Un vaccin contre la maladie d’Alzheimer ?

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La maladie d'Alzheimer, une dégénérescence du tissu cérébral qui s'accompagne de l'accumulation de « plaques » constituées essentiellement de peptide β-amyloïde, touche de plus en plus de personnes dans les pays développés et représente un enjeu majeur pour leurs systèmes de santé. En 2050, on estime que cette démence d'évolution constamment fatale pourrait frapper plus de 100 millions de personnes dans le monde, nécessitant une prise en charge très lourde pour nos sociétés. On n'en connait pas les causes, mais des facteurs génétiques et environnementaux semblent impliqués. Il n'existe actuellement aucun traitement de cette maladie, dont on parvient seulement dans quelques cas à ralentir l'évolution, et des moyens de prévention ou de traitement sont très activement recherchés.

Parmi les nombreux travaux effectués, certains donnent à présent des résultats qui paraissent très prometteurs. Ils visent à limiter l'accumulation du peptide β-amyloïde ; bien que la responsabilité de cette accumulation dans le déterminisme et l'évolution de la maladie ne soit pas établie (la formation des plaques pourrait n'être qu'une conséquence des mécanismes à l'origine de la dégénérescence cérébrale), on a constaté que la réduction des amas s'accompagnait de l'amélioration de l'état des malades.

Dans l'étude qui vient d'être publiée dans Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), l'équipe conduite par Serge Rivest, au Québec, a montré que la stimulation des cellules de la microglie (des cellules qui assurent la défense des cellules nerveuses) par le lipide A monophosphoryle (MPL) leur conférait la capacité de détruire les plaques amyloïdes chez des souris présentant les symptômes de la maladie d'Alzheimer. Très rapidement, les animaux traités ont présenté une amélioration de leurs symptômes, associée à une quasi-disparition de leurs plaques amyloïdes. Son administration à l'homme peut être envisagée, le MPL étant un composé déjà utilisé comme adjuvant dans certains vaccins, dont l'innocuité est établie. C'est le cas notamment du vaccin contre les papillomavirus humains, le vaccin Cervarix® (Laboratoire GlaxoSmithKline).

Les essais chez l'homme sont déjà très avancés pour un autre composé, le CAD106, qui induit la production d'anticorps contre le peptide β-amyloïde. Une équipe de l'Institut Karolinska, en Suède, a administré le CAD106 à 58 malades atteints de formes modérées de maladie d'Alzheimer et les a suivis pendant trois ans. Au terme de cette expérimentation, elle vient de publier des résultats très encourageants indiquant la production des anticorps attendus chez trois quarts des sujets traités et une bonne tolérance au traitement, alors qu'un composé testé précédemment avait eu des effets secondaires très marqués. L'action sur l'évolution de la dégénérescence reste à établir.

Tous ces résultats font espérer la mise au point prochaine d'un traitement efficace, d'autant qu'il apparait a priori possible de combiner les deux approches testées.

Sources :

  • Winblad B, Andreasen N, Minthon L, Floesser A, Imbert G, Dumortier T, Maguire RP, Blennow K, Lundmark J, Staufenbiel M, Orgogozo JM, Graf A. Safety, tolerability, and antibody response of active Aβ immunotherapy with CAD106 in patients with Alzheimer's disease: randomised, double-blind, placebo-controlled, first-in-human study. Lancet Neurol. 2012 Jul;11(7):597-604.
  • Michaud JP, Hallé M, Lampron A, Thériault P, Préfontaine P, Filali M, Tribout-Jover P, Lanteigne AM, Jodoin R, Cluff C, Brichard V, Palmantier R, Pilorget A, Larocque D, Rivest S. Toll-like receptor 4 stimulation with the detoxified ligand monophosphoryl lipid A improves Alzheimer's disease-related pathology. Proc Natl Acad Sci U S A. 2013 Jan 15. [Epub ahead of print]