Le point sur les cas d’hépatite aiguë d'étiologie inconnue chez l'enfant Médecine des voyages

Publié le 29 mai 2022 à 21h58

Biographie

Médecin biologiste.

Données épidémiologiques globales

Au 26 mai 2022, 650 cas probables d'hépatite aiguë d'étiologie inconnue chez l'enfant correspondant à la définition de cas de l'OMS ont été signalés à l'OMS dans 33 pays de 5 Régions de l'OMS, et 99 autres cas sont en attente de classification. La majorité des cas déclarés (n = 374 ; 58 %) proviennent de la Région européenne de l'OMS (22 pays), dont 222 (34 %) du seul Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord. Des cas probables et des cas en attente de classification ont également été signalés dans la Région des Amériques (n = 240, dont 216 cas aux États-Unis), la Région du Pacifique occidental (n = 34), la Région de l'Asie du Sud-Est (n = 14) et la Région de la Méditerranée orientale (n = 5). Par rapport aux précédents signalements d'hépatite aiguë d'étiologie inconnue chez l'enfant, les cas sont plus graves cliniquement et une proportion plus élevée développe une insuffisance hépatique aiguë au moins 38 (6 %) enfants ont dû être transplantés, et 9 (1 %) décès ont été signalés.

Données épidémiologiques européennes

Selon le dernier rapport de surveillance conjoint du Bureau régional de l'OMS pour l'Europe (EURO) et du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) sur les cas provenant des pays de l'UE/EEE, en date du 20 mai 2022 :

  • Les trois quarts (75,4 %) des cas sont âgés de moins de 5 ans.
  • Sur les 156 cas pour lesquels on dispose d'informations sur l'admission à l'hôpital, 22 (14,1%) ont été admis dans une unité de soins intensifs.
  • Sur les 117 cas pour lesquels cette information était disponible, 14 (12%) ont reçu une transplantation hépatique.
  • Dans l'ensemble, 181 cas ont été testés pour l'adénovirus, quel que soit le type d'échantillon, et 110 (60,8 %) d'entre eux ont été testés positifs. Le taux de positivité était le plus élevé dans les échantillons de sang total (69,5 %).
  • Sur les 188 cas testés par PCR pour le SARS-CoV-2, 23 (12,2 %) se sont révélés positifs. Les résultats de la sérologie du SARS -CoV-2 n'étaient disponibles que pour 26 cas, dont 19 (73,1 %) avaient un résultat positif.
  • Sur les 63 cas pour lesquels on dispose de données sur la vaccination par le COVID-19, 53 (84,1 %) n'étaient pas vaccinés.

La plupart des cas signalés semblent ne pas être liés et des enquêtes épidémiologiques approfondies sont en cours pour identifier les expositions communes, les facteurs de risque ou les liens entre les cas. Deux paires de cas ont été signalées comme épidémiologiquement liées en Écosse, et des cas liés ont également été signalés aux Pays-Bas. Par conséquent, la transmission interhumaine ne peut être exclue.

Une étiologie qui reste inconnue

L'étiologie de cette hépatite aiguë grave reste inconnue et fait l’objet d’investigations.

  • Un adénovirus a été trouvé dans 75% des cas testés au Royaume-Uni et sur le petit nombre d'échantillons qui ont été typés jusqu'à présent, une majorité a été confirmée pour l'adénovirus de type 41. Mais ce virus n'a jamais été associé à un tel tableau clinique chez des enfants en bonne santé. Cette question sera clarifiée par l'extension du dépistage de l'adénovirus à d'autres cas, au-delà de l'Europe et des États-Unis, et par la communication des résultats de l'étude cas-témoins UKHSA (United Kingdom Health Security Agency) actuellement en cours.
  • Le virus adéno-associé (ou AAV, pour adeno associated virus en anglais) a également été détecté dans un petit nombre de cas au Royaume-Uni, mais ce virus n’est habituellement pas pathogène.
  • Les hypothèses liées aux effets secondaires des vaccins COVID-19 ne sont actuellement pas soutenues car la plupart des enfants touchés n'ont pas reçu ces vaccins.
  • Une susceptibilité accrue chez les jeunes enfants à la suite d'un niveau de circulation plus faible de l'adénovirus pendant la pandémie de COVID-19, l'émergence potentielle d'un nouvel adénovirus, la co-infection par le SARS-CoV-2 ou une complication d'une infection antérieure par le SARS-CoV-2, entraînant une activation des cellules immunitaires médiée par un superantigène, sont des mécanismes évoqués. Ces hypothèses doivent être étudié plus avant.

Source : Promed