Les Etats-Unis signalent une moyenne de 476 000 cas annuels de maladie de Lyme Médecine des voyages

Publié le 19 jan. 2021 à 23h27

Biographie

- Médecin biologiste à la retraite.
- Auparavant : médecin biologiste dans un hôpital d'Instruction des armées pendant 6 ans, puis détaché pendant 20 ans par le Service de santé des armées comme virologiste d'abord puis comme directeur dans 3 instituts du Réseau international des Instituts Pasteur.

Liens d'intérêt

- Aucune rémunération actuelle ou dans le passé de l'industrie pharmaceutique.
- Aucun investissement financier dans une firme pharmaceutique.
- Aucune participation à des études cliniques de vaccins.

La borréliose de Lyme est due à une infection par Borrelia burgdorferi transmise à l’homme par les tiques Ixodes. C'est la maladie à transmission vectorielle la plus fréquemment signalée aux États-Unis. La plupart des cas signalés se produisent dans 14 États du nord-est, du centre de l'Atlantique et du haut Midwest (le Connecticut, le Delaware, le Maine, le Maryland, le Massachusetts, le Minnesota, le New Hampshire, le New Jersey, New York, la Pennsylvanie, le Rhode Island, le Wisconsin, le Vermont et la Virginie). La maladie touche des personnes de tous âges, mais l'incidence atteint un pic chez les enfants et les adultes âgés. Sa fréquence atteint son maximum les mois d’été. Aux Etats-Unis, cette infection est une maladie à déclaration obligatoire depuis 1991 avec 30 000 à 40 000 cas signalés chaque année, mais il y a une sous-déclaration importante et l’intérêt des données de la surveillance tend à diminuer.

La revue Emerging Infectious Diseases a publié en février 2021 une étude qui a estimé qu’entre 2010 et 2018, environ 476 000 (IC à 95 % 405 000-547 000) personnes ont annuellement été diagnostiquées avec une borréliose de Lyme. Ces résultats sont issus de l’exploitation des bases de données IBM Watson Health MarketScan Commercial Claims and Encounters, qui regroupent des données correspondant à des demandes de soins couverts par des assurances-santé des secteurs privé et public aux États-Unis. Les analyses épidémiologiques ont permis de considérer ces données comme suffisamment représentatives pour les extrapoler à l’ensemble de la population et évaluer le poids représenter par la borréliose de Lyme aux États-Unis. Une étude reposant sur une méthodologie proche avait porté sur la période 2005-2010 et estimé le nombre annuel de cas de borréliose de Lyme sur cette période à environ 329 000 par an. Les auteurs concluent donc à une augmentation significative du poids de cette maladie entre les deux périodes étudiées.

Ils estiment par ailleurs que la différence entre leur estimation et le nombre de cas déclarés chaque année s’explique par l’importance de la sous-déclaration via le circuit des maladies à déclaration obligatoire (MDO) (selon les études, 1 cas sur 3 à 1 cas sur 12 est déclaré). Cependant, les auteurs n’écartent pas un « surdiagnostic » de la borréliose de Lyme dans leur étude. Dans leur travail, les incidences estimées  de la maladie chez les résidents des 14 états « à forte incidence » à partir des données de DO ou à partir des données de MarketScan  sont comparables. Par contre; l’incidence estimée chez les résidents des états « de faible incidence » à partir des données de MarketScan est quatre fois plus importante que celle issue des données de DO. Dans la base de donnée MarketScan, le diagnostic de borréliose de Lyme repose sur des critères cliniques et les auteurs estiment que dans les états « de faible incidence » un diagnostic de borréliose de Lyme est établi par excès devant des manifestations cliniques éventuellement compatibles avec cette maladie.

Références: Kugeler KJ et al., Estimating the Frequency of Lyme Disease Diagnoses, United States, 2010–2018, Schwartz AM et al. Use of Commercial Claims Data for Evaluating Trends in Lyme Disease Diagnoses, United States,, 2010-2018

Rappels sur la maladie de Lyme (Référence : Gocko X. et al. Borréliose de Lyme et autres maladies vectorielles à tiques. Recommandations des sociétés savantes françaises. Médecine et maladies infectieuses 49 (2019) 296–317)

En France, la maladie de Lyme, ou « borréliose de Lyme », est une maladie bactérienne qui touche l'être humain et de nombreux animaux. Elle est due à une infection par Borrelia burgdorferi sensu lato. Les espèces réservoirs sont des souris, des écureuils ou des cervidés. Les Borrelia pathogènes semblent surtout transmises aux humains par des tiques du genre Ixodes.

Une borréliose de Lyme pourra être évoquée devant différentes manifestations cliniques. Les manifestations cutanées sont les manifestations les plus fréquentes de la borréliose de Lyme qui peut être évoquée devant : un érythème migrant (EM) unique (phase localisée) ou multiple (phase disséminée précoce) qui apparait 3 à 30 jours après la morsure de tique, un lymphocytome borrélien (phase disséminée précoce) ou une acrodermatite chronique atrophiante (ACA) (phase tardive disséminée, plus de 6 mois après le début des symptômes). Les atteintes neurologiques sont, après les manifestations cutanées, les plus fréquentes en France (6,5–15 % des cas). Elles surviennent durant la phase disséminée précoce (moins de 6 mois après la morsure de tique) dans plus de 90 % des cas. Toute manifestation neurologique dans les suites d’un EM non traité ou d’une piqûre de tique avérée doit faire évoquer une neuro-borréliose. Les principales formes sont les méningoradiculites et les atteintes de nerfs crâniens, principalement du nerf facial (36 % des neuro-borrélioses en Europe). Les méningites, les myélites aiguës et les encéphalites, beaucoup plus rares. Des arthralgies surviennent fréquemment (50-70 %) durant les phases précoces. Lors de la phase disséminée, la manifestation articulaire caractéristique de la borréliose de Lyme est une monoarthrite, touchant dans 85 % des cas le genou. Les manifestations cardiologiques sont rares (0,3-4 % des cas), les atteintes cardiaques les plus fréquentes étant les blocs auriculo-ventriculaires. Les manifestations ophtalmologiques sont rares et leur imputabilité à une borréliose de Lyme est souvent incertaine.

En dehors de l’érythème migrant qui est de diagnostic clinique, la mise en évidence d’anticorps (sérum et liquide céphalo-rachidien) par une technique immuno-enzymatique (ELISA) complétée, en cas de positivité, par une technique d’immuno-empreinte, a sa place pour étayer le diagnostic. La PCR Borrelia peut être effectuée dans les biopsies cutanées en cas d’ACA et dans le liquide articulaire/biopsie synoviale en cas d’atteinte articulaire pour aider au diagnostic.

Le traitement antibiotique repose sur l’utilisation en première ligne de doxycycline chez l’adulte, remplacé chez l’enfant de moins de 8 ans par l’amoxicilline dans les atteintes cutanées et articulaire, et par la ceftriaxone dans les atteintes neurologiques. La durée de traitement est adaptée à la forme clinique.

La prévention de la borréliose de Lyme consiste à éviter les piqûres de tiques et repose sur :

  • Une protection mécanique : La meilleure prévention est le port de vêtements couvrants (pantalon long mis dans les chaussettes - voire guêtres - et chemise à manches longues), de préférence de couleur claire, pour mieux repérer les tiques.
  • Une protection chimique utilisée en complément.
    • Les répulsifs sont utilises pour des expositions occasionnelles, du fait de l’absence de données de tolérance pour les expositions répétées sur le long terme. Chez les femmes enceintes et les enfants de moins de 24 mois, les répulsifs ne sont pas recommandés en l’absence d’évaluation du rapport bénéfices/risques. Les molécules répulsives recommandées sont : le DEET, l’IR35/35, le KBR 3023, le PMDRBO. Plusieurs règles sont à respecter : appliquer sur peau découverte (inutile sous les vêtements), respecter l’âge indiqué dans la notice et le rythme des applications, ne pas appliquer en même temps qu’une protection antisolaire.
    • Il est possible d’imprégner les vêtements avec des produits à base de pyréthrine, toutefois, leur tolérance en cas d’utilisation prolongée n’a pas été évaluée et 0,5 % de la dose appliquée sur la peau est absorbée.
  • Au retour de zones à risque, l’inspection corporelle minutieuse est recommandée, tout particulièrement les zones chaudes et humides, le cuir chevelu et les oreilles, surtout chez les jeunes enfants. La douche peut être l’occasion de compléter l’inspection corporelle. Il est recommandé de répéter l’inspection le lendemain de l’exposition.

Si une tique est détectée, il est recommandé de :

  • pratiquer une extraction mécanique avec un crochet à tique ou une pince fine, le plus rapidement possible. Il est déconseillé d’extraire la tique avec les doigts ou d’utiliser des substances telles qu’éther, huile, vernis ;
  • désinfecter la peau au point de piqûre avec un antiseptique, après retrait de la tique ;
  • se laver les mains avec du savon ;
  • réaliser une photographie de la tique et noter la date et le lieu de piqûre : cette photographie pourra être montrée à un médecin ou pharmacien pour identification ;
  • surveiller la zone au cours des 4 semaines qui suivent afin de détecter un érythème migrant qui signerait une borréliose de Lyme, ou une escarre d’inoculation. Il convient alors de prendre un avis médical en précisant la piqûre récente.

Sources : Safetravel ; Emerging Infectious Diseases.