En Australie, augmentation de cas de fièvre Q à Wide Bay, Queensland. Médecine des voyages

Publié le 16 sept. 2022 à 08h35

Biographie

Médecin biologiste.

En Australie, il y a eu une augmentation des cas confirmés de fièvre Q dans la région de Wide Bay, État du Queensland, avec 11 cas notifiés depuis le début de l'année. En comparaison, entre trois et sept cas ont été notifiés à cette époque de l'année au cours de chacune des cinq dernières années.

L'augmentation du nombre de cas par rapport aux données antérieures serait peut-être liée à la présence d'un plus grand nombre d'animaux sauvages à proximité des zones résidentielles.

Les autorités sanitaires encouragent la population à respecter les mesures de prévention suivantes :

  • se laver les mains après avoir été en contact avec tous les animaux ou leurs excréments, en particulier avant de manger et de boire ;
  • porter un masque respiratoire de type FFP2 pour entreprendre des travaux extérieurs tels que la tonte de la pelouse en particulier s'il y a des excréments d'animaux.

Par ailleurs, les résidents de Wide Bay qui travaillent avec des animaux sont invités à se faire vacciner conrte la fièvre Q.

Rappels sur la fièvre Q 

La fièvre Q (Query fever) ou coxiellose est une zoonose bactérienne due à Coxiella burnetii. Elle affecte l'Homme, les ruminants (vaches, moutons, chèvres, etc.), les carnivores (chiens, chats), les rongeurs et les oiseaux. Elle est présente sur l'ensemble des continents et îles, à l'exception de la Nouvelle-Zélande.

Si la plupart des mammifères et les oiseaux peuvent être une source de bactéries pour l'Homme, ce sont les ruminants qui sont le plus souvent en cause.  Ils peuvent excréter la bactérie dans les matières fécales, dans les produits de parturition ou d'avortement, dans les sécrétions vaginales ou dans le lait. Une fois rejetée dans l'environnement, la bactérie peut résister de nombreuses semaines, et être à l'origine de nouvelles infections humaines. Elle peut également être déplacée par le vent jusqu'à 30 km.

La transmission à l'Homme se fait le plus souvent par voie respiratoire, en inhalant la bactérie transportée par l'air ou le vent avec des poussières, ou par contact direct avec des animaux infectés (ou des produits animaux en cas d'avortement par exemple, ou avec des surfaces souillées). D'autres modes de contamination ne sont pas retenus comme réellement efficaces : le risque de contamination par consommation de lait cru (non pasteurisé) issu d'animaux infectés est considéré comme quasiment nul par les autorités sanitaires françaises et européennes et la transmission par les tiques a été évoquée mais non démontrée.

Certaines professions exposent à un risque accru de fièvre Q : agriculteurs, éleveurs et travailleurs agricoles en contact avec des bovins, des moutons et des chèvres ; travailleurs des marchés à bestiaux, personnes assurant le transport de bestiaux (camionneurs, employés qui entretiennent les camions) ; travailleurs en abattoir ; vétérinaires ; personnels de laboratoire qui manipulent la bactérie…

Aspects clinique 

La fièvre Q affecte tous les âges, mais elle est surtout rapportée entre 30 et 70 ans. La période d'incubation est de 2 à 6 semaines et l'infection est asymptomatique chez 60 % des personnes infectées. Elle peut se présenter sous une forme aiguë ou chronique.

 La forme aiguë peut se présenter sous différentes formes :

  • Un syndrome pseudogrippal avec une fièvre élevée, des douleurs musculaires et articulaires. C'est la forme la plus fréquente qui évolue en général vers la guérison en quelques jours à quelques semaines, y compris sans traitement.
  • Une infection pulmonaire en général peu grave, mais qui peut durer plusieurs semaines.
  • Une atteinte du foie se traduisant exclusivement par des anomalies biologique guérissant généralement en 2 à 3 semaines.
  • Plus rarement, une atteinte cardiaque (péricardite, myocardite), ou des atteintes du système nerveux (méningo-encéphalites).

Les femmes enceintes sont exposées à un risque de naissance prématurée ou d'avortement, mais pas de risque de malformation

La forme chronique survient chez environ 1% des cas de fièvre Q aiguë, mais cette fréquence est accrue chez les personnes souffrant de lésions des valves cardiaques ou de lésions vasculaires (anévrismes). Les manifestations sont principalement des infections de valves cardiaques, d'anévrismes ou de prothèses vasculaires. Les  symptômes peuvent n'apparaître que plusieurs mois voire plusieurs années après l'exposition.

Chez l'animal, il s'agit généralement d'une infection asymptomatique. Sa conséquence la plus lourde se traduit par des avortements chez les bovins, les ovins et les caprins.

Le diagnostic de fièvre Q peut être confirmé biologiquement par :

  • Des tests sérologiques qui détectent les anticorps dirigés contre la bactérie.
  • L'amplification génique (PCR)
  • La mise en culture de prélèvements de lésions vasculaire ou de lésions d'endocardite pour isoler la bactérie.

 Le traitement de la fièvre Q repose sur des  antibiotiques. Des recommandations ont été publiés par le HCSP en 2013 et par le CNR des rickettsioses en 2019.

La prévention de la fièvre Q repose essentiellement sur la lutte contre la maladie chez les animaux et contre la diffusion de la bactérie dans l'environnement à partir des élevages infectés.

Un seul vaccin existe pour prévenir les infections par Coxiella : le Q-VAX® (Commonwealth Serum Laboratories, CSL Limited). Ce vaccin inactivé est fabriqué à partir de C. burnetii et commercialisé depuis 1989, en Australie uniquement. Il est disponible sous ATU en France. Son utilisation est contre-indiquée par le fabricant en cas d'antécédent d'infection par C. burnetii en raison du risque de réaction anaphylactique. C'est pourquoi seules des personnes ayant présenté une sérologie négative, un test intradermique négatif et sans antécédent évocateurs de fièvre Q sont éligibles à la vaccination. La revaccination est contre-indiquée par l'AMM en raison du risque de choc anaphylactique avancé par le fabricant. Les autres contre-indications à la vaccination sont la grossesse et l'allaitement maternel, l'immunodépression quelle qu'en soit la cause et un âge inférieur à 15 ans.

Un programme national de vaccination contre la fièvre Q a été mis en place en Australie à partir de 2001. Ce vaccin a été utilisé en 2011 aux Pays Bas dans un contexte d'épidémie majeure de fièvre Q (plus de 4 000 cas entre 2008 et 2010).

La chimioprophylaxie après exposition à la bactérie n'est pas recommandée.

Chez les personnes et professions à risque la prévention repose sur l'application permanente de mesures universelles d'hygiène individuelle et collective : lavage des mains, gestion des vêtements et des chaussures de travail, hygiène des locaux, conduite d'élevage, gestion des animaux malades ou trouvés morts, ou des déchets à risque infectieux. Ces mesures sont à renforcer en cas de risque avéré dans un élevage, en particulier pour les tâches à haut risque (mises-bas, manipulations de produits de parturition, toute activité générant des aérosols), pour lesquelles le port des équipements de protection individuelle est fortement recommandé : masque respiratoire FFP3, gants, bottes, vêtements de protection.

Références : (1) Haut Conseil de la Santé Publique. Fièvre Q. Recommandations de prise en charge. 2013. (2) Santé Publique France. Fièvre Q. Dernière mise à jour 20 mai 2019.

Source : Outbreak News Today