L’immunité fluctue sur un rythme circadien et cela pourrait avoir une influence sur l’efficacité des vaccins

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L’activité de plusieurs de nos organes et systèmes varie de manière cyclique au long de nos journées de 24 heures. L’alternance veille-sommeil ou la variation de la température corporelle en sont des manifestations, le plus souvent sous-tendues par la fluctuation des productions hormonales. Le système immunitaire n’échappe pas à ce phénomène et on sait depuis les années 1960 que sa réactivité varie dans certaines limites en fonction de l’heure du jour et de la phase jour ou nuit. Des mécanismes et des conséquences de cette variation ont été progressivement mis en évidence, chez l’animal comme chez l’Homme. On a ainsi montré que le nombre de cellules immunitaires circulantes, leurs capacités de migration d’un compartiment à un autre ou de production de cytokines étaient horloge-dépendants. La raison évoquée pour cette synchronisation, développée au cours de l’évolution, pourrait être la nécessité de disposer de défenses optimales durant les périodes d’activité (diurnes chez l’Homme, nocturnes pour certains animaux), où l’exposition aux agents pathogènes est maximale.

La revue de C. Wang, L.K. Lutes et coll. présente un état des connaissances accumulées sur le lien entre horloge biologique et fonctions immunitaires. Elle décrit des mécanismes complexes, génétiques, moléculaires et cellulaires, qui font dépendre l’efficacité des lignes de défense de l’organisme du moment de la journée où elles sont sollicitées. Elle montre également qu’une autre variable temporaire, l’âge, intervient à différents niveaux.

Si l’immunité innée, dont la mise en œuvre est quasi-instantanée en cas d’agression, est logiquement impactée par son « état du moment », on conçoit plus difficilement que des réponses qui mettent des jours ou des semaines à se constituer (l’immunité acquise) puissent également dépendre de cet état. On montre cependant que le développement ou les activités de cellules responsables de cette immunité, les lymphocytes B et T, sont modulés selon un rythme circadien.

Les conséquences des phénomènes mis en lumière restent largement à identifier, mais les observations qui font apparaitre une interrelation entre évolution des maladies infectieuses et rythmes circadiens retiennent l’attention. Dans plusieurs modèles, l’évolution de la maladie et sa gravité varient avec le moment du jour où l’agent infectieux a été introduit. Le constat a conduit à se poser la question de l’existence de cette interrelation dans le cas des vaccinations. Là encore, plusieurs observations, dont celles effectuées avec l’utilisation des vaccins BCG, grippe et covid-19, indiquent l’existence de ce lien (figure).

Il n’est pas encore démontré que les variations mises en évidence se traduisent par des différences de niveau de protection. Il parait toutefois intéressant de poursuivre les recherches sur le sujet ; elles pourraient permettre d’améliorer l’efficacité des vaccins et peut-être d’en limiter les effets indésirables.

Figure : bénéfice d’une vaccination effectuée le matin (extrait de C. Wang, L.K. Lutes et coll.).

C. Wang, L.K. Lutes et coll. The circadian immune system

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