Le Haut Conseil de la Santé Publique publie un rapport sur les maladies infectieuses émergentes Médecine des voyages

Publié le 27 juil. 2011 à 22h50

Biographie

- Assistant de biologie médicale et au service des urgences de l'HIA Bégin, à Saint-Mandé
- Spécialiste des envenimations, auteur de plusieurs publications scientifiques sur ce sujet, et co-auteur du livre intitulé "aspects cliniques et thérapeutiques des envenimations graves" (Urgence Pratique publications).

Liens d'intérêt

- Aucune rémunération de l’industrie pharmaceutique
- Aucun investissement financier dans une firme pharmaceutique
- Aucune participation à des études cliniques de vaccins
- Déclaration mise à jour le 31/08/2014

Les maladies infectieuses émergentes sont des maladies nouvelles, causées par un agent infectieux inconnu jusqu'à alors, ou un agent existant qui se modifie. Elles suscitent de nombreuses inquiétudes sanitaires, économiques et sociopolitiques, exacerbées par le phénomène de la mondialisation. Les conditions de survenue, l'expression clinique et le mode de transmission sont variés comme le montrent les maladies présentées à titre d'exemple dans ce rapport : syndrome aigu sévère (SRAS), infection à virus West Nile, chikungunya et infections à entérocoques résistants aux glycopeptides.

L'émergence d'une maladie infectieuse découle d'interactions entre facteurs multiples reposant sur le triptyque hôte – pathogène – environnement. Une meilleure compréhension de ces facteurs devrait permettre le développement d'une véritable culture du risque épidémique et la transposition de certains acquis à des situations inédites. L'anticipation et la détection précoce reposent sur la surveillance épidémiologique qui doit être menée par de multiples acteurs de la santé humaine et animale, de l'environnement et des forces publiques. Les sciences humaines et sociales doivent également jouer un rôle important dans le contrôle des maladies infectieuses émergentes et de leurs conséquences, notamment par une réflexion sur la perception du risque infectieux par la population générale, les limites de l'adhésion aux mesures de prévention comme la vaccination anti-grippale.

Quatre points forts se dégagent de ce rapport : une approche globale et multidisciplinaire, un groupe de prospective et d'expertise, un plan stratégique générique flexible incluant recherche et exercices et un fonds interministériel d'urgence.

L'approche interdisciplinaire est un principe indispensable de la lutte contre les maladies infectieuses émergentes et doit être inscrit dans la loi de santé publique. L'association entre recherche et formation d'une part, et recherche et action d'autre part, permet une compréhension plus globale et des propositions plus ouvertes et innovantes.

Un groupe permanent de prospective et d'expertise collégiale, doté de moyens humains et financiers doit être mis en place afin d'analyser, interpréter et conseiller les gestionnaires du risque « en temps réel » sur toute maladie infectieuse émergente. La diffusion publique des travaux de ce groupe devrait contribuer à sensibiliser les professionnels et les citoyens à ce risque.

Enfin, le rapport comporte 23 recommandations portant sur une recherche intégrative favorisant l'innovation, la mise en place de formations hybrides, l'optimisation de la surveillance et la préparation à l'action en vue d'une gestion raisonnée des futures crises sanitaires liées à une maladie infectieuse émergente :

  1. Développer la recherche prospective descriptive sur les agents infectieux émergents avec des modèles clinico-biologiques et socio-écologiques considérant le système dans son intégralité ;
  2. Mieux comprendre le rôle des espèces hôtes, réservoirs et/ou vecteurs, dans l'émergence et la transmissibilité à l'humain ;
  3. Stimuler la coopération scientifique internationale sur les maladies infectieuses émergentes, en particulier dans les zones tropicales où existent des territoires français d'outre –mer ou avec les plus forts flux migratoires vers notre pays ;
  4. Favoriser la démarche mathématique et informatique pour comprendre la transmission (modélisation épidémiologique), en prenant compte la complexité des mécanismes et la diversité d'échelles de l'émergence ;
  5. Améliorer la recherche biomédicale sur les maladies infectieuses émergentes : agents infectieux (notamment classes 3 et 4), prévention et traitement, avec la construction de cohortes épidémio-cliniques de patients couplées à des collections biologiques ;
  6. Encourager la recherche sur les contextes économiques, historiques, sociaux et culturels de la santé humaine et animale, et l'analyse politique des situations de crise ;
  7. Impliquer plus les sciences humaines et sociales dans la veille scientifique et technique grâce à une meilleure connaissance de leurs réseaux et points de rencontre (séminaires, masters, post-docs à l'étranger, programmes et appels d'offres) ;
  8. Soutenir un programme national de recherche interdisciplinaire impliquant acteurs de terrain, associations et secteur privé ;
  9. Inscrire un temps obligatoire consacré aux maladies infectieuses émergentes dans les formations initiales et continues, généralistes et spécialistes, des professionnels (microbiologistes, cliniciens, vétérinaires, épidémiologistes, sciences humaines et sociales) ;
  10. Inciter à la création de formations associant au moins deux disciplines, biomédicale et sciences humaines et sociales ;
  11. Développer des actions pour l'information et l'éducation à la santé des citoyens, sur le risque infectieux, y compris dans les écoles ;
  12. Reconnaître une valeur ajoutée aux cursus croisant plusieurs disciplines (co-directions de thèse) ;
  13. Soutenir le rôle des sciences humaines et sociales dans les formations des pays du Sud, en prenant compte des cultures et des savoirs locaux ;
  14. Favoriser les approches intersectorielles et de modélisation d'évènements rares et extrêmes ;
  15. Coordonner les surveillances spécifique/non spécifique, syndromique/étiologique, humaine/animale, sur le territoire national ou importé ;
  16. Coordonner les structures de surveillance humaine et non humaine, et le partage inter-institutionnel des outils de surveillance en amont des crises ;
  17. Soutenir la recherche opérationnelle sur les indicateurs proposés et les nouveaux outils ;
  18. Elaborer un plan stratégique et générique relatif aux maladies infectieuses émergentes, placé sous la responsabilité d'une coordination interministérielle permanente, et bénéficiant d'une architecture modulaire et flexible ;
  19. Anticiper la disponibilité d'un fonds d'urgence pour la recherche, l'évaluation du risque, et la réponse biomédicale et sociopolitique à une nouvelle maladie infectieuse émergente ;
  20. Poursuivre la promotion du bon usage des anti-infectieux et des insecticides pour limiter la résistance des agents infectieux ou vecteurs source de maladies infectieuses émergentes. Maintenir les recherches sur ces résistances et leur devenir dans l'environnement ;
  21. Poursuivre avec les sciences humaines et sociales, les exercices de préparation à la réponse aux menaces sanitaires : planification stratégique et par scenarii ;
  22. Explorer la question cruciale de la communication (publique et médiatique) dans le domaine des maladies infectieuses émergentes et des crises sanitaires. Renforcer le rôle des sciences humaines et sociales dans l'éducation sanitaire ;
  23. Encourager la participation de l'expertise française aux travaux de la Commission et du Parlement européens.

Source : Haut Conseil de la Santé Publique – Maladies infectieuses émergentes : état de la situation et perspectives.