En France, les mesures de lutte individuelle pour limiter la prolifération d’Aedes albopictus sont essentielles Médecine des voyages

Publié le 31 mai 2021 à 08h58

Biographie

Médecin biologiste.

Les conditions favorables à la multiplication des moustiques s’étendent avec le printemps. Dans ce contexte, plusieurs Agences Régionales de Santé ont rappelé le caractère essentiel des mesures de lutte individuelle pour limiter la prolifération d’Aedes albopictus dit « moustique tigre » et prévenir ainsi les maladies transmises par cette espèce de moustique. Il est apparu important de relayer ces messages sur mesvaccins.net.

Pourquoi lutter contre le moustique tigre ?

Le moustique tigre est un vecteur potentiel des virus de la dengue, du chikungunya et du zika. Il y a donc un risque de circulation de ces maladies en France métropolitaine à la suite de l'introduction du virus par un voyageur malade : le moustique tigre se contamine en le piquant et devient ainsi capable de transmettre la maladie dans le proche voisinage en piquant des personnes saines. Le moustique tigre est capable de transmettre ces maladies si et seulement si il a été préalablement contaminé.

Il est par ailleurs source de nuisances. Aedes albopictus retentit sur la qualité de vie, il est très agressif, pique le jour avec un pic d'agressivité à l'aube et un autre au crépuscule, et sa piqûre est douloureuse.

Où trouve-t-on les moustiques tigre en France métropolitaine ?

Ce moustique originaire d’Asie est arrivé en Italie dans les années 1990. Il a été identifié en France métropolitaine pour la première fois en 1999 sur des sites de stockage de pneus usés et s’est implanté en France pour la première fois en 2004 dans les Alpes-Maritimes.

Son expansion a été favorisée par un ensemble de facteurs. Certains sont liés à l’espèce A. albopictus : ce moustique est douée d’une grande adaptabilité lui permettant de se développer dans les zones rurales et urbaines où il prédomine, il pond des œufs dans des gites tant naturels qu’artificiels et il possède la capacité d’avoir un développement ralenti (diapause) qui lui permet de survire aux mois d’hiver en zone à climat tempéré. Le réchauffement climatique facilite également sa propagation, en rallongeant sa période d’activité et en accélérant son cycle de développement. Les échanges commerciaux ont favorisé son expansion.

En 2021, la carte montre que la progression du moustique tigre est toujours spectaculaire avec 6 nouveaux départements où ce moustique est installé, soit 64 au total. Ainsi, la Mayenne, le Cantal, la Haute-Vienne, le Jura, la Drôme et le Doubs rejoignent les 58 départements dans lesquels le moustique tigre était déjà implanté et actif en 2020 (Charente-Maritime, Côte d’Or, Loire, Nièvre, Puy-de-Dôme, Paris, Seine-et-Marne, Essonne, Seine-Saint-Denis, Hauts de Seine, Aisne, Hautes Alpes, Hautes Pyrénées, Ariège, Lozère, Indre, Maine et Loire, Corrèze, Val-de-Marne, Bas-Rhin, Haut-Rhin, Vendée, Saône-et-Loire, Rhône, Ain, Isère, Savoie, Alpes hautes Provence, Var, Alpes Maritimes, Haute Corse, Corse du Sud, Drôme, Vaucluse, Bouches du Rhône, Ardèche, Gard, Hérault, Aveyron, Tarn, Aude, Pyrénées Orientales, Haute Garonne, Tarn-et-Garonne, Lot, Dordogne, Lot-et-Garonne, Gers, Gironde, Landes, Pyrénées Atlantiques, Charente, Cher, Loire Atlantique, Yvelines, Haute Savoie, Deux Sèvres, Vienne).

Les départements dans lesquels le moustique tigre est implanté et actif, sont répartis en deux catégories, les départements faiblement colonisés (moins de 40 % des communes du département sont colonisées), les départements fortement colonisés (au moins 40 % des communes du département sont colonisées).

Dans 6 départements, le moustique tigre a été identifié ponctuellement dans les 5 dernières années, mais ne s’y est pas installé pour l’instant : Allier, Loir et Cher, Haute Loire, Oise, Yonne et Val d’Oise.

Dans les 26 autres départements, A. albopictus n’a pas été encore identifié. De juin à octobre/novembre, ces départements font l’objet d’une veille entomologique spécialement dédiée à la surveillance du moustique tigre en métropole par piégeage selon des règles définies : Ardennes, Aube, Calvados, Côtes d’Armor, Creuse, Eure, Eure et Loir, Finistère, Ille et Vilaine, Loiret, Manche, Marne, Haute Marne, Meurthe et Moselle, Meuse, Morbihan, Moselle, Nord, Orne, Pas de Calais, Haute Saône, Sarthe, Seine Maritime, Somme, Vosges et Territoire de Belfort.

En tout, 70 départements sont colonisés ou en passe de l’être, soit près de 67 % du territoire. 

Comment éviter la prolifération des moustiques tigres à titre « individuel » ?

Pour lutter contre sa prolifération, il faut supprimer les lieux de ponte et de repos par des gestes simples au domicile et autour :

  • Eliminer les endroits où l’eau peut stagner : supprimer les gîtes larvaires potentiels, c'est-à-dire supprimer toute eau stagnante au domicile et autour :
    • Entretenir les espaces extérieurs, évacuer les feuilles mortes.
    • Vider les vases, les soucoupes des pots de fleurs ou les remplir de sable humide.
    • Supprimer ou vider régulièrement les petits récipients pouvant contenir de l'eau dans les jardins.
    • Changer l’eau des plantes environ une fois par semaine ou enlever les soucoupes sous les pots de fleurs.
    • Retourner les arrosoirs.
    • Ranger à l'abri de la pluie tous les stockages pouvant contenir de l'eau : pneus, bâches plastique, jeux d'enfants, mobilier de jardin, pieds de parasols…
  • Couvrir les réservoirs d’eau, bidons de récupération d'eau de pluie, citerne, bassin, puits, pour les rendre inaccessibles aux moustiques (les couvrir d'une moustiquaire ou d'un tissu fin).
  • S’assurer d’un bon écoulement des eaux de pluie et des eaux usées : prévoir une pente suffisante pour que l'eau ne stagne pas dans les gouttières ou rigoles, et les curer pour veiller à la bonne évacuation des eaux de pluie.

Ces gestes sont bénéfiques pour la collectivité mais aussi pour son propre entourage. Ils sont essentiels car le moustique tigre se déplace dans un rayon de 150 à 200 m autour de son lieu de naissance (rarement quelques centaines mètres). Le moustique, source de nuisance et vecteur potentiel de maladies, est donc né à proximité des sites où il est actif.

En complément : 

  • Éliminer les lieux de repos du moustique : le moustique tigre se repose principalement dans la végétation. Entretenir son jardin, élaguer les arbres, débroussailler les haies et les herbes hautes, éviter le stockage de débris végétaux permettent de limiter les lieux de repos du moustique tigre.
  • Favoriser le développement des prédateurs des moustiques : soutenir le développement des populations d’oiseaux insectivores (hirondelles, des chauves-souris insectivores (rendement pouvant dépasser les 500 moustiques par nuit), sans oublier les libellules insectivores aux stades larvaires et adultes.
  • Vous pouvez, dans une démarche participative, signaler la présence d’un moustique tigre sur le site signalement-moustique.anses.fr. qui propose une aide à l’identification. Trois questions peuvent aider à déterminer si le moustique tigre est bien l’espèce d’insecte à laquelle on est confronté et des aides à l’identification sont disponibles sur internet :
    • La taille : le moustique tigre est un petit moustique. Il est plus petit qu’une pièce de 1 centime d’euro.
    • La couleur : le moustique tigre n’est pas jaune et noir, mais bien de couleur blanche et noire, très contrastée. De nombreuses espèces de moustiques ont le corps ou les pattes rayés, mais plutôt dans des tons brun-beige. De plus, les ailes du moustique tigre sont noires.
    • Présence de cinq anneaux d'écailles blanches sur les pattes postérieures et d'une ligne dorsale blanche sur le thorax. Les pattes postérieures du moustique tigre sont noires et ont cinq anneaux d’écailles blanches. De plus, la partie dorsale du thorax, appelée scutum chez les moustiques, est couverte d’écailles noires chez le moustique tigre. Au milieu se trouve une ligne droite bien visible d’écailles blanches (ligne médiane). Les moustiques qui ont plus d’une ligne d’écailles sur le scutum ou d’autres motifs de couleur brune ou dorée ne sont donc pas des moustiques tigres !

Comment se protéger des piqûres ?

  • Portez des vêtements longs et protégez vos pieds et vos chevilles.
  • Utilisez des répulsifs cutanés, ils contiennent un principe actif qui éloigne les insectes sans toutefois les tuer. Des précautions d'emploi sont à respecter, renseignez-vous sur medecinedesvoyages.net, ou auprès de votre médecin ou de votre pharmacien.
  • Imprégnez vos vêtements avec un insecticide répulsif.

Conseils aux voyageurs.

  • Protégez-vous des piqûres pour ne pas importer de virus en France métropolitaine. Pour éviter l'introduction et la transmission des virus de la dengue, du chikungunya et du zika en métropole, il est rappelé aux personnes se rendant dans les zones où circulent ces trois virus de se protéger des piqûres de moustiques sur place et à leur retour à domicile.
  • En cas de symptômes évocateurs de ces maladies (maux de tête accompagnés de fièvre, douleurs articulaires ou courbatures, éruption cutanée) survenant dans les 15 jours après le retour d'un pays à risque, il est recommandé de consulter sans tarder son médecin traitant en signalant son voyage.