Éthiopie : réémergence de la trypanosomiase humaine africaine causée par Trypanosoma brucei rhodesiense Médecine des voyages

Publié le 28 nov. 2023 à 18h25

Biographie

Médecin biologiste.

La trypanosomiase humaine africaine (THA) a été signalée pour la première fois en Éthiopie en 1967 dans la région de Gambella, et des cas sporadiques ont été signalés dans cette région jusqu'en 1991.

Un article publié dans la revue Emerging Infectious disease rapporte qu'en 2022, quatre cas de THA, tous originaires de la région de la rivière Omo dans le district de Kucha Alfa, dans la zone de Gamo, dans la région des peuples des nations et nationalités du Sud (SNNPR), ont été signalés en Éthiopie. Le diagnostic de THA à T. brucei a été confirmé par analyse moléculaire effectuée à partir d’un échantillon de sang séché par l'Institut de médecine tropicale d'Anvers. Les deux premier malades sont décédés faute de traitement disponible, le troisième, traité par  mélarsoprol, est décédé de complications neurologiques liées au traitement, et le quatrième a été traité et a survécu.

Le district de Kucha Alfa est entouré par la rivière Omo, où les mouches tsé-tsé sont abondantes et où le bétail vient s'abreuver. En outre, le district est proche du parc national de Maze, qui abrite une grande partie de la faune et du bétail. La proximité de l'habitat de la mouche tsé-tsé, des réservoirs animaux et des humains accroit la probabilité d'interaction entre les humains et les animaux sauvages infectés et, par conséquent, le risque de T. brucei rhodesiense. Les zones d'origine des cas récents sont rurales et difficiles d'accès, et les habitants n'ont guère accès aux infrastructures médicales ce qui retarde considérablement le diagnostic et réduit les chances d'un bon pronostic. En outre, l'absence de matériel de laboratoire, les lacunes dans les connaissances et l'expertise des professionnels de la santé en matière de THA, et le manque de ressources pour la surveillance active et la gestion des cas ont été des obstacles au diagnostic et à l'instauration d'un traitement en temps opportun.

Les cas ont été signalés et les mesures suivantes, avec le soutien de l'Organisation mondiale de la santé, ont été prises : mise à disposition de moyens (matériel de laboratoire, médicaments, directives technique), formations des personnels de santé, mise à disposition de protocoles (conduite à tenir en cas de suspicion clinique de THA), et mise en place d'un système de surveillance.

La trypanosomiase animale en Éthiopie constitue une menace sérieuse pour le bétail et la productivité agricole. Les états du SNNPR comprennent environ 75% de la zone éthiopienne propice à l'habitat de la mouche tsé-tsé. La plupart des facteurs favorisant la reproduction des mouches tsé-tsé sont présents dans le district de Kucha Alfa avec de nombreux endroits couverts de savane, des bassins fluviaux et des zones broussailleuses, et des températures moyennes favorables.

Les auteurs concluent que la transmission de la THA se poursuit en Ethiopie et qu’il est nécessaire de mobiliser des ressources pour la surveillance, la détection, le signalement, le diagnostic et le traitement des nouveaux cas de toute urgence et de sensibiliser la population. Ils considèrent essentiel de concevoir des stratégies de contrôle, et de cartographier les autres zones susceptibles d'être vulnérables à la THA.

Commentaires

La trypanosomiase humaine africaine (THA), ou maladie du sommeil africaine, est causée par deux  sous-espèces du parasite sanguin Trypanosoma brucei, Trypanosoma brucei gambiense (92 % des cas signalés) présent dans 24 pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale, et Trypanosoma brucei rhodesiense (8 %) présent dans 13 pays d’Afrique de l’Est et d’Afrique australe.

T. brucei rhodesiense affecte principalement le bétail et la faune sauvage, mais se propage sporadiquement à l'homme, provoquant une maladie aiguë. En l'absence d'un traitement approprié rapide, le pronostic des patients est sombre ; le taux de létalité est proche de 100 %. Les mouches tsé-tsé (Glossina spp.) transmettent les parasites

Les populations rurales vivant dans les régions où a lieu la transmission et qui dépendent de l'agriculture, de la pêche, de l'élevage ou de la chasse sont les plus exposées à la mouche tsé-tsé et par conséquent à la maladie. La trypanosomiase humaine africaine est une maladie intégrée dans le programme de l'Organisation mondiale de la santé des maladies négligées.

La trypanosomiase humaine africaine reste rare chez les touristes. Malgré tout, les visiteurs de parcs et de safaris doivent être conscients de la présence de mouche tsé-tsé et éviter d'être piqué (port de vêtements couvrants imprégnés d'insecticides, répulsifs anti-insectes sur la peau découverte). 

Pour plus d'information vous pouvez consulter le site Médecine Tropicale.

Source : Emerging Infectious Disease