La dengue : une maladie conquérante mais aussi l'espoir d'un vaccin

Publié le 17 sept. 2010 à 21h32

Biographie

- Professeur agrégé enseignant à l'École du Val-de-Grâce et à l'Université de Bordeaux.

Liens d'intérêt

- Aucune perception de rémunération ou de tout autre avantage de l'industrie pharmaceutique.
- Aucun investissement financier dans une firme pharmaceutique.
- Aucune participation à des études cliniques de vaccins.
- Aucune rémunération ou avantages reçus de l'industrie pharmaceutique.
- Déclaration mise à jour le 26 août 2020.

La dengue est une maladie émergente dont l’impact en santé publique est considérable dans tous les pays de la zone intertropicale. Tout récemment, un cas non importé (autochtone) de dengue a été diagnostiqué dans le Sud-Est de la France.

La maladie est due à un arbovirus de la famille des Flaviviridae et du genre Flavivirus, dont il existe 4 sérotypes. Il n’y a pas de protection croisée entre eux et l’immunité procurée par l’infection est de longue durée. La maladie est transmise par la piqûre d’un moustique du genre Aedes, principalement Aedes aegypti. A. albopictus joue également un rôle dans l’expansion de la maladie, et localement d’autres espèces peuvent être impliquées.

Le PDVI (Pediatric Dengue Vaccine Initiative) estime que la maladie est endémique dans 125 pays, avec une population à risque de développer l’infection qui dépasse les 3,6 milliards d’individus ! Chaque année, 70 à 500 millions de personnes sont infectées, 2,1 millions font des formes graves nécessitant une hospitalisation et plus de 20 000 décèdent, en majorité des enfants. Cependant, du fait de l’absence de laboratoire spécialisé dans beaucoup de régions endémiques et du manque de spécificité des formes cliniques, l’incidence de la dengue et son poids économique sont clairement sous-évalués.

Une majorité de patients infectés présente peu ou pas de symptômes. La forme clinique classique associe une fièvre élevée d’apparition brutale à des signes non spécifiques de type arthralgies, céphalées, douleurs rétro-orbitaires, courbatures et asthénie. L’évolution est le plus souvent favorable, mais l’asthénie et les douleurs peuvent persister pendant plusieurs semaines. Dans 1 à 5 % des cas, l’évolution se fait vers une forme sévère, avec des troubles hémorragiques ou un syndrome de choc, conduisant à la mort dans 30 à 40 % des cas en l’absence de traitement.

Il n’existe pas de traitement spécifique de ces complications. La prise en charge des formes sévères fait appel aux traitements symptomatiques des complications hémorragiques et du syndrome de choc.

La prévention repose sur la lutte anti-vectorielle, qui présente de sérieuses limites sur le terrain.

Le coût humain de la dengue et l’absence de moyen de prévention spécifique et efficace plaident pour le développement d’un vaccin. Les recherches visant à mettre au point un vaccin contre la dengue ont débutées dans les années 1990. Les études cliniques avec le vaccin candidat tétravalent le plus prometteur, développé par le laboratoire Sanofi pasteur, ont démarré dans les années 2000. Lors d’une étude réalisée aux Etats-Unis chez des adultes, l’administration de trois doses du vaccin candidat tétravalent a induit, chez 100 % des participants, une réponse anticorps capable de neutraliser les quatre sérotypes du virus. Des études cliniques de phase II ont été menées au Mexique, au Pérou et aux Philippines, chez des enfants et des adultes, avec des résultats très positifs.

Le premier essai clinique d’efficacité chez l’enfant a débuté en février 2009 en Thaïlande. Son objectif est d’évaluer l’efficacité chez les enfants du vaccin tétravalent contre la dengue. Cette étude est menée dans la province de Ratchaburi, en collaboration avec l’Université de Mahidol et le ministère de la Santé Publique de Thaïlande, ainsi que l'Initiative pour un vaccin pédiatrique contre la dengue (Pediatric Dengue Vaccine Initiative – PDVI). Cette étude est une étape clé dans le développement du vaccin tétravalent, vivant atténué.