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Le poids épidémiologique des infections à pneumocoque dans les pays de la ceinture africaine de la méningite est sous-estimé

Publié le 18 fév. 2010 à 20h44

Biographie

- Professeur agrégé enseignant à l'École du Val-de-Grâce et à l'Université de Bordeaux.
- Médecin biologiste en poste à la Direction centrale du service de santé des armées.
- Membre de droit (sans droit de vote) de la Commission technique des vaccinations de la HAS, représentant du Service de santé des armées.

Liens d'intérêt

- Aucune perception de rémunération ou de tout autre avantage de l'industrie pharmaceutique.
- Aucun investissement financier dans une firme pharmaceutique.
- Aucune participation à des études cliniques de vaccins.
- Aucune rémunération ou avantages reçus de l'industrie pharmaceutique.
- Déclaration mise à jour le 10 décembre 2018.

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La ceinture de la méningite, ou ceinture de Lapeyssonnie, s'étend d'Est en Ouest en Afrique subsaharienne, de l'Éthiopie au Sénégal. De très nombreux cas de méningite à méningocoque y surviennent chaque année durant la saison sèche, entre les mois de décembre et juin. Des épidémies de grande ampleur y surviennent classiquement tous les 8 à 12 ans, mais cette périodicité semble actuellement plus aléatoire. Le taux d'attaque en période épidémique varie de 100 à 800 cas pour 100.000 personnes. Alors qu'en période endémique les taux d'attaque les plus élevés sont observés chez les jeunes enfants, les enfants plus âgés, les adolescents et les jeunes adultes sont également atteints de manière significative durant les épidémies. Bien que le méningocoque (de sérotyope A ou W135) soit le principal agent pathogène responsable de ces épidémies de méningite, deux autres bactéries sont des causes fréquentes de méningite purulente avec recrudescence saisonnière en Afrique subsaharienne : Haemophilus influenzae de type b d'une part et Streptococcus pneumoniae ou pneumocoque d'autre part. 

Une revue de la littérature portant sur les articles publiés depuis 1970 a permis de modéliser le risque de méningite à pneumocoque pour une cohorte hypothétique de 100.000 personnes. Les taux d'incidence annuels pour 100.000 personnes étaient environ de 100 (nourrissons âgés de moins d'un an), 8 à 14 (1 à 19 ans) et 6 à 12 (20 à 99 ans), soit des chiffres plus élevés que pour le méningocoque chez les nourrissons âgés de moins d'un an  et chez les adultes âgés de 20 ans et plus. Surtout, la létalité (c'est-à-dire la proportion de décès parmi les malades) était nettement plus élevée en cas de méningite à pneumocoque, variant de 36 à 66 % selon la tranche d'âge et supérieure à 60 % après l'âge de 40 ans. En Afrique, la létalité des infections invasives à méningocoque est nettement plus faible (8 % environ en moyenne). Au total, la mortalité par méningite était 2 à 12 fois plus élevée lorsque l'agent en cause était le pneumocoque que lorsqu'il s'agissait du méningocoque. 

Au cours d'une vie, le risque de méningite à pneumocoque a été estimé à 0,6 % et celui de décès consécutif à cette maladie à 0,3 %. Le risque cumulatif le plus élevé était observé chez les personnes âgées de 5 à 59 ans, chez lesquelles survenaient près de 60 % des cas de méningite à pneumocoque. Après l'âge de 5 ans, 60 à 80 % des cas de méningite étaient dus au pneumocoque de sérotype 1. Or ce sérotype n'est pas inclus dans le vaccin pneumococcique conjugué 7-valent, qui contient les sérotypes 4, 6B, 9V, 14, 18C, 19F et 23. Il est par contre inclus dans les vaccins conjugués 10-valent (sérotypes 1, 4, 5, 6B, 7F, 9V, 14, 18C, 19F et 23F des laboratoires GSK ou 13-valent des laboratoires Wyeth-Pfizer (1, 3, 4, 5, 6A, 6B, 7F, 9V, 14, 18C, 19A, 19F et 23 F). Il existe un vaccin 23-valent (laboratoire sanofi-pasteur), mais celui-ci n'est pas conjugué et serait moins adapté à une stratégie globale de lutte contre la circulation du pneumocoque à l'échelle d'un pays. 

Ainsi, le pneumocoque est une cause majeure de méningite purulente dans les pays de la ceinture africaine de la méningite, aux côtés du méningocoque et d'Haemophilus influenzae, non seulement chez les enfants mais aussi chez les adultes économiquement actifs. La stratégie vaccinale anti-pneumococcique dans les pays concernés devrait tenir compte de ces données épidémiologiques.

Source : Promed.