Cas de mélioïdose aux Etats-Unis liés à un spay d'aromathérapie Médecine des voyages

Publié le 23 oct. 2021 à 17h25

Biographie

- Médecin biologiste à la retraite.
- Auparavant : médecin biologiste dans un hôpital d'Instruction des armées pendant 6 ans, puis détaché pendant 20 ans par le Service de santé des armées comme virologiste d'abord puis comme directeur dans 3 instituts du Réseau international des Instituts Pasteur.

Liens d'intérêt

- Aucune rémunération actuelle ou dans le passé de l'industrie pharmaceutique.
- Aucun investissement financier dans une firme pharmaceutique.
- Aucune participation à des études cliniques de vaccins.

Aux Etats-Unis, de mars à juillet 2021, les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) ont confirmé quatre cas liés (dont deux décès) de mélioïdose chez des patients de Géorgie, du Kansas, du Minnesota et du Texas. La plupart des cas de mélioïdose aux États-Unis concernent des personnes ayant voyagé dans des régions où la maladie est plus fréquente, mais ces patients n'avaient pas d'antécédents récents de voyages internationaux. 

Le séquençage du génome entier a montré que les souches de bactéries (Burkholderia pseudomallei) qui ont rendu les patients malades correspondaient étroitement les unes aux autres, ce qui suggère qu'il existe une source commune d'infection chez ces patients. La souche bactérienne qui a rendu les patients malades était similaire à celle que l'on trouve le plus souvent en Asie du Sud, ce qui a conduit les CDC à soupçonner qu'un produit importé pouvait être impliqué dans les maladies des patients.

Dans le cadre de l'enquête de santé publique sur ces maladies, les CDC ont testé des échantillons de sang des patients, ainsi que des échantillons de sol, d'eau et de produits de consommation provenant de leur domicile et des environs. En octobre 2021, les CDC ont identifié B. pseudomallei dans un spray d'aromathérapie trouvé au domicile du patient de Géorgie. Le CDC poursuit les tests pour voir si l'empreinte génétique de la bactérie présente dans le flacon correspond à celle de la bactérie identifiée chez les quatre patients. Les CDC travaillent en coordination avec les services de santé des États pour tenter de déterminer si les trois autres patients ont également utilisé ce produit ou des produits similaires.

Le vaporisateur contaminé - "Better Homes & Gardens Lavender & Chamomile Essential Oil Infused Aromatherapy Room Spray with Gemstones" - a été vendu dans 55 magasins Walmart et sur le site Web de Walmart entre février et le 21 octobre. Cinq autres parfums de cette ligne de produits ont également été vendus, bien que l'on ne sache pas encore s'ils sont concernés. L'enquête se poursuit pour déterminer si d'autres produits et marques connexes peuvent présenter un risque.

Rappel sur la mélioïdose :

La mélioïdose (appelée également maladie de Whitmore) est une infection due à Burkholderia pseudomallei (ou bacille de Whitmore) une bactérie de l'environnement retrouvée dans les eaux de surface, la boue, les sols argileux humides, notamment lors de l'inondation des rizières et de la plantation du riz au début de la saison de la mousson.

La mélioïdose est considérée comme endémique ou potentiellement endémique en Australie (nord du Queensland, Australie occidentale, région du détroit de Torres, région de Kimberley), en Thaïlande, à Singapour, en Malaisie, au Myanmar (Birmanie), au Viet Nam, en Chine du sud, à Hong Kong, dans le sultanat de Brunei, au Laos, au Cambodge, à Taïwan et en Inde. Des cas sporadiques ont été rapportés dans de nombreux pays (liste non exhaustive) en Asie (Indonésie, Bangladesh, Japon, Philippines, Pakistan, Sri Lanka, Népal), sur le continent américain et dans les Caraïbes (Aruba, Guadeloupe, Guyane, Martinique , Porto Rico, Équateur, Panama, El Salvador, Haïti, Brésil, Costa Rica, Mexique, Venezuela, Honduras, Guatemala, États-Unis, Trinidad, République Dominicaine, Iles Vierges, Pérou), dans le Pacifique (Guam, Fidji, Papouasie-Nouvelle Guinée, Nouvelle Calédonie)  en Afrique et au Moyen Orient (Iran, Ouganda, Sierra Leone, Gambie, Madagascar, Kenya, Nigeria).

On estime le nombre de cas annuel à 165 000, dont 89.000 décès. La maladie peut survenir en zone d'endémie sur un mode épidémique et son incidence est directement liée à la saison des pluies et aux inondations. Elle touche préférentiellement les personnes travaillant dans l'agriculture, les mines et la construction. En dehors des zones d'endémie, des cas d'importation sont régulièrement rapportés chez des touristes et des migrants. Les écotouristes et les voyageurs en condition aventureuse sont plus exposés.

La mélioïdose peut être contractée de trois manières :

  • par voie transcutanées lorsque qu'une plaie ou des abrasions cutanées sont au contact du sol ou de l'eau contaminés,
  • par voie aériennes par des aérosols contaminés,
  • par voie digestive lors de l'ingestion d'eau contaminée non traitée.

La transmission interhumaine a été décrite mais est exceptionnelle. Outre l'homme, de nombreuses espèces animales peuvent être infectées.

Le tableau clinique de la mélioïdose ressemble à celui de nombreuses autres maladies ce qui entraîne souvent des retards de diagnostic.

  • Le délai entre une exposition à la bactérie et l'apparition des symptômes n'est pas clairement défini. On estime la période d'incubation moyenne à neuf jours (1-21 jours), mais les symptômes peuvent débuter  plus rapidement (<24 heures) après une inhalation.
  • La plupart des patients développent une mélioïdose aiguë après une infection récente (85% des cas). La bactérie est présente dans le sang dans 50% des cas et 20% des patients développent un choc septique. L'infection peut se présenter sous la forme d'une infection pulmonaire (50% des adultes, 20% des enfants) ou cutanée (60% des enfants contre 13% des adultes), sous la forme d'abcès au niveau de différents organes (foie, rein, rate, prostate), d'une atteinte du système nerveux central ou d'une infection osseuse ou articulaire. D'autres localisations sont plus rares (anévrisme mycotique, péricardite, médiastinite).
  • Dans environ 10% des cas se développe une mélioïdose chronique se traduisant par une atteinte pulmonaire ou cutanée symptomatique pendant plus de 2 mois, généralement associée à des signes généraux.
  • Environ 4 % des cas développent une réactivation pulmonaire de la maladie restée latente, parfois des décennies après l'infection initiale.
  • Une rechute de l'infection primaire peut également se produire (1 à 2% à 1 an en cas de traitement bien conduit, environ 10% des cas à 10 ans).

La mortalité due à la mélioïdose aiguë varie de 10 à 50 %, mais peut être supérieure quand les ressources médicales sont limitées ou quand le malade présente des facteurs de risque (diabète,  maladie chronique du foie ou du rein, thalassémie, immunodépression, maladies pulmonaires chroniques). Les taux seraient plus bas pour ce qui concerne les cas importés (6% dans une série européenne).

Le traitement repose sur des antibiotiques administrés pendant plusieurs mois. Il débute par un traitement par voie intraveineuse (ceftazidime ou méropénème) suivi d'une antibiothérapie prolongé par voie orale (trimethoprim-sulfamethoxazole, amoxicilline/acide clavulanique).

Prévention pour le voyageur : Il n'existe pas de vaccin contre la mélioïdose.

Le risque de contracter une mélioïdose est faible sauf à être impliqué dans des travaux agricoles ou des interventions humanitaires lors d'inondation. Les mesures suivantes permettent de réduire le risque d'exposition :

  • Éviter de se baigner en eau douce et d'entrer en contact avec le sol ou la boue pendant la saison des pluies dans les zones endémiques, en particulier si l'on présente des plaies ou des abrasions cutanées.
  • Nettoyer et désinfecter toute lésion cutanée.
  • Lors des déplacements en zone humide, porter des chaussures fermées et protéger les éventuelles lésions cutanées par des pansements.
  • Les voyageurs souffrant de diabète ou d'une maladie rénale chronique sont plus exposées à la mélioïdose et doivent éviter tout contact avec le sol et l'eau stagnante.
  • Les personnes qui effectuent des travaux agricoles devraient porter des bottes.
  • Les personnes à haut risque devraient envisager de reporter leur voyage si il est prévu en période d'hyperendémie, comme pendant les pluies de mousson.

Source : Centers for Disease Control and Prevention (CDC)