Epidémie d’infections à Escherichia coli producteurs de shiga-toxine en Allemagne Médecine des voyages

Publié le 9 juin 2011 à 16h18

Biographie

- Professeur agrégé enseignant à l'École du Val-de-Grâce et à l'Université de Bordeaux.

Liens d'intérêt

- Aucune perception de rémunération ou de tout autre avantage de l'industrie pharmaceutique.
- Aucun investissement financier dans une firme pharmaceutique.
- Aucune participation à des études cliniques de vaccins.
- Aucune rémunération ou avantages reçus de l'industrie pharmaceutique.
- Déclaration mise à jour le 26 août 2020.

Une importante épidémie d'infections graves causées par une bactérie particulière, de l'espèce Escherichia coli, sévit en Allemagne depuis la première semaine de mai 2011.

Escherichia coli est un hôte normal de l'intestin de l'homme et d'autres mammifères, la plupart du temps peu pathogène. C'est une cause fréquente d'infections urinaires, notamment chez la femme ; c'est aussi une cause de septicémie quand la bactérie diffuse dans le sang chez des personnes souvent fragilisées.

Cependant, certaines souches acquirent des facteurs de virulence provenant d'autres bactéries. C'est le cas des souches d'E. coli productrices d'une toxine particulière, la shiga-toxine, également appelée vérotoxine. Ces souches sont désignées par l'acronyme "STEC" (en anglais Shiga-Toxin E. coli). En raison des diarrhées sanglantes qu'elles entrainent, elles sont aussi appelées ECEH pour "E. coli entérohémorragiques" ou EHEC (Enterohemorrhagic E. coli) en anglais. Les STEC/EHEC sont responsables de manifestations cliniques variées : diarrhée banale ou sanglante pouvant évoluer, principalement chez le jeune enfant, vers une complication grave : le syndrome hémolytique et urémique. Ce syndrome, cansé par la production importante de vérotoxine, comporte notamment une insuffisance rénale aiguë.

Le réservoir principal des STEC est le tube digestif des ruminants. L'homme devient malade après consommation d'aliments contaminés, plus rarement après contact avec une personne malade, des animaux colonisés ou des produits de l'environnement contaminés par les matières fécales de ces animaux. Les principaux aliments à risque sont les viandes consommées crues ou insuffisamment cuites, les produits laitiers au lait cru et les végétaux consommés crus.

En Allemagne, entre le 1er mai et le 7 juin 2011, plus de 2.325 infections à STEC dont 642 formes graves (car compliquées d'un syndrome hémolytique et urémique) et 22 décès, ont été rapportés : 61 % sont des femmes, dont 88 % ont plus de 20 ans. La tranche d'âge de 20 à 50 ans est la plus atteinte. Les trois quarts des cas sont survenus dans le nord de l'Allemagne (Hambourg, Schleswig-Holstein, North-Rhine-Westpalia et Basse Saxe). L'infection est due à un sérogroupe très rare de STEC (E. coli O104 : H4 ; O désigne un antigène présent sur la paroi de la bactérie, et H un antigène présent sur le flagelle, qui permet à la bactérie d'être mobile). Une tendance à la baisse du nombre de cas a été récemment signalée. Malgré plusieurs rumeurs, la source de l'épidémie localisée en Allemagne n'a en réalité pas encore été identifiée. Les investigations réalisées ont fait suspecter les concombres, les tomates ou les salades vertes, ainsi que des graines germées ou des jeunes pousses produites en Allemagne. Dans l'attente de données plus précises, les autorités sanitaires allemandes recommandent de ne pas consommer ces aliments crus. La cuisson permet de détruire les bactéries. 

En Europe, 96 infections à STEC chez des personnes ayant voyagé en Allemagne ont été rapportées dans 12 autres pays : Autriche (2), Danemark (18), Espagne (2), Finlande (1), France (2), Luxembourg (1) ; Pays-Bas (8), Norvège (1), Pologne (2), Suède (47), Royaume-Uni (11) et République Tchèque (1).

En France, seul un petit nombre de cas de diarrhée sanglante causés par cette souche particulière d'E.coli (moins d'une dizaine) a été rapporté chez des personnes ayant séjourné en Allemagne auparavant.

Les voyages en Allemagne ne sont pas déconseillés actuellement.

Source : Institut de veille sanitaire et Organisation mondiale de la santé.