France : alerte de la Direction générale de la Santé à propos de cas de botulisme

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En France, la Direction générale de la Santé (DGS) a diffusé le 12 septembre une alerte auprès des médecins et pharmaciens relatives à la survenue de 10 cas cliniquement évocateurs de botulisme alimentaire : une personne est décédée ; 8 personnes sont hospitalisées (Bordeaux et Ile de France) dont 7 personnes en réanimation ou en unité de Surveillance continue.

Tous les cas ont fréquenté le même établissement à Bordeaux entre le lundi 4 et le dimanche 10 septembre 2023 (Restaurant « TCHIN TCHIN WINE BAR », bar très prisé de la clientèle anglo-saxonne) et tous les cas ont consommé des sardines en bocal réalisées par le restaurateur (fabrication artisanale).

Des analyses sont en cours par le Centre National de Référence du Botulisme pour confirmation biologique du botulisme. La Direction départementale de la protection des populations (DDPP) a fait des investigations, des prélèvements alimentaires sont en cours d’analyse.

Le temps d’incubation du botulisme alimentaire peut aller de quelques heures à quelques jours. La survenue d’autres cas, dans les prochains jours, en lien avec cet établissement n’est donc pas exclue.

Rappel sur le botulisme alimentaire

Le botulisme est dû à la toxine synthétisée par la bactérie Clostridium botulinum. Sur les sept types de botulisme connus aujourd’hui, quatre (les types A, B, E et plus rarement F) affectent l’homme. Cette bactérie anaérobie est présente dans l’environnement (sol, eau et sédiments aquatiques).

Le botulisme est une maladie à déclaration en France. Depuis 1991, le taux d’incidence du botulisme est stable en France. Il s’agit d’une maladie rare avec une incidence de 0,4/Million d'habitant et 39 foyers confirmés entre 2013 et 2016.

Différents modes de contamination sont décrits et conditionnement les trois formes principales de botulisme :

  • La forme la plus fréquente est le botulisme d’origine alimentaire lié à l’ingestion d’un aliment contenant de la toxine botulique préformée dans des aliments conservés n’ayant pas subi de processus poussé de stérilisation : salaisons, charcuteries ou encore conserves d’origines familiale ou artisanale. On parle d’intoxination.
  • Le botulisme par colonisation qui fait suite à l’ingestion de C. botulinum qui va se multiplier dans l’intestin et produire localement sa toxine. On parle de toxi-infection dont la forme la plus connue est le botulisme infantile ;
  • Le botulisme d’inoculation qui résulte de la contamination d’une plaie par des spores de C. botulinum qui vont dans un second temps se transformer en bactéries capables de produire les toxines. Cette forme est en particulier décrite chez les usagers de drogues injectables.

La durée d’incubation du botulisme alimentaire est en moyenne de 12 à 72 heures, mais cette durée peut varier de 2h à 8 jours, et la gravité des symptômes du botulisme dépendent de la quantité de toxine ingérée et du type de toxine concerné.

Le botulisme est une affection neurologique aiguë, sans présence de fièvre. En général, les personnes ayant partagé les mêmes aliments manifestent des symptômes identiques, mais avec une sévérité variable. Ceux-ci débutent par une atteinte oculaire (défaut d’accommodation, vision floue), une sécheresse de la bouche accompagnée d’un défaut de déglutition voire d’élocution, puis d’une parésie à une paralysie des muscles. Dans les formes avancées, ils évoluent vers une paralysie descendante des membres et des muscles respiratoires. C’est cette insuffisance respiratoire qui entraîne le décès.

La grande majorité des malades pris en charge sans délai guérissent sans séquelles, mais la durée du traitement et de la convalescence peut durer plusieurs mois. La mortalité par botulisme est un événement rare et elle est variable selon le type de toxine en cause, les types A et E étant responsables des formes les plus graves.

La confirmation du diagnostic de botulisme est réalisée par la mise en évidence et le typage de la toxine botulique dans le sérum. C. botulinum est recherché dans les selles des patients et dans les aliments suspects par culture et amplification génique (PCR). Ces examens spécialisés relèvent du Centre National de Référence des Anaérobies et botulisme.

Le traitement du botulisme est essentiellement symptomatique et requiert, dans les formes sévères, une ventilation assistée. L’administration d’anti-toxine botulique dans les heures ou les premiers jours après le début des symptômes peut permettre de raccourcir le temps d’hospitalisation. La dispensation de l’antitoxine botulique se fait via une autorisation d’accès compassionnel (AAC). La demande de celle-ci s’effectue par les PUI sur la plateforme dédiée de l’ANSM e-Saturne. Le stock d’antitoxine botulique relève du stock de l’Etat, géré par Santé publique France (SpF). Les demandes sont traitées 24h/24 et 7 jours/7. Une fois, l’AAC validée ou pour toute demande d’information, il est possible d'adresser ses demandes à SpF.

Les antibiotiques n’ont aucune action sur la toxine botulique, et ne sont donc pas prescrits chez l’adulte. Ils sont en revanche nécessaires dans le cas du botulisme infantile, pour détruire la bactérie logée dans le tractus digestif du nourrisson.

Les mesures de prévention du botulisme reposent sur les règles d'hygiène simples lors de préparation de conserves familiales. Les procédés de conservations d’aliments d’origine industrielle ou artisanale (température, concentration saline, pH) doivent être scrupuleusement respectés afin de prévenir la formation de spores par C. botulinum. Par ailleurs, les toxines botuliques sont thermolabiles et détruites par ébullition pendant 10 minutes.

Références : (1) Santé publique France. Botulisme. Consulté le 12/11/2023. (2) Institut Pasteur. Informations sur le botulisme. Mis à jour le 09/10/2017. Consulté le 12/11/2023.

Source : Direction générale de la Santé

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