Infections à gonocoque : recrudescence du nombre de cas dans le Michigan et des atteintes disséminées en Californie en lien avec la pandémie de covid 19 Médecine des voyages

Publié le 23 nov. 2020 à 23h13

Biographie

- Médecin biologiste à la retraite.
- Auparavant : médecin biologiste dans un hôpital d'Instruction des armées pendant 6 ans, puis détaché pendant 20 ans par le Service de santé des armées comme virologiste d'abord puis comme directeur dans 3 instituts du Réseau international des Instituts Pasteur.

Liens d'intérêt

- Aucune rémunération actuelle ou dans le passé de l'industrie pharmaceutique.
- Aucun investissement financier dans une firme pharmaceutique.
- Aucune participation à des études cliniques de vaccins.

Deux alertes récentes aux États-Unis

Dans le Michigan, le Department of Health and Human Services (DHHS) a fait état d'une augmentation significative du nombre de cas de gonococcie (ou gonorrhée) signalés dans l'État. Dans cet État, comme pour l'ensemble des États-Unis, le nombre de cas s'accroit régulièrement depuis une dizaine d'année. Depuis 2014 l'évolution est la suivante : 9 688 cas en 2014, 10 330 en 2015, 12 450 en 2016, 15 742 en 2017, 17 300 en 2018, 18 264 en 2019, soit une augmentation annuelle variant de 5 % à 26 %.

Dans son alerte, l'état du Michigan signale qu'au 31 octobre 2020 le nombre de cas de gonococcies a déjà dépassé les chiffres de 2019, ce qui laisse présager une augmentation de 22 % des gonococcies signalées pour 2020. Pour le DHHS, il est probable que cette augmentation soit sous-estimée, l'épidémie de covid étant associée à une réduction des consultations pour dépistage.

En Californie, les autorités sanitaires de l'État signalent une augmentation des infections gonococciques disséminées, une complication de la gonorrhée non traitée. La forme la plus fréquemment rapportée et celle d'arthrite septique. Les autorités sanitaires de l'état estiment que la pandémie de covid entraîne une diminution du dépistage des infections sexuellement transmissibles (IST) et par conséquent de la mise en route d'un traitement précoce qui évite la survenue de complications.

Les éléments importants sur l'épidémiologie des gonococcies aux Etats-Unis

Aux États-Unis, en 2017, on dénombrait 555 608 cas de gonococcies soit un taux d'incidence de 172/100 000 (à titre de comparaison, on dénombrait en Europe la même année 89 488 cas confirmés pour un taux d'incidence de 21,6/100 000). Les principales caractéristiques des cas étaient les suivantes : 

  • 91,6 % des malades avaient un âge compris entre 15 et 44 ans (dans le Michigan 51 % des malades ont moins de 25 ans)
  • Les hommes sont plus fréquemment infectés et les statistiques effectuées à partir des données de régions qui enregistrent le comportement sexuel ont montré la répartition suivante : 42,5% chez les hommes ayant des rapports sexuels avec les hommes (HSH), 25,1 % chez les hommes ayant des rapports sexuels avec les femmes et 32,4 % chez les femmes
  • 60,1 % des cas rapportés étaient retrouvés dans les zones à forte densité de population (dans le Michigan, le nombre de cas était 5,5 fois plus élevé à Detroit que dans le reste de l'état et un tiers des cas concernait les résidents de cette ville, tandis que 52 % étaient diagnostiqués dans la région métropolitaine des comtés de Macomb-Oakland-Wayne).
  • Les Afro-Américains représentent la sous-population la plus touchée (66 % des cas dans le Michigan, taux d'incidence 13,6 fois supérieur à celui de la population blanche).

La pandémie de covid accroit le risque d'Infections Sexuellement Transmissibles

Il existe quelques arguments pour étayer l'hypothèse d'un impact de la pandémie de covid sur les IST. En France, l'impact de la pandémie sur la prise en charge et le dépistage de l'infection à VIH a été documenté. Dans une étude américaine publiée, mais non soumise à un comité de lecture, les auteurs concluent que, si les changements de comportement sexuel liés à la pandémie peuvent réduire la transmission des IST de manière transitoire, cela ne compensera pas l'augmentation du nombre de cas due à la dégradation de la prise en charge médicale constatée au cours de la pandémie. Enfin, des auteurs italiens ont également lancés une alerte récente. Ils estiment que les comportements à risque n'ont pas forcément diminué en période de covid 19, et qu'il existe un retard au diagnostic qui favorise l'apparition de séquelles et de complications (J Eur Acad Dermatol Venereol . 2020 Jul 27 : 10.1111/jdv.16808)

Rappels sur les infections à gonocoque et leur prévention

La gonococcie (également appelée gonorrhée ou encore blennorragie) qui est due au gonocoque, une bactérie nommée Neisseria gonorrhoeae, est la deuxième IST après les infections à chlamydia en terme de fréquence.

Elle se transmet la plupart du temps lors d'un rapport sexuel vaginal, anal ou buccogénital mais aussi de la mère à l'enfant pendant l'accouchement.

Elle se manifeste habituellement chez l'homme par un écoulement génital purulent et des brûlures lors de la miction (urétrite aiguë) ; l'incubation est de 2 à 5 jours. Elle peut se compliquer d'une orchiépididymite avec le risque d'hypofertilité, d'une prostatite ou d'un rétrécissement urétral. Chez la femme, jusqu'à 70 % des cas sont totalement asymptomatiques. Lorsqu'elle est symptomatique, l'infection se traduit par une cervico-vaginite avec des leucorrhées, souvent associée à une urétrite. L'évolution peut se faire vers, une salpingite compliquée éventuellement d'une stérilité et d'un risque de grossesse extra-utérine.

Il y a également chez les hommes et les femmes des formes anorectales (anorectite purulente) et pharyngées (asymptomatiques le plus souvent).

Les formes généralisées sont plus rares : arthrites, septicémies, endocardites, périhépatite chez la femme, atteintes cutanées, méningite.

Par ailleurs l'infection à gonocoque facilite la transmission du VIH.

Prévention 

Elle repose sur différents moyens.

1. L'usage de préservatifs masculins et féminins avec marquage CE avec tout partenaire occasionnel ou inconnu, quels que soient les pratiques sexuelles et le type de rapports.

2. Un dépistage précoce de l'infection

2.1. A partir d'un prélèvement urinaire chez l'homme et un auto-prélèvement vaginal chez la femme, ainsi que sur un prélèvement anal en cas de rapports anaux et sur un prélèvement pharyngé en cas de rapports oraux.

2.2. Grâce à l'utilisation de techniques de biologie moléculaires extrêmement sensibles qui rechercheront également une infection à chlamydia.

2.3. Ce dépistage peut se faire dans un laboratoire de biologie médicale sur prescription médicale ou dans un Centre Gratuit d'Information, de Dépistage et de Diagnostic (CeGIDD).

2.4. En France il n'y a pas de recommandations récentes précisant les patients cibles d'un dépistage. La HAS en 2010 proposait deux stratégies :

a. Dépistage ciblé dans les sous-groupes de population présentant des facteurs de risque :

  • Les personnes dépistées ou diagnostiquées pour une autre IST.
  • Les personnes ayant des antécédents d'IST, dont le gonocoque.
  • Les hommes ayant des rapports avec d'autres hommes.
  • Les personnes porteuses du VIH.
  • Les hommes et les femmes ayant des comportements sexuels à risque : personnes ayant eu plusieurs partenaires sexuels au cours des 12 derniers mois et ayant une utilisation inadaptée des préservatifs ; partenaire(s) sexuel(s) d'une personne infectée par le gonocoque ou par une autre IST (il est primordial d'informer le patient des risques de recontamination justifiant de prévenir les partenaires qu'il a eu au cours des 2 mois précédents les premiers symptômes) qui seront dépistés.

b. Dépistage de l'ensemble des individus ayant recours aux soins dans les CeGIDD, les centres de planification et d'éducation familiale (CPEF), les centres d'orthogénie et les centres de santé sexuelle.

3. Un traitement adapté et précoce qui limite le risque de complication et réduit la transmission.  Le traitement des partenaires récent est indispensable. Il repose sur 500 mg de ceftriaxone en une injection intramusculaire unique. On y associera un traitement adapté aux infections à chlamydia. Ces dernières années, les autorités sanitaires de nombreux pays s'inquiètent de l'émergence de bactéries résistantes aux antibiotiques, avec le risque que les infections deviennent très difficiles à traiter.

Source : Outbreak News Today.