Intoxication alimentaire à Vibrio parahaemolyticus en Nouvelle-Zélande Médecine des voyages

Publié le 17 mar. 2021 à 17h05

Biographie

- Médecin biologiste à la retraite.
- Auparavant : médecin biologiste dans un hôpital d'Instruction des armées pendant 6 ans, puis détaché pendant 20 ans par le Service de santé des armées comme virologiste d'abord puis comme directeur dans 3 instituts du Réseau international des Instituts Pasteur.

Liens d'intérêt

- Aucune rémunération actuelle ou dans le passé de l'industrie pharmaceutique.
- Aucun investissement financier dans une firme pharmaceutique.
- Aucune participation à des études cliniques de vaccins.

En Nouvelle-Zélande deux personnes ont présenté une intoxication alimentaire après avoir mangé des moules dans la région de Nelson-Tasman. L'analyse a permis d'isoler la bactérie responsable : Vibio parahaemolyticus.
New Zealand Food Safety a averti les consommateurs de bien cuire les moules. Vibrio parahaemolyticus est une bactérie présente dans les moules qui peut provoquer une intoxication alimentaire si elles ne sont pas correctement cuites ou si elles sont intentionnellement consommées crues. Les personnes à faible immunité, les femmes enceintes ou les personnes âgées devraient éviter de manger des crustacés crus ou insuffisamment cuits car la maladie peut être plus grave.

Rappel sur Vibrio parahemolyticus :

Vibrio parahaemolyticus, une bactérie de la famille des Vibrionaceae, est présent dans le monde entier. Cette bactérie est naturellement présente dans l’environnement marin et estuarien à l’état libre ou associé à des sédiments, des particules en suspension, du plancton. Elle est également retrouvée dans l’intestin et sur les tissus des poissons, crustacés et mollusques bivalves. Sa concentration évolue en fonction de la température de surface de l’eau, de la salinité, de la turbidité, du pH, ou encore de la teneur en chlorophylle A. On observe une abondance maximale pendant les mois les plus chauds de l’année et dans les eaux de mer chaudes. Selon des études récentes, le réchauffement climatique crée un environnement favorable au développement des vibrions.

Les infections à VP par voie alimentaire se font principalement par la consommation de poissons et de fruits de mer crus, insuffisamment cuits, ou recontaminés après cuisson par transfert de contamination. La contamination des produits par VP se fait par le milieu naturel ou par transfert de contamination lors de la manipulation (contamination par le rinçage à l’eau de mer contaminée ou recontamination après cuisson). VP peut également se transmettre par voie cutanée à l'occasion d'une blessure ou d'un simple contact avec un environnement contaminé si la peau est lésée.

Les infections à VP surviennent sous forme de cas isolés ou groupés. Dans le Sud-Est asiatique et en Amérique du Nord, VP constitue un réel problème de santé publique en raison de la consommation importante de produits de la mer crus. En France, 46 souches ont été isolées chez des malades présentant un tableau digestif entre 1995 et 2017. Une consommation de produits de la mer était retrouvée dans 90% des cas : coquillages (huîtres, moules), crustacés (crevettes, crabes) et poissons crus.

Les infections à VP peuvent se présenter selon trois principaux syndromes cliniques.

  • Une gastroentérite (60 à 80 % des cas) qui survient après un délai d’incubation moyen de 12 à 24 h. La maladie se traduit par un tableau qui associe des douleurs abdominales, des crampes, une diarrhée aqueuses, parfois sanglante, des nausées, des vomissements et de la fièvre. L'évolution, en général sur  1 à 3 jours, est souvent spontanément favorable. Quelques cas nécessitent une hospitalisation. Exceptionnellement, une septicémie peut survenir chez des sujets immunodéprimés ou atteints de maladies sous-jacentes. 
  • Une infection cutanée (34 %) qui peut se compliquer d'une atteinte des muscles et du tissu adipeux en particulier chez les patients présentant une maladie hépatique ou rénale chronique, une diabète sucré, une splénectomie ou chez les patients immunodéprimés.
  • Une septicémie (5 %) en particulier chez des patients immunodéficients ou présentant un pathologie chronique préexistante. Il s'agit en général d'une complication d'une gastroentérite ou d'une infection cutanée.

La grande majorité des infections à VP évoluent favorablement et un traitement antimicrobien est rarement nécessaire. Les antimicrobiens de choix pour le traitement des cas d'infection graves sont les céphalosporines, les tétracyclines, les quinolones et les fluoroquinolones. Cependant, ces dernières années, de nombreuses souches de VP résistantes aux antimicrobiens ont émergé dans l'environnement en raison de l'utilisation excessive d'antibiotiques chez l'homme, dans l'agriculture et l'aquaculture.

Recommandations aux consommateurs 

  • Considérer que la consommation des fruits de mer crus en été augmente le risque de gastroentérite causée par VP.
  • Placer les produits de la pêche le plus rapidement possible au froid.
  • Respecter les bonnes pratiques d’hygiène lors de la manipulation et de la préparation des aliments :
    • consommer dans les deux heures qui suivent la sortie du réfrigérateur et,
    • éviter le contact entre des aliments cuits et des fruits de mer crus pour limiter les transferts de contamination.
  • Pour les patients atteints de maladie hépatique chronique (hépatite, cirrhose, alcoolisme), maladie exposant à une surcharge en fer, ou pour les patients immunodéprimés (diabète, cancers), éviter de manger des fruits de mer crus ou insuffisamment cuits (huîtres, moules, palourdes, crevettes notamment).

Références : (1) Agence nationale de sécurité sanitaire, alimentation, environnement, travail (ANSES). Fiche de description de danger biologique transmissible par les aliments : Vibrions entéropathogènes : Vibrio parahaemolyticus, Vibrio cholerae non-O1/ non-O139 et Vibrio vulnificus. Mise à jour : Décembre 2019. (2) Centre national de référence des Vibrions et du Choléra Rapport annuel d’activité. Année d’exercice 2017. (3) Lopatek M et al. Antimicrobial Resistance, Virulence Factors, and Genetic Profiles of Vibrio parahaemolyticus from Seafood. Appl Environ Microbiol. 2018 Aug 1;84(16):e00537-18. (4) Guillod C et al. Vibrio parahaemolyticus Induced Cellulitis and Septic Shock after a Sea Beach Holiday in a Patient with Leg Ulcers. Case Rep Dermatol 2019 Jan-Apr; 11(1): 94–100.

Source : Food Safety News.