La bilharziose intestinale est bien présente au Malawi Médecine des voyages

Publié le 3 sept. 2020 à 17h06

Biographie

- Médecin biologiste à la retraite.
- Auparavant : médecin biologiste dans un hôpital d'Instruction des armées pendant 6 ans, puis détaché pendant 20 ans par le Service de santé des armées comme virologiste d'abord puis comme directeur dans 3 instituts du Réseau international des Instituts Pasteur.

Liens d'intérêt

- Aucune rémunération actuelle ou dans le passé de l'industrie pharmaceutique.
- Aucun investissement financier dans une firme pharmaceutique.
- Aucune participation à des études cliniques de vaccins.

Une étude publiée le 31 août 2020 dans Infectious Diseases of Poverty rapporte une épidémie de biharziose (ou schistosomiase) intestinale chez des enfants habitant sur le rivage du lac Malawi, dans le district de Mangochi au Malawi.

La schistosomiase intestinale n'était pas considérée comme endémique au Lac Malawi jusqu'en novembre 2017, lorsque des populations de Biomphalaria pfeifferi (escargot d'eau douce hôte du parasite, encore appelé planorbe) y ont été signalées pour la première fois. En mai 2018, l'émergence de cette parasitose a été confirmée. 

Fin mai 2019, trois enquêtes transversales sur des enfants de l'école primaire ont été conduites à l'aide d'une combinaison de tests de diagnostic rapide et d'examens parasitologiques dans les écoles de Samama (n = 80) et de Mchoka (n = 80), où Schistosoma mansoni (parasite responsable de la bilharziose intestinale) a été signalé pour la première fois, Mangochi Orphan (n = 60) et Koche (n = 60). La schistosomiase intestinale a été confirmée dans toutes les écoles avec une prévalence de 18 à 35 %.

ref: Kayuni SA, O'Ferrall AM, Baxter H, et al. An outbreak of intestinal schistosomiasis, alongside increasing urogenital schistosomiasis prevalence, in primary school children on the shoreline of Lake Malawi, Mangochi District, Malawi. Infect Dis Poverty. 2020; 9(1): 121. Published 2020 Aug 31. doi:10.1186/s40249-020-00736-w.

Rappels sur la schistosomiase.

Les schistosomoses (encore appelées schistosomiases ou bilharzioses) sont des maladies parasitaires dues à des vers trématodes (vers plats) du genre Schistosoma. Plusieurs espèces sont en cause et leur répartition dans la zone intertropicale est variable selon l'espèce. Deux principaux parasites touchent l'homme, Schistosoma mansoni sur les continents africain et américain et Schistosoma haematobium principalement sur le continent africain.

La contamination se fait par contact avec l'eau dans laquelle se trouvent des mollusques  hôtes intermédiaires contaminés.

Le tableau clinique de la bilharziose intestinale est dominé par les signes intestinaux de la période d'état et par les graves complications hépato-spléniques (c'est-à-dire du foie et de la rate) qui alourdissent parfois le pronostic. On reconnaît dans la maladie trois phases :

  • Une phase de pénétration cutanée de la larve du parasite, discrète, elle n'est pas constante et se manifeste par une éruption et un prurit (dermatite cercarienne).
  • Une phase d'invasion qui évolue sur quelques semaines et  au cours de laquelle la larve migre dans l'organisme et peut être responsable d'un tableau clinique très protéiforme, parfois fébrile et inquiétant. La manifestation biologique contemporaine  de cette phase est une augmentation importante du taux des polynucléaires éosinophiles dans le sang.
  • Une phase d'état qui est longue et au cours de laquelle les lésions sont induites par les œufs du parasite enchâssés dans les organes. Au cours de la schistosomose à Schistosoma mansoni, les organes touchés sont le tube digestif et le foie, le parasite adulte vivant dans les capillaires mésentériques qui sont drainés par le système porte digestif. Le symptôme important est une diarrhée allant jusqu'à la dysenterie. On note encore une symptomatologie polymorphe : troubles gastriques avec épigastralgies, nausées, vomissements, soif intense et météorisme.

Chez le voyageur, la prévention repose sur l'absence de contact avec l'eau douce en zone d'endémie. Si ces contacts ont eu lieu (toilettes, traversée de gué, …, baignade récréative !!)  il est important de le signaler au médecin traitant au retour de voyage et a fortiori en cas de manifestations cliniques.

Source : Infectious Diseases of Poverty.