'un prestataire formé, ce qui signifie qu'ils se sont rendus dans un hôpital ou une clinique du secteur public, un établissement privé formel ou ont consulté un agent de santé communautaire.

Les enquêtes nationales révèlent des disparités en matière d'accès aux soins en fonction du revenu des ménages et du lieu de résidence.

  • Traitement

Sur les 19 enquêtes nationales réalisées auprès des ménages en Afrique subsaharienne entre 2015 et 2017, le pourcentage d'enfants de moins de 5 ans, fiévreux et ayant reçu un médicament antipaludique, a atteint 29 %.

Les associations médicamenteuses à base d'artémisinine (ACT) font partie intégrante de la réussite récente de la lutte mondiale contre le paludisme, protéger leur efficacité pour le traitement du paludisme est une priorité de santé mondiale. 

En Afrique, aucune résistance (partielle) à l'artémisinine n'a été rapportée à ce jour.

D) Conclusion

Initié par l'Organisation mondiale de la santé, cette approche pour l'éradication du paludisme repose sur quatre piliers :

  • galvaniser la volonté politique nationale et internationale de réduire la mortalité liée au paludisme ;
  • dynamiser l'impact au niveau de chaque pays par une utilisation stratégique des informations ;
  • déployer les stratégies, politiques et directives internationales les plus efficaces et les plus adaptées aux pays d'endémie palustre ; mettre en œuvre une réponse nationale coordonnée.

La base de connaissance de Mesvaccins a été mise à jour avec ces nouvelles données concernant le paludisme, en particulier les cartes de risque de paludisme pour chaque pays concerné.

Source : Organisation mondiale de la santé.