En France, reprise attendue de la circulation des entérovirus cet été et nécessité de maintenir l'alerte relative à la vigilance vis à vis de l'échovirus 11

medecinedesvoyages.net

Santé publique France (SPF) et le Centre national de référence (CNR) des Entérovirus et Parechovirus publient un point de situation sur les infections à entérovirus (EV) en France pour l’année 2022, actualisé au 5 juillet 2023. Ce bilan souligne qu'une reprise de la circulation des entérovirus à un niveau important est attendue cet été et que l’alerte sur l’augmentation des infections néonatales sévères associées à un échovirus 11 doit être maintenue.

1. Une reprise de la circulation des entérovirus à un niveau important est attendue cet été

La faible circulation des EV observée depuis 2020 en France, en lien avec les mesures barrières anti-COVID-19, s’est maintenue jusqu’en 2022 avec des niveaux d’infections à EV très en deçà des pics observés entre 2016 et 2019.

En 2022, la proportion d’infections néonatales à EV était supérieure à celle des années précédents (25,7% des infections à EV contre 12,8% sur la période 2016-2021). Cette augmentation de la proportion d’infections néonatales s’explique probablement par l’augmentation du réservoir pédiatrique et maternel non immun lié aux mesures barrière anti-COVID-19 et par la circulation consécutive de deux types d’EV prédominants : le coxsackievirus B4 (CVB4) puis l’échovirus 11 (E11).

En 2023, tandis que le nombre de cas d’infections à EV déclarés au Réseau de surveillance des entérovirus (RSE) reste, à la date de ce bilan, bien inférieur à celui observé avant 2020, une recrudescence des infections à EV au 5 juillet 2023 semble s’amorcer depuis la semaine S26 (26 juin au 2 juillet). Le nombre de passage aux urgences et d’hospitalisation pour méningite virale observé dans le réseau OSCOUR apparaît en effet en augmentation depuis la semaine S23 et atteint depuis des niveaux comparables à ceux de 2018, ce qui pourrait indiquer un pic estival attendu dans les prochaines semaines.

La vigilance reste donc de mise au cours de cet été 2023 devant toute recrudescence des cas d’infections à EV et de méningites virales, en particulier chez les très jeunes enfants.

2. L’alerte sur l’augmentation des infections néonatales sévères associées à un échovirus 11 est maintenue

SPF et le CNR des entérovirus et parechovirus maintiennent leur alerte sur l’augmentation inhabituelle d’infections néonatales sévères rapportées par le réseau de surveillance des entérovirus en lien avec la circulation d’un nouveau variant d’echovirus 11 détecté depuis le mois de juin 2022 et n’ayant jamais été identifié auparavant.

Entre juillet 2022 et mars 2023, 9 nouveau-nés de moins de 7 jours (dont 4 paires de jumeaux) ont été infectés par cet E11, parmi lesquels sept sont décédés (dont 3 paires de jumeaux). Suite à l’alerte, plusieurs cas d’infections néonatales sévères à E11 de formes cliniques similaires ont été rapportés dans d’autres pays européens (dont l’Espagne, l’Italie et le Royaume-Uni) et un cas supplémentaire a été déclaré en France en juillet 2023.

Les infections néonatales sévères à E11 rapportées en 2022-2023 sont inhabituelles et préoccupantes. Elles peuvent en effet être d’aggravation rapide et brutale, associées à des complications graves (défaillances hépatiques ou multi-viscérales), et conduire au décès dans un grand nombre de cas. L’excès de mortalité constaté en 2022-2023 pourrait s’expliquer par une circulation accrue de l’echovirus 11 mais aussi par les caractéristiques de ce nouveau variant qui sont en cours d’investigation. D’autres facteurs de risque de mortalité comme l’acquisition de l’infection dans les 7 premiers jours de la vie, la prématurité et le petit poids de naissance peuvent aussi jouer un rôle.
La survenue d’un cas début juillet 2023 sur le territoire confirme la circulation encore active de cet echovirus 11 et nécessite de maintenir la vigilance durant l’été.

3. Recommandations de Santé publique France et du CNR des entérovirus et parechovirus

3.1. Pour les professionnels de santé

  • Les professionnels de santé sont incités à une vigilance particulière devant des tableaux cliniques sévères, en particulier neurologique et devant toute infection néonatale sévère pour lesquels une infection à EV doit être évoquée et recherchée.
  • Devant tout tableau clinique sévère il est important de réaliser des prélèvements adaptés à la recherche du génome des EV (sang, échantillons nasopharyngés, selles).
  • Toute infection néonatale ou atteinte neurologique sévère associée à une infection à EV doit être signalée au CNR, et des prélèvements doivent être envoyés pour compléter les investigations virologiques (séquençage notamment).

3.2. Population générale

Le renforcement des règles d’hygiène familiale et/ou en collectivités (lavage des mains, désinfection des surfaces, évitement des contacts étroits avec les malades) est essentielle pour limiter la transmission des EV, notamment aux personnes immunodéprimés et femmes enceintes. En cas d’infection à entérovirus, les traitements sont limités au traitement symptomatique et il est rappelé que tout traitement antibiotique est inutile.

Source : Santé Publique France

Pages associées