Plus de 100 cas humains de fièvre de la vallée du Rift signalés à Madagascar Médecine des voyages

Publié le 17 juin 2021 à 20h30

Biographie

- Médecin biologiste à la retraite.
- Auparavant : médecin biologiste dans un hôpital d'Instruction des armées pendant 6 ans, puis détaché pendant 20 ans par le Service de santé des armées comme virologiste d'abord puis comme directeur dans 3 instituts du Réseau international des Instituts Pasteur.

Liens d'intérêt

- Aucune rémunération actuelle ou dans le passé de l'industrie pharmaceutique.
- Aucun investissement financier dans une firme pharmaceutique.
- Aucune participation à des études cliniques de vaccins.

Du 26 avril au 20 mai, 109 cas humains confirmés et suspects de fièvre de la vallée du Rift (RVF) ont été signalés dans quatre régions de Madagascar (Vatovavy Fitovinany, Haute Matsiatra, Alaotra Mangoro et Analamanga), selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Dix cas ont été confirmés en laboratoire et deux décès ont été enregistrés.
Cela fait suite à des rapports de l'Institut Pasteur de Madagascar qui a confirmé la RVF par technique de biologie moléculaire (RT-PCR) chez les animaux après des alertes de cas d'avortement chez les ruminants le 1er avril (nouvelle n°17251 du 9 avril 2021).

Spécificité de la fièvre de la vallée du Rift à Madagascar :

Les 25 dernières années ont été marquées par une recrudescence de la fièvre de la Vallée du Rift et par son expansion géographique. Après l’Afrique orientale et australe, Madagascar a subi en 1990-91 et en 2008-09, deux flambées épidémiques majeures, qui ont causé la perte de nombreuses têtes de bétail et – pour la seconde – 10.000 cas humains estimés dont 26 décès confirmés.

A Madagascar les épidémies sont liées aux activités humaines de commerce du bétail : les bêtes malades, transportées sur de longues distances, peuvent déclencher des épidémies très loin de leur lieu d’infection initial. Entre deux épidémies, le virus semble perdre sa pathogénicité et une nouvelle épidémie ne survient que si un nouveau virus est réintroduit, notamment à cause des échanges commerciaux. Le cas de Madagascar diffère de celui de l’Afrique de l’Est, où les épidémies sont déclenchées par des pluies intenses liées aux épisodes El Niño. Dans les régions chaudes et humides du nord-ouest de Madagascar, le VFVR ne disparaîtrait pas entre deux épidémies, mais persisterait à bas bruit. Ces régions pourraient être à l’origine de nouvelles épidémies, car les animaux des Hautes-terres, où le taux d’immunité des troupeaux semble plus faible peuvent être contaminées par des bêtes infectées transportées depuis ces régions humides .

Rappels sur la fièvre hémorragique de la vallée du Rift :

La fièvre de la vallée du Rift est une zoonose majeure causée par un virus du genre Phlebovirus de la famille des Bunyaviridae. Le virus affecte différentes espèces animales (buffles, chameaux, bovins, caprins et moutons) chez lesquelles les épizooties débutantes se manifestent habituellement par une vague d'avortements inexpliqués et une baisse de la production de lait.

Elle peut être transmise à l'homme :

  • soit par contact direct avec le sang ou les fluides corporels animaux lors de l'abattage ou de l'ingestion de viande ou de lait d'animaux contaminés ;
  • soit indirectement par des piqûres d'arthropodes, en particulier par des arthropodes du genre Aedes.

La forme bénigne de fièvre de la vallée du Rift est la forme la plus fréquente chez l'homme. Elle survient après une incubation de 2 à 6 jours, et se manifeste sous la forme d'un syndrome pseudo-grippal (fièvre, de myalgies, d'arthralgies et de céphalées) qui dure de 4 à 7 jours.

Dans les formes graves on peut observer :

  • Une forme oculaire (0,5 à 2 %) avec des lésions rétiniennes qui se traduisent par une baisse de la vision ou une gêne visuelle. La maladie peut guérir spontanément sans laisser de séquelles ou provoquer une baisse définitive de leur acuité visuelle.
  • Une méningo-encéphalite (moins de 1 %) avec complications neurologiques graves courantes.
  • Une forme hémorragique (moins de 1 %): 2 à 4 jours après le début de la maladie, le patient présente les signes d'une atteinte hépatique grave avec ictère (jaunisse). Des phénomènes hémorragiques apparaissent ensuite: vomissements de sang, sang dans les selles, purpura ou ecchymoses (provoquées par des saignements cutanés internes), saignements du nez ou des gencives, hémorragies gynécologiques. Le taux de létalité pour ce syndrome hémorragique est élevé et se situe aux alentours de 50 %. Le décès survient habituellement trois à six jours après l'apparition des symptômes.

Source : Outbreak News Today.