La triste histoire vraie des visons néerlandais contaminés par le SRAS-CoV-2 Médecine des voyages

Publié le 13 juin 2020 à 10h00

Biographie

Médecin retraité, spécialisé en médecine des voyages. Membre de la Société de médecine des voyages (depuis 2000) Formateur en vaccinologie et médecine des voyages (depuis 2000)

Liens d'intérêt

Absence de lien d’intérêt avec les firmes pharmaceutiques

Fin avril 2020, l'Institut national néerlandais pour la santé publique, a  notifié la détection du SRAS-CoV-2 dans deux élevages de visons situés à environ 5 km l'un de l'autre, dans la partie sud-centrale du pays.

Les visons viennent compléter une longue liste certainement non exhaustive dans laquelle figuraient à titre plus ou moins anecdotique furets, civettes masquées, chauves-souris, pangolins, hamsters de Syrie, chiens et chats, tigres, macaques etc. Dans certains cas, la transmission directe de l’homme à l’animal a été établie parfois sur des preuves ténues, la voie inverse, de l’animal à l’homme, étant désormais largement admise.

Ainsi le 19 et le 20 avril 2020, les pensionnaires de deux fermes d’élevage situés dans la province du Brabant ont développé des symptômes respiratoires évoluant, dans quelques cas, vers une insuffisance respiratoire aiguë et le décès. 

Dix jours plus tard, l’épidémie s’est mise à flamber en s’étendant à d’autres visonnières du pays. A ce moment de l’année, la population des fermes se compose principalement de femelles gestantes et c’est chez ces dernières que sont survenus les décès, les petits n’étant pas concernés car protégés pendant un certain temps par les anticorps maternels.

L’autopsie de 36 femelles a le plus souvent révélé une pneumopathie interstitielle sévère rattachée à une infection par le SARS-CoV-2, l’ARN viral étant détecté par RT-PCR en différents sites : poumons, pharynx, rectum, intestins, voire foie dans un cas. C’est au niveau du pharynx que la charge virale était la plus élevée. Le séquençage du génome viral était en faveur d’une certaine analogie, à 22 nucléotides près, avec le virus détecté à Wuhan.

De l’homme à l’animal puis entre animaux puis de l’animal à l’homme ?

Alors que le principal risque de contracter le virus est de loin, d'une autre personne, l'Institut national néerlandais pour la santé publique a recommandé des mesures strictes ( fermeture des routes aux cyclistes et aux piétons à moins de 400 mètres des fermes, tests d'échantillons d'air, etc.)  hors d'une abondance de prudence. 

Dans le même temps, une enquête épidémiologique a été diligentée par les services de santé auprès des propriétaires ou des employés des dites fermes et de leur famille. C’est ainsi que, dans l’une des fermes, a été repérée une personne qui, début avril, avait présenté les symptômes de la Covid-19 sans donner lieu à des investigations. Dans l’autre ferme, un autre cas symptomatique avait débouché sur une hospitalisation le 31 mars avec confirmation biologique du diagnostic. La charge virale pharyngée était trop faible pour permettre un séquençage du génome viral.

D’après ces constatations, la transmission du SARS-CoV-2 de l’homme à l’animal, puis entre animaux… puis de l’animal à l’homme apparaît vraisemblable encore que difficile à prouver. 

La transmission de l’homme aux chats et aux chiens, voire aux tigres est admise . 

Dans les deux fermes, les animaux étaient dans des cages séparées par des barrières imperméables, de sorte que la transmission d’un animal à l’autre n’a pu se faire par contact direct. C’est donc la voie indirecte qui est la plus probable.

Les poussières inhalées par les parties prenantes ont été suspectées et de fait, l’ARN viral a été détecté dans des échantillons de l’air circulant dans les deux fermes.

Le 7 juin, l'épidémie se propage à 10 fermes de visons, l'abattage des visons est ordonné

le virus peut continuer à circuler dans les élevages de visons pendant une longue période et peut donc présenter un risque pour la santé publique et animale. Il est prévu que toutes les entreprises infectées seront éliminées au cours de la semaine suivante.

La suppression des fermes infectées doit empêcher la formation d'un réservoir de virus dans les fermes de visons, ce qui pourrait mettre en danger la santé publique. Les visons ont des chiots au printemps. Les chiots de mères précédemment infectées ont reçu des anticorps qui diminuent avec le temps, ce qui signifie que les chiots deviendront plus sensibles au virus COVID-19 dans un proche avenir.

Une fin tragique…

L’histoire se termine mal pour les visons : pour éviter la constitution d’un réservoir de SARS-CoV-2, il a été décidé de les éliminer massivement. C’était de toute façon inhérent à leur condition et la Covid-19 n’a fait que précipiter les évènements. 

Les fermes d’élevage, une filière importante aux Pays-Bas, pourraient subir un coup fatal qui risque fort d’avoir des répercussions dans les pays qui abritent encore de telles structures, qu’il s’agisse du Danemark ou de la Chine par exemple.

Aux Pays-Bas, leur disparition était programmée en 2024 pour des motifs principalement d’ordre éthique. Il y a fort à parier que leur fin anticipée vient à point pour les autorités sanitaires et qu’ailleurs, la menace désormais représentée par les visons sera prise en compte à moins que la loi du marché ne l’emporte…ce qui n’est jamais à exclure.

Sources : Journal international de médecine ; Afludiary.blogspot.