Epidémie de légionellose au Portugal Médecine des voyages

Publié le 23 nov. 2020 à 14h19

Biographie

- Médecin biologiste à la retraite.
- Auparavant : médecin biologiste dans un hôpital d'Instruction des armées pendant 6 ans, puis détaché pendant 20 ans par le Service de santé des armées comme virologiste d'abord puis comme directeur dans 3 instituts du Réseau international des Instituts Pasteur.

Liens d'intérêt

- Aucune rémunération actuelle ou dans le passé de l'industrie pharmaceutique.
- Aucun investissement financier dans une firme pharmaceutique.
- Aucune participation à des études cliniques de vaccins.

Les autorités de santé publique du Portugal ont signalé une épidémie de légionellose dans la région du Grand Porto, dans le nord du pays. Trois municipalités ont été touchées : Póvoa de Varzim, Vila do Conde et Matosinhos. Le nombre de cas de légionelles diagnostiqués depuis le début de l'épidémie le 29 octobre est de 85 ; 9 décès sont survenus chez des patients âgés de 74 à 92 ans.

Selon l'European Center for Disease Prevention and Control (ECDC), une enquête épidémiologique est en cours, comprenant une évaluation clinique et environnementale et un échantillonnage en vue d'un sous-typage ultérieur et d'une comparaison des isolats. Deux tours de refroidissement ont été fermées. La dispersion géographique des cas est compatible avec une source environnementale sous l'effet des changements climatiques de la dépression Bárbara, qui se sont produits sur le territoire national pendant la période d'incubation des cas. Néanmoins, la source d'exposition reste incertaine. Étant donné la nature localisée des foyers de légionellose et l'absence d'indications que les voyageurs sont ou pourraient être touchés, le risque pour les autres pays de l'Union Européenne (UE) et de l'Espace Economique Européen (EEE) est considéré comme très faible.

L’ECDC précise que les symptômes de la légionellose et les groupes à risque vis-à-vis de cette maladie sont similaires à ceux de la covid. Par conséquent, les États doivent maintenir un niveau élevé de préparation pour détecter rapidement les foyers de légionellose. Cela est d'autant plus important que, du fait des mesures de contrôle de la covid, les infrastructures touristiques et industrielles peuvent avoir modifié leur activité, ce qui pourrait affecter les systèmes d'approvisionnement en eau.

Rappels sur la légionellose :

La légionellose est une infection respiratoire provoquée par une bactérie du genre Legionella qui se développe dans les milieux aquatiques naturels ou artificiels.

Le genre Legionella est constitué de 53 espèces. En Europe et aux États-Unis, L. pneumophila de sérogroupe 1 représente 90% des cas de légionellose chez l’homme. L. longbeachae, fréquemment isolée dans les composts et terreaux, est responsable d’au moins 30% des légionelloses en Australie, Nouvelle Zélande, Nouvelle Calédonie et Thaïlande.

Les légionelles sont retrouvées de manière ubiquitaire dans les eaux douces naturelles et les sols humides. Ces bactéries se développent dans des eaux de température comprise entre 20 et 50°C et son détruites au-delà des 60°C. A partir du milieu naturel, elles peuvent coloniser les sites hydriques artificiels et y proliférer si les conditions sont réunies. Elles peuvent alors être dispersées par aérosols et contaminer une personne qui y serait exposée. Les sources d’infections les plus fréquemment en cause sont les réseaux intérieurs de distribution d’eau chaude sanitaire (aérosols produits en particulier lors de douches) et les tours aéroréfrigérantes à partir desquelles les légionelles peuvent être diffusées dans l’environnement. Plus rarement d’autres installations ont été mises en cause : bains à remous, brumisateurs, humidificateurs, appareils à oxygénothérapie et apnée du sommeil, fontaines décoratives, etc... Il n’y a pas de transmission interhumaine des légionelles.

La légionellose est une maladie à déclaration obligatoire en France. En 2019, 1 816 cas de légionellose ont été notifiés. L’exposition la plus fréquemment rapportée était la notion de voyage (18% des cas) : 58% avait voyagé en France et 21% en Europe. Parmi ces cas, 248 correspondaient aux critères de notification de l'European Legionnaires’ disease surveillance network : 77% d’entre eux avait séjourné dans des hôtels ou des campings et 23% avaient séjourné dans des gîtes, des maisons d’hôtes ou des locations disponibles par internet. Les cas de légionellose peuvent être regroupés dans le temps ou dans l’espace traduisant une source de contamination commune.

Les légionelles sont responsables de deux formes de maladie chez l’homme :

  • La fièvre de Pontiac qui a une allure de syndrome grippal, ne s'accompagne pas de pneumonie et ne met pas le pronostic vital en jeu. La guérison est habituellement spontanée en 2 à 5 jours. Cette maladie passe inaperçue dans la majorité des cas
  • La légionellose, qui se caractérise par une infection pulmonaire aiguë. La durée d’incubation est de 2 à 10 jours. Le taux de décès était de 10% en France en 2019 mais il peut être plus élevé quand existent des facteurs de risque et/ou un retard de prise en charge adaptée.

Un certain nombre de facteurs de risque sont associés à la maladie : l’âge supérieur à 50 ans, le tabagisme, le diabète, les pathologies chroniques cardiaques, pulmonaires ou rénales, une hémopathie maligne ou un cancer évolutif, un antécédent de transplantation ou de greffe d’organe,  un traitement par corticoïdes ou par immunosuppresseur.

Le traitement d’une légionellose confirmée repose dans les formes non graves sur une antibiothérapie par macrolides (azithromycine) ; dans les formes graves on utilisera une fluoroquinolone (levofloxacine ou  ofloxacine ou ciprofloxacine) qui pourra être associée à un macrolide.

Il n’existe pas de vaccin contre la légionellose. La prévention de cette maladie repose sur la surveillance des eaux chaudes sanitaires et des tours aéroréfrigérante qui s’inscrit dans un cadre réglementaire.

Source : Outbreak News Today.