Recrudescence des infections à Enterovirus en Finlande Médecine des voyages

Publié le 16 sept. 2022 à 12h52

Biographie

Médecin biologiste.

En Finlande, les cas d'entérovirus signalés à l'Institut finlandais de la santé et du bien-être ont été plus nombreux que d'habitude.

La plupart des cas présentent des symptômes légers, mais au moins à Turku, des patients pédiatriques ont également dû être hospitalisés en raison de symptômes d'essoufflement. On a trouvé chez ces patients l'entérovirus D68, qui ne provoque généralement que des symptômes respiratoires légers, mais parfois aussi un essoufflement ou une pneumonie.

L'année dernière, 243 cas d'entérovirus confirmés en laboratoire ont été signalés au registre des maladies infectieuses. Cette année, 217 cas ont été recensés, et ce nombre devrait augmenter.

Rappels sur l'Enterovirus D68 

Le genre Enterovirus comprend 12 espèces identifiées par des lettres : 9 espèces entérovirus (A à H et J) et 3 espèces rhinovirus (A à C). Cette classification ne recouvre pas la classification reposant le pouvoir pathogène des virus et leur capacité à infecter certains types de cellules, à l'origine des groupes coxsakie A, coxsackie B, echovirus et poliovirus. L'entérovirus D68 (EV-D68) correspond à un des cinq sérotypes décrits au sein de l'espèce Enterovirus D.

L'EV-D68 a été responsable de foyers restreints d'infections respiratoires jusqu'en 2014. A compter de cette date une recrudescence du nombre de cas a été notée aux États-Unis. Depuis de nombreux cas d'infections respiratoires, dont certaines sévères, ont été rapportés dans plusieurs pays européens. Les infections à EV-D68 surviennent sur un mode épidémique, le plus souvent à la fin de l'été et au début de l'automne avant la période habituelle des épidémies d'infections respiratoires à virus respiratoire syncitial ou aux virus grippaux.

L'homme est le seul réservoir de ce virus. Le tropisme respiratoire de l'EV-D68 favorise une transmission par aérosol mais une transmission fécale-orale est possible car le virus peut être détecté dans les selles.

En général, les nourrissons, les enfants et les adolescents sont les plus touchés, mais l'impact clinique des infections à EV-D68 chez les adultes est sûrement sous-estimé.L'EV-D68 est responsable d'un large éventail de pathologies respiratoires depuis la simple rhinite aux formes plus sévères telles que pneumonie ou détresse respiratoire aiguë. L'épidémie américaine en 2014 a été marquée par un taux important d'infections sévères avec près des deux-tiers des patients admis en soins intensifs, 28 % ayant dû bénéficier d'une assistance ventilatoire. Dans d'autres études, la même année, le taux d'admission en soins intensifs était compris entre 6,8 et 27 %.

Les infections à EV-D68 se compliquent d'atteintes neurologiques qui se présentent surtout sous la forme d'une myélite flasque aiguë (MFA). La MFA est caractérisée par la survenue brutale d'une paralysie flasque et asymétrique des membres associée à une perte des réflexes et une absence de déficit sensitif. La paralysie survient sept jours (1–16 jours) après un épisode infectieux caractérisé par de la fièvre, des symptômes respiratoires et/ou digestifs et des myalgies. Les séquelles neurologiques, en particulier motrices, sont très fréquentes.

La recherche des EV doit être réalisée devant toute infection respiratoire sévère, en particulier chez les patients admis en soins intensifs et toute atteinte neurologique sévère doit inciter à rechercher les EV en parallèle des autres agents étiologiques possibles.

Le diagnostic repose sur la détection du génome des EV dans les échantillons cliniques (nez, gorge ou sang, selles, liquide céphalo rachidien).

Il n'existe pas de traitement standardisé des infections respiratoires sévères ou des complications neurologiques associées à l'EV-D68.

La prévention repose sur des mesures d'hygiène. Il faut :

  • se laver souvent les mains à l'eau et au savon ;
  • éviter de se toucher les yeux, le nez et la bouche avec des mains non lavées ;
  • éviter les contacts étroits, comme les baisers, les étreintes et le partage de tasses ou d'ustensiles de cuisine, avec les personnes malades et lorsque l'on est malade ;
  • se couvrir la bouche avec un mouchoir quand on tousse ou on éternue, ou tousser dans le pli de son coude ;
  • nettoyer et désinfecter les surfaces fréquemment touchées, comme les jouets et les poignées de porte, surtout si quelqu'un est malade.

Référence : Mirand A et al. Entérovirus D68 : un virus à haut potentiel pathogène et épidémique. Virologie. 2018; 22(1) 41-53.

Source : Outbreak News Today