Leishmaniose canine en Espagne Médecine des voyages

Publié le 30 nov. 2022 à 00h56

Biographie

- Médecin biologiste à la retraite.
- Auparavant : médecin biologiste dans un hôpital d'Instruction des armées pendant 6 ans, puis détaché pendant 20 ans par le Service de santé des armées comme virologiste d'abord puis comme directeur dans 3 instituts du Réseau international des Instituts Pasteur.

Liens d'intérêt

- Aucune rémunération actuelle ou dans le passé de l'industrie pharmaceutique.
- Aucun investissement financier dans une firme pharmaceutique.
- Aucune participation à des études cliniques de vaccins.

En Espagne, la leishmaniose est une maladie endémique dans de nombreuses régions. La prévalence sérologique de la leishmaniose chez le chien varie de 2% à 57,1% selon la région géographique. Les régions d'Ourense, Lleida, Gérone, Cáceres, Valence, Alicante, Murcie et presque toute l'Andalousie sont celles où la séroprévalence est la plus élevée, dépassant dans de nombreux cas 17 %.

En Galice, les données sur la séroprévalence de la leishmaniose canine montrent un taux de chiens positifs entre 1,6% et 24,3%. Au cours des dernières semaines, les vétérinaires de la zone côtière nord de Lugo ont signalé une augmentation du nombre d'animaux positifs.

Rappels sur la leishmaniose

Leishmania infantum est l'espèce responsable des cas de leishmaniose sur le pourtour méditerranéen. Cette parasitose semble en extension en Europe, et l’augmentation du nombre de cas serait imputable à une densité croissante de phlébotomes infectés, elle-même en relation avec le réchauffement climatique.

En France métropolitaine, les cas de leishmaniose autochtone impliquent exclusivement L. infantum et sont localisés sur le pourtour méditerranéen, mais des cas sont également rapportés en Ariège, en Aveyron, en Lozère, dans le Vaucluse, dans la Drôme, dans les Alpes de Haute Provence et en Corse. L’incidence est estimée à 0,26 cas/100 000 habitants/an, soit en moyenne 22,5 cas/an. L’infection concerne des malades immunocompétents dans 55% des cas et des personnes infectées par le VIH dans 35% des cas. Au sein de l’Union Européenne, l’incidence annuelle est de 410 à 620 cas.

Le chien est le réservoir majeur de L. infantum, mais ce parasite est également retrouvé chez de nombreuses espèces de canidés, comme le chat, le renard, le loup… La prévalence sérologique canine oscille de 5 à 30%. Le développement de la leishmaniose chez les chiens contaminés est très variable suivant les individus, et il faut parfois attendre des mois ou des années avant de voir apparaître les symptômes de la maladie qui est générale, c’est-à-dire à la fois cutanée et viscérale. Il n’existe aucun traitement capable de le guérir définitivement le chien.

La transmission de ce parasite se fait quasi-exclusivement par l’intermédiaire d’un insecte vecteur, le phlébotome, qui pique du coucher au lever du soleil.

Chez l’homme, L. infantum est responsable en générale d’une leishmaniose viscérale (LV). Après une incubation de quelques mois voire de plusieurs années, la LV se traduit dans 70 à 90% des cas chez le patient immunocompétent (50% chez les patientsd immunodéprimé) par un tableau associant fièvre, augmentation de volume de la rate et du foie, hépatomégalie, et chute du nombre de globules rouges, de globules blancs et de plaquettes (pancytopénie). Le décès est presque toujours lié à une surinfection bactérienne digestive ou pulmonaire ou à une hémorragie digestive. Plus rarement l’infection prend la forme d’une leishmaniose cutanée (LC) qui se traduit en général par une lésion indolore à limites nettes d’évolution subaiguë qui peut prendre différentes aspects. Une surinfection de cette lésion par des bactéries est possible.

Le diagnostic se fait par la mise en évidence du parasite à l’examen microscopique, mais la culture et l’amplification génique (PCR) sont plus performantes. En cas de LV, un prélèvement de moelle voire de sang (PCR) est nécessaire ;  en cas LC un prélèvement au niveau de la lésion (grattage, biopsie) sera pratiqué.

Le traitement de la LV repose sur l’antimoine pentavalent (Glucantime®) ou l’amphotéricine B. En cas de LC on privilégie autant que possible un traitement local peu toxique, en réservant le traitement systémique aux situations incompatibles avec un traitement local ou lorsque celui-ci a échoué.

La prévention de la leishmaniose repose sur la protection contre les piqûres de phlébotomes, le DEET et l’IR3535 étant considéré comme des molécules actives contre cet insecte.

Références : (1) Bourdoiseau G. La leishmaniose canine à Leishmania Infantum : actualités épidémiologiques – applications. Bulletin de l'Académie Vétérinaire de France. 2015; 1: 38-42. (2) ePilly Trop 2022. Maladies infectieuses et tropicales. 3e édition web, mise à jour juin 2022. (3) Pasquier TG. et al. Epidémiologie des Leishmanioses sur le territoire français de 1998 à 2020. 22es JNI, Montpellier du 30/08 au 01/09/2021  

Source : ProMED ; Diario Veterinario.