Au Brésil l'État du Paraná rapporte le 1er cas autochtone d'infection à virus Zika de l'année 2020 Médecine des voyages

Publié le 1 déc. 2020 à 22h29

Biographie

- Médecin biologiste à la retraite.
- Auparavant : médecin biologiste dans un hôpital d'Instruction des armées pendant 6 ans, puis détaché pendant 20 ans par le Service de santé des armées comme virologiste d'abord puis comme directeur dans 3 instituts du Réseau international des Instituts Pasteur.

Liens d'intérêt

- Aucune rémunération actuelle ou dans le passé de l'industrie pharmaceutique.
- Aucun investissement financier dans une firme pharmaceutique.
- Aucune participation à des études cliniques de vaccins.

Les autorités sanitaires de l'État de Paraná, dans le sud du Brésil, ont signalé le premier cas confirmé de transmission locale du virus Zika, selon un bulletin d'information sur les arbovirus. Le virus a été détecté dans la municipalité de Cambé, au nord de l'État.

Rappels sur l'épidémiologie des infections à virus Zika au Brésil (données de l'Organisation mondiale de la santé) :

Le Brésil a été touché par une épidémie de fièvre Zika qui a débuté "officiellement" en avril 2015 (56 159 cas) et a perduré en 2016 (273 904 cas). Par la suite la transmission du virus Zika a perduré avec respectivement 31 754 cas en 2017, 19 020 cas en 2018, 30 500 cas en 2019 et 12 893 à ce jour en 2020. Il faut noter que les notifications concernent les cas suspects. Ainsi en 2018, sur les 19 020 cas 7 % seulement étaient confirmés en laboratoire. 

Le Brésil est donc un pays où la circulation du virus Zika perdure. En cas de séjour, le risque d'infection est faible mais nécessite cependant la mise en œuvre de mesures de préventions dont certaines sont spécifiques (se référer à la suite des rappels).

Rappels sur l'infection à virus Zika :

La fièvre Zika est due au virus Zika (ZIKV) un arbovirus membre de la famille des Flaviviridae et du genre Flavivirus.

Epidémiologie

La dernière mise à jour faite par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) date de juillet 2019. Les Centers for Disease Control and Prevention proposent un atlas permettant de localiser les pays en fonction du risque de transmission du ZIKV. Actuellement aucun pays n'est touché par une épidémie de ZIKV.

L'OMS informe que les données épidémiologiques précises et actualisées sur le ZIKV sont limitées dans de nombreuses régions du monde. L'absence de détection ou de notification de la transmission du ZIKV ne peut donc pas nécessairement être assimilée à des preuves que la transmission ne se produit pas, en particulier dans les zones où les niveaux de transmission sont faibles. 

Transmission

La transmission du virus Zika se fait principalement par la piqûre du moustique femelle du genre Aedes (A. aegypti et A. albopictus). La transmission materno-foetale a été formellement mise en évidence ; elle est possible tout au long de la grossesse et maximale si l'infection maternelle survient au 1er trimestre. Il existe une transmission interhumaine par voie sexuelle. Le virus Zika peut être transis par transfusion de sang, en cas d'exposition au risque ou d'infection par le virus le donneur sera écarté du don du sang pendant.

Aspects cliniques

Dans 75% des cas, aucun symptôme n'apparait après l'infection.

Quand l'infection est symptomatique, 12 jours après une piqûre de moustique infesté, apparait une éruption maculo-papuleuse qui évolue de manière descendante, accompagnée d'une fièvre, d'adénopathies, d'arthralgies ou de myalgies, d'une conjonctivite, d'une asthénie, de céphalées, de douleurs rétrosternales. La maladie est résolutive en 4 à 7 jours en l'absence de complications.

Au cours de l'évolution, des cas de syndrome de Guillain-Barré (SGB) ont été signalés chez l'adulte. Le risque de SGB reste cependant faible (2,4 cas/10 000) et l'évolution est rapide vers une amélioration. L'infection à virus Zika pendant la grossesse est responsable de Zika congénital dans 12 à 15% des cas, avec des  lésions cérébrales, dont la microcéphalie est la forme la plus sévère. Des malformations extra-neurologiques peuvent être associées.

Traitement : Il n'y a pas de traitement spécifique de la maladie.

Prévention :

Il n'y a pas de vaccin disponible pour prévenir l'infection à virus Zika.


La protection contre les piqûres de moustiques est une mesure essentielle pour la prévention. Il est recommandé à toute personne vivant ou voyageant dans des zones de circulation du virus Zika de prendre des précautions pour éviter les piqûres de moustiques :

  • détruire les larves et les gîtes potentiels de reproduction des moustiques autour et dans l'habitat (récipients contenant de l'eau stagnante…) ;
  • port de vêtements couvrants ;
  • répulsifs anti-moustiques, contenant du DEET, sur la peau découverte ;
  • vêtements et moustiquaire imprégnés d'insecticide pour la sieste et la nuit ;
  • les personnes qui utilisent un écran solaire doivent appliquer le répulsif 20 minutes après l'écran solaire.

Des mesures de préventions supplémentaires sont à discuter pour les femmes enceintes, les femmes susceptibles de tomber enceintes et leurs partenaires masculins. Elles varient en fonction du contexte (voyageur ou personne résidant en zone d'endémie, et du niveau de risque de transmission). 

Pour les femmes enceintes les voyages sont déconseillés en cas de séjour dans un pays à risque élevé d'infection par le virus Zika (zones avec épidémies déclarées). Si le risque d'infection par le virus Zika est faible (zones avec cas sporadiques ou épidémie s'étant terminée il y a moins de 24 mois), il est recommandé d'envisager, quel que soit le terme de la grossesse, un report du voyage. Si le voyage ne peut être évité, une consultation médicale est fortement recommandée afin de bénéficier de l'ensemble des informations permettant l'application des mesures de prévention à mettre en œuvre dans ce cas.

Pour les femmes ayant un projet de grossesse qui prévoient un voyage en zone d'épidémie de Zika, il est recommandé de reporter leur projet de grossesse à leur retour de voyage. Des mesures de prévention complétant la prévention des piqûres de moustiques seront à appliquer au cours du voyage et au retour. Compte-tenu de leur complexité, elles devraient être explicitées à l'occasion d'une consultation médicale.

Dans tous les cas, afin d'éviter au maximum la dissémination du virus Zika, devant une fièvre d'apparition brutale et des douleurs articulaires ou musculaires dans les 15 jours qui suivent le retour en Europe, d'un séjour en zone intertropical, il faut consulter son médecin au plus vite en signalant son voyage.

Sources : Outbreak News Today ; Paraná, Governo do Estado, Secretaria de Saúde.