Des vaccins vont-ils permettre de retarder les effets du vieillissement ?

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Le vieillissement est un processus naturel complexe, et pour l’instant inéluctable. Il comporte l’accumulation progressive d’altérations des tissus et des organes et une dégradation de leurs fonctionnement, aboutissant à la mort. C’est au niveau des cellules et de l’information génétique qu’elles renferment que ces altérations prennent leur source : que ce soit au cours des divisions qui leur donnent naissance, ou avec le temps pour celles qui ne se divisent pas (comme les neurones), des modifications se produisent et s’accumulent au niveau des chromosomes, entrainant des altérations de plus en plus fréquentes des protéines synthétisées et une perte progressive des fonctions qu’elles assurent. De nombreux facteurs, internes (dont la génétique) ou environnementaux (stress oxydatif, produits chimiques, radiations), concourent à la sénescence cellulaire, dont la principale manifestation est l’arrêt de la division. Cette sénescence aurait alors pour rôle d’empêcher l’apparition de cancers (sans division cellulaire, pas de tumeur), mais elle pourrait être impliquée dans d’autres processus, tels le développement, les réparations tissulaires, et bien-sûr le vieillissement.

Des cellules aux fonctions et aux comportements altérés apparaissent tout au long de la vie et dans tous les tissus, en petit nombre. Si elles sont malgré tout viables, elles sont reconnues comme anormales et éliminées par le système immunitaire. Les cellules sénescentes sont aussi des cellules modifiées, mais elles sont résistantes à l’un mécanisme qui devrait permettre leur élimination, l’apoptose. Avec le temps, elles deviennent de plus en plus nombreuses, et elles ne sont plus efficacement éliminées par un système immunitaire lui aussi vieilli. Or, les cellules sénescentes ne sont pas seulement inutiles, elles peuvent être nocives : elles contribuent à certaines des manifestations liées à l’âge, comme le syndrome de fragilité, la sarcopénie (une forme d’atrophie musculaire), d’autres maladies liées à l’âge qui compliquent le vieillissement. Des cellules présentes dans le cerveau, astrocytes et microglie, devenues sénescentes, participeraient à l’altération des fonctions ou à la destruction des neurones associées aux manifestations neurologiques du vieillissement (neurodégénérescence).

La preuve que l’élimination des cellules sénescentes pouvait contribuer à atténuer les manifestations du vieillissement a été apportée expérimentalement en 2011 (1). Depuis, la recherche d’agents sénolytiques, capables de provoquer ou favoriser cette élimination, est très active. Plusieurs molécules à activité anti-cancéreuse suscitent l’intérêt, mais elles ne sont pas dépourvues d’effets indésirables. Une autre façon d’éliminer les cellules sénescentes consiste à les faire reconnaitre et détruire par le système immunitaire. C’est ce que des chercheurs japonais sont parvenus à faire chez la souris (2). Après avoir identifié un antigène exprimé majoritairement sur les cellules sénescentes, la glycoprotéine de mélanome non métastatique B (GPNMB), un « séno-antigène », ils ont vacciné des souris progéroïdes (porteuses d’une mutation accélérant le vieillissement). Ils ont observé un retard des manifestations liées à l’âge et un allongement de la durée de vie des souris.

Ces résultats sont très préliminaires et ne peuvent encore être transposés à l’Homme. Il reste bien-sûr beaucoup à faire pour identifier des antigènes capables de désigner les cellules sénescentes au système immunitaire avec efficacité et en toute sécurité, puis pour mettre en évidence les bénéfices possibles de cette approche. Compte-tenu des enjeux, et en raison du potentiel dévoilé par les nouvelles approches pour la production de vaccins, dont l’ARNm, nul doute que les recherches seront actives et pourraient apporter des résultats concrets dans quelques années.

Références

  1. D.J. Baker, T. Wijshake et coll. Clearance of p16Ink4a-positive senescent cells delays ageing-associated disorders - doi: 10.1038/nature10600.
  2. M. Suda, I. Shimizu et coll. Senolytic vaccination improves normal and pathological age-related phenotypes and increases lifespan in progeroid mice.

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