Foyer de mélioïdose signalé à Hong Kong Médecine des voyages

Publié le 13 oct. 2022 à 17h39

Biographie

- Médecin biologiste à la retraite.
- Auparavant : médecin biologiste dans un hôpital d'Instruction des armées pendant 6 ans, puis détaché pendant 20 ans par le Service de santé des armées comme virologiste d'abord puis comme directeur dans 3 instituts du Réseau international des Instituts Pasteur.

Liens d'intérêt

- Aucune rémunération actuelle ou dans le passé de l'industrie pharmaceutique.
- Aucun investissement financier dans une firme pharmaceutique.
- Aucune participation à des études cliniques de vaccins.

Les autorités sanitaires de Hong Kong ont déclaré avoir reçu des rapports de l'Hospital Authority (HA) Kowloon West Cluster selon lesquels 15 cas de mélioïdose ont été enregistrés entre août et octobre 2022. Selon les informations de l'HA, 29 cas de mélioïdose ont été enregistrés à Hong Kong depuis le début de l'année.

Les 29 cas concernent 21 hommes et huit femmes, âgés de 42 à 93 ans, dont 20 vivent à Sham Shui Po et les autres patients vivent à Kwun Tong, Wong Tai Sin, Sai Kung, Kwai Tsing, Eastern District et Yau Tsim Mong. Dix-neuf patients sont sortis de l'hôpital, quatre sont encore hospitalisés. Six patients sont décédé, il s'agit de 4 hommes et 2 femmes âgés de 54 à 93 ans, dont cinq souffraient de maladies sous-jacentes.

Rappel sur la mélioïdose :

La mélioïdose (appelée également maladie de Whitmore) est une infection due à Burkholderia pseudomallei (ou bacille de Whitmore) une bactérie de l'environnement retrouvée dans les eaux de surface, la boue, les sols argileux humides, notamment lors de l'inondation des rizières et de la plantation du riz au début de la saison de la mousson.

La mélioïdose est considérée comme endémique ou potentiellement endémique en Australie, en Asie, sur le continent américain et dans les Caraïbes, en Afrique et au Moyen Orient. On estime le nombre de cas annuel à 165 000, dont 89.000 décès. La maladie peut survenir en zone d'endémie sur un mode épidémique et son incidence est directement liée à la saison des pluies et aux inondations. 

Elle touche préférentiellement les personnes travaillant dans l'agriculture, les mines et la construction. En dehors des zones d'endémie, des cas d'importation sont régulièrement rapportés chez des touristes et des migrants. Les écotouristes et les voyageurs en condition aventureuse sont plus exposés.

La mélioïdose peut être contractée de trois manières :

  • par voie transcutanées lorsque qu'une plaie ou des abrasions cutanées sont au contact du sol ou de l'eau contaminés,
  • par voie aériennes par des aérosols contaminés,
  • par voie digestive lors de l'ingestion d'eau contaminée non traitée.
La transmission interhumaine a été décrite mais est exceptionnelle. Outre l'homme, de nombreuses espèces animales peuvent être infectées.

 

On estime la période d'incubation moyenne à neuf jours (1-21 jours), mais les symptômes peuvent débuter  plus rapidement (<24 heures) après une inhalation.

  • La plupart des patients développent une mélioïdose aiguë après une infection récente (85% des cas). La bactérie est présente dans le sang dans 50% des cas et 20% des patients développent un choc septique. L'infection peut se présenter sous la forme d'une infection pulmonaire (50% des adultes, 20% des enfants) ou cutanée (60% des enfants contre 13% des adultes), sous la forme d'abcès au niveau de différents organes (foie, rein, rate, prostate), d'une atteinte du système nerveux central ou d'une infection osseuse ou articulaire. D'autres localisations sont plus rares (anévrisme mycotique, péricardite, médiastinite).
  • Dans environ 10% des cas se développe une mélioïdose chronique se traduisant par une atteinte pulmonaire ou cutanée symptomatique pendant plus de 2 mois, généralement associée à des signes généraux.
  • Environ 4 % des cas développent une réactivation pulmonaire de la maladie restée latente, parfois des décennies après l'infection initiale.
  • Une rechute de l'infection primaire peut également se produire (1 à 2% à 1 an en cas de traitement bien conduit, environ 10% des cas à 10 ans).

La mortalité due à la mélioïdose aiguë varie de 10 à 50 %, mais peut être supérieure quand les ressources médicales sont limitées ou quand le malade présente des facteurs de risque (diabète,  maladie chronique du foie ou du rein, thalassémie, immunodépression, maladies pulmonaires chroniques). Les taux seraient plus bas pour ce qui concerne les cas importés (6% dans une série européenne).

Le traitement repose sur des antibiotiques administrés pendant plusieurs mois. 

Prévention pour le voyageur :

Le risque de contracter une mélioïdose est faible sauf à être impliqué dans des travaux agricoles ou des interventions humanitaires lors d'inondation. Les mesures suivantes permettent de réduire le risque d'exposition :

  • Éviter de se baigner en eau douce et d'entrer en contact avec le sol ou la boue pendant la saison des pluies dans les zones endémiques, en particulier si l'on présente des plaies ou des abrasions cutanées.
  • Nettoyer et désinfecter toute lésion cutanée.
  • Lors des déplacements en zone humide, porter des chaussures fermées et protéger les éventuelles lésions cutanées par des pansements.
  • Les voyageurs souffrant de diabète ou d'une maladie rénale chronique sont plus exposées à la mélioïdose et doivent éviter tout contact avec le sol et l'eau stagnante.
  • Les personnes qui effectuent des travaux agricoles devraient porter des bottes.
Les personnes à haut risque devraient envisager de reporter leur voyage si il est prévu en période d'hyperendémie, comme pendant les pluies de mousson.

 

Source : Outbreak News Today.