Cas de monkeypox au Royaume UNI Médecine des voyages

Publié le 14 juin 2021 à 08h52

Biographie

Médecin biologiste.

Un cas de variole du singe signalé au Pays de Galles, a fait l'objet d'un bulletin d'information publié par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) le 11 juin 2021. Celui-ci est repris ci-dessous dans son intégralité.

Description de l'épisode

Le 25 mai 2021, le Royaume-Uni a notifié à l'OMS un cas de monkeypox (variole du singe) confirmé en laboratoire. Le patient est arrivé au Royaume-Uni le 8 mai 2021. Avant son voyage, il avait vécu et travaillé dans l'État du Delta, au Nigeria.

À son arrivée au Royaume-Uni, le patient est resté en quarantaine avec sa famille en raison des restrictions liées au COVID-19. Le 10 mai, le patient a développé une éruption cutanée, commençant sur le visage. Il est resté en auto-isolement pendant dix jours supplémentaires et a demandé des soins médicaux pour soulager ses symptômes. Le patient a été admis dans un hôpital de référence le 23 mai. Des échantillons de lésions cutanées ont été reçus par le Public Health England Rare and Imported Pathogens Laboratory le 24 mai. Le clade ouest-africain du virus de la variole du singe a été confirmé par réaction en chaîne par polymérase (PCR) le 25 mai.

Le 29 mai, un membre de la famille avec lequel le patient était en quarantaine a développé des lésions cliniquement compatibles avec le monkeypox et a été immédiatement isolé dans un établissement approprié. La variole du singe a été confirmée le 31 mai. Les deux patients sont stables et se rétablissent.

Réponse de santé publique

Les autorités sanitaires du Royaume-Uni ont activé une équipe de gestion de l'incident et ont mis en œuvre des mesures de santé publique, notamment l'isolement du cas index et du cas secondaire et la recherche des contacts proches à l'hôpital et dans la communauté.

Les contacts des deux cas font l'objet d'un suivi pendant 21 jours après leur dernière exposition. Aucun contact proche n'a voyagé en dehors du Royaume-Uni après l'exposition. La vaccination post-exposition n'a pas été proposée aux contacts.

L'information a été partagée avec le point focal national RSI du Nigéria qui a lancé une enquête sur l'épidémie et recueille des informations supplémentaires concernant la source potentielle de l'infection et les expositions au Nigéria.

Évaluation des risques par l'OMS

La variole du singe est une zoonose sylvatique avec des infections humaines accidentelles qui surviennent généralement de manière sporadique dans les régions forestières d'Afrique centrale et occidentale. Elle est causée par le virus du monkeypox et appartient à la famille des orthopoxvirus. Le monkeypox peut être transmis par contact et par l'exposition à de grosses gouttelettes exhalées. La période d'incubation du monkeypox est généralement de 6 à 13 jours, mais peut aller de 5 à 21 jours.  La maladie est souvent autolimitée, les symptômes disparaissant généralement spontanément en 14 à 21 jours. Les symptômes peuvent être légers ou graves, et les lésions peuvent être très irritantes ou douloureuses. Les cas bénins de monkeypox peuvent ne pas être signalés et représentent un risque de transmission de personne à personne. Le réservoir animal reste inconnu, mais il est probable qu'il se trouve parmi les rongeurs. Le contact avec des animaux vivants ou morts lors de la chasse et la consommation de gibier ou de viande de brousse sont des facteurs de risque connus.

Il existe deux clades du virus de la variole du singe, le clade ouest-africain et le clade du bassin du Congo (Afrique centrale). Bien que le clade ouest-africain de l'infection par le virus de la variole du singe entraîne parfois une maladie grave chez certains individus, la maladie est généralement autolimitée. Le taux de létalité pour le clade ouest-africain a été documenté comme étant d'environ 1 %, alors que pour le clade du bassin du Congo, il peut atteindre 10 %.

Actuellement, au Royaume-Uni, y compris ces deux cas, seuls six cas de monkeypox ont été signalés, dont trois cas précédemment importés du Nigeria, deux en septembre 2018 et un en décembre 2019. Avant ce rapport, il y a également eu un cas de transmission nosocomiale chez un professionnel de santé en Angleterre en 2018 en raison d'un contact avec du linge de lit contaminé. Dans le cas présent, le premier patient a été placé en quarantaine avec les membres de sa famille en raison des restrictions liées au COVID-19 pendant une période de dix jours après son arrivée dans le pays prolongée de deux jours supplémentaires. Les contacts susceptibles d'avoir été exposés sont sous surveillance.  Dès que la variole du singe a été suspectée, les autorités du Royaume-Uni ont rapidement pris les mesures de santé publique appropriées, notamment l'isolement du cas et la recherche des contacts. La deuxième personne a été isolée à son domicile jusqu'à l'apparition de l'éruption cutanée et a été hospitalisée par la suite. Le risque de propagation potentielle dans le pays est minimisé.

En 2017, le Nigeria a commencé à connaître sa première épidémie depuis 40 ans. Depuis les premiers cas en septembre 2017 jusqu'à novembre 2019, un total de 183 cas confirmés et 9 décès ont été enregistrés dans 18 États (Rivers, Bayelsa, Cross River, Imo, Akwa Ibom, Lagos, Delta, Bauchi, Territoire de la capitale fédérale (FCT), Abia, Oyo, Enugu, Ekiti, Nasarawa, Benue, Plateau, Edo, Anambra). L'épidémie s'est produite principalement dans le sud du pays, notamment dans l'État de Delta. Depuis lors, des cas sporadiques ont continué à se produire au Nigéria, soulignant l'endémicité de la maladie. En 2020, on a recensé 14 cas suspects, trois cas confirmés et aucun décès. En 2021, un total de 32 cas suspects a été signalé entre janvier et mai. Parmi les cas suspects, 7 ont été confirmés dans cinq États : Delta (2), Bayelsa (2), Lagos (1), Edo (1), Rivers (1) et aucun décès n'a été enregistré.

Bien qu'un vaccin ait été approuvé pour la variole du singe en 2019, et que le vaccin antivariolique traditionnel offre une protection croisée contre la variole du singe, ces vaccins ne sont pas largement disponibles. Il est probable qu'il y ait peu d'immunité à l'infection chez les personnes exposées, car la maladie endémique est géographiquement limitée à l'Afrique occidentale et centrale. On pense que la sensibilité accrue de l'homme à la variole du singe est liée à la baisse de l'immunité due à l'arrêt de la vaccination contre la variole. Les populations du monde entier âgées de moins de 40 ou 50 ans ne bénéficient plus de la protection conférée par les programmes antérieurs de vaccination antivariolique.

Les importations de variole du singe d'un pays endémique vers un autre pays qui n'était pas connu auparavant pour avoir des cas ont été documentées au total  huit fois, une fois en 2003 et les autres depuis 2018.

Le risque pour la santé publique lié à cet événement signalé est faible au Royaume-Uni. La variole du singe reste endémique dans certaines parties de l'Afrique de l'Ouest et du Centre et représente un risque permanent d'autres épidémies locales et de cas liés aux voyages. Dans le cas présent, le cas index confirmé a voyagé depuis l'État du Delta au Nigeria, où la variole du singe a déjà été signalée. Une enquête est en cours dans l'État du Delta.

Conseils de l'OMS

Toute maladie survenant au cours d'un voyage ou au retour doit être signalée à un professionnel de santé, avec des informations sur tous les voyages récents et les antécédents de vaccination. Les résidents et les voyageurs dans les pays endémiques doivent éviter tout contact avec des animaux malades, morts ou vivants, susceptibles d'héberger le virus de la variole du singe (rongeurs, marsupiaux, primates) et s'abstenir de manger ou de manipuler du gibier sauvage (viande de brousse). Il faut insister sur l'importance de l'hygiène des mains à l'aide de savon et d'eau, ou d'une solution hydroalcoolique.

Un patient atteint de la variole du singe doit être isolé pendant la période infectieuse, c'est-à-dire pendant la phase d'éruption de la maladie, et les contacts doivent être mis en quarantaine. La recherche rapide des contacts, les mesures de surveillance et la sensibilisation des prestataires de soins de santé aux maladies émergentes importées sont des éléments essentiels de la prévention des cas secondaires et de la gestion efficace des épidémies de monkeypox.

Les professionnels de la santé qui s'occupent de patients chez qui la variole du singe est suspectée ou confirmée doivent appliquer les précautions complémentaires contact et  gouttelettes. Les échantillons prélevés sur des personnes et des animaux suspectés d'être infectés par le virus du monkeypox doivent être manipulés par un personnel formé travaillant dans des laboratoires convenablement équipés.

Source : Organisation mondiale de la santé