Flambée de salmonellose liée aux hérissons de compagnie au Canada Médecine des voyages

Publié le 3 déc. 2020 à 18h08

Biographie

- Médecin biologiste à la retraite.
- Auparavant : médecin biologiste dans un hôpital d'Instruction des armées pendant 6 ans, puis détaché pendant 20 ans par le Service de santé des armées comme virologiste d'abord puis comme directeur dans 3 instituts du Réseau international des Instituts Pasteur.

Liens d'intérêt

- Aucune rémunération actuelle ou dans le passé de l'industrie pharmaceutique.
- Aucun investissement financier dans une firme pharmaceutique.
- Aucune participation à des études cliniques de vaccins.

Au Canada, 32 personnes (31% d'enfants de 10 ans ou moins), dont 4 ont été hospitalisées, ont été infectées par SalmonellaTyphimurium. La contamination a été reliée à un contact direct ou indirect avec des hérissons de compagnie selon l'Agence de la santé publique du Canada. Il s'agit d'une épidémie "multi-états" puisque les cas ont été signalés dans 6 provinces : Colombie-Britannique (3), Alberta (6), Saskatchewan (1), Ontario (4), Québec (17) et Nouveau Brunswick (1).  

Les enquêteurs tentent de déterminer s'il existe une source commune entre les hérissons infectés. Une flambée a été signalée aux Etats-Unis au mois de septembre 2020 (nouvelle n°16446 du 5 octobre 2020).

Rappels sur le hérisson de compagnie :

La possession d’un hérisson comme animal de compagnie est un phénomène qui a émergé en Amérique du Nord à la fin des années 80. Avec le développement de la mode des « nouveaux animaux de compagnie » (NAC), ce phénomène s’est amplifié dans les années 2 000. On estime  actuellement au États-Unis à plus de 400 000 le nombre de hérissons domestiques.

L’espèce habituellement gardée comme animal de compagnie est le hérisson africain à ventre blanc (Atelerix albiventris). Aux Etats-Unis la possession de cet animal est conditionnée par l’obtention d’une autorisation délivrée par le Ministère de l’agriculture, et certains Etats en ont interdit la détention (Arizona, Californie, Géorgie, Hawaii, Maine, Pennsylvanie , Washington D.C. et New York Ville mais pas l'État de New York). Au Canada la détention est légalisée depuis 2002. En France, la détention d’un hérisson  est conditionnée par l’obtention d’un certificat de capacité délivré par l’autorité préfectorale. L’acquisition peut se faire par l’intermédiaire d’élevages en Amérique du Nord, ce qui devrait être impossible en Europe, mais l’animal peut être acquis par des circuits parallèles ou être ramené par un voyageur. Le hérisson européen, animal sauvage qui bénéficie d’un statut de protection total dans toute la Communauté européenne, ne fait en principe pas partie des NAC.

Les hérissons peuvent être porteurs d’un certain nombre de microorganismes pathogènes pour l’homme. Les deux zoonoses les plus fréquemment transmises à l’homme par le hérisson sont les salmonelloses et les teignes inflammatoires dues à Trichophyton mentagrophytes var. erinacei, Trichophyton spécifique du hérisson. Le risque de transmission est d’autant plus important que le hérisson porteur de ces microoragnismes n’est pas malade. Le portage de salmonelles concerne près de 30% des hérissons et des cas sporadiques de salmonellose ou des épidémies ont été rapporté à plusieurs reprises an Amérique du Nord (une épidémie de S. typhimurium en lien avec des hérissons de compagnie a par exemple touché 26 personnes dans plusieurs états des États-Unis entre 2011 et 2013). De nombreux autres agents pathogènes ont été mis en évidence chez le hérisson, en particulier chez le hérisson sauvage, mais le rôle de cet animal comme source d’infection parait dans ce cas anecdotique.

L'événement rapporté dans cette nouvelle est l'occasion de rappeler les mesures de prévention des zoonoses transmises par les NAC :

  • Règles de biosécurité
    • Éviter les NAC chez les personnes immunodéprimées
    • Proscrire tout contact avec la bouche avec les NAC
    • Éviter les mélanges d’espèces et les contacts entre NAC et faune sauvage
    • Traiter contre les tiques
    • Ne pas faire participer son NAC à des expositions
  • Respecter des mesures d’hygiène et d’assainissement strictes
    • Hygiène des mains rigoureuse
    • Ne pas manger, boire, fumer lors des manipulation d’animaux
    • Ne pas avoir d’animaux dans la cuisine
    • Ne pas laver la cage du NAC dans la cuisine
    • Assurer une hygiène des cages (porter des gants) et des gamelles
  • Prendre l’avis d’un vétérinaire avant l’acquisition d’un NAC et adresser l’animal en consultation avant l’introduction au domicile.

Source : ProMED.