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Un nouveau candidat vaccin contre l’hépatite C se montre prometteur

Publié le 24 nov. 2014 à 16h36

Biographie

MD, PhD, ancien directeur scientifique de l’Institut de recherche biomédicale des armées (IRBA), Brétigny sur Orge, France.

Enseignant à l’Ecole du Val-de-Grâce, à l’université d’Aix-Marseille, à l’Institut de formation en soins infirmiers Saint Joseph, Marseille.

Expert auprès de l’Institut de veille sanitaire (InVS) et de la Haute autorité de santé (HAS).

Liens d'intérêt

Absence de lien avec l’industrie pharmaceutique.

Aucune participation à des études cliniques de médicaments ou vaccins.

Déclaration établie le 2 janvier 2012, mise à jour le 11 décembre 2014.

Découvert en 1989, le virus de l'hépatite C (VHC) infecte des millions de personnes dans le monde (200 000 environ en France). Transmis par le sang essentiellement à l'occasion de transfusions non contrôlées ou de piqûres avec des aiguilles et seringues souillées (toxicomanie, tatouages, piercing), il provoque une infection (hépatite) parfois aiguë mais souvent chronique (durant plus de 6 mois), accompagnée ou non de signes cliniques : beaucoup de sujets infectés sont des porteurs sains, capables de transmettre le virus, mais qui ne présenteront pas de signes de maladie avant des années. Un tiers de ces sujets environ finira au bout de 10 ou 20 ans d'infection par présenter une cirrhose du foie, qui peut évoluer vers un cancer. L'évolution vers les complications est plus fréquente et rapide en cas d'infection associée par le virus de l'hépatite B ou le VIH.

Le diagnostic d'hépatite C est souvent fortuit ; le traitement n'est entrepris qu'en cas de signes persistants de souffrance hépatique, indiquant une hépatite chronique active. Il fait appel à l'interféron pégylé et à la ribavirine administrés pendant au moins 12 semaines, en fonction du génotype du virus (on en connait 6) et de la réponse obtenue. Les effets indésirables sont nombreux et pénibles, et l'efficacité n'est pas totale: on observe un arrêt prolongé de la réplication virale (rémission) chez 75 % des sujets infectés par les génotypes 2 et 3 après 24 semaines de traitement, mais le pourcentage n'est que de 50 % pour les sujets infectés par le génotype 1 après 48 semaines de traitement. Celui-ci se montre plus efficace lorsqu'il est appliqué pendant la phase aiguë de l'infection, si elle est diagnostiquée. Cependant, en raison de ses effets indésirables, de son coût et du fait que 30 % des hépatites C aiguës évoluent spontanément vers la guérison, le traitement est rarement entrepris dans cette période.

De nouveaux antiviraux, dont le Sovaldi™ du laboratoire Gilead, ont été récemment mis sur le marché. Associés aux autres molécules, ils permettraient de guérir l'hépatite C dans plus de 90 % des cas, avec des traitements plus courts et beaucoup moins d'effets indésirables. Cependant, la politique tarifaire du laboratoire, qui a fixé un prix très élevé pour son médicament, fait qu'il est pour l'instant réservé en France, sous autorisation temporaire d'utilisation (ATU), aux seuls cas les plus graves d'hépatite.

Malgré les efforts consentis, il n'existe pas à l'heure actuelle de vaccin contre l'hépatite C. La mise au point est difficile en raison de facteurs viraux (en particulier, l'existence de plusieurs génotypes et leur variabilité antigénique) et des particularités de la réponse immunitaire antivirale. Les études effectuées chez des sujets guéris ou chez des singes infectés expérimentalement ont montré que pour être efficace et permettre la guérison, cette réponse doit comporter une importante composante cellulaire, mettant en jeu plusieurs sous-populations de lymphocytes T. Les premiers candidats vaccins testés n'ont pas eu la capacité de stimuler correctement cette réponse cellulaire. Une nouvelle approche basée sur l'administration successive de différents vecteurs viraux (un adénovirus défectif du singe, ChAd3, puis un virus de la vaccine modifiés, MVA) exprimant les protéines non structurales du virus de l'hépatite C a permis à l'équipe de L. Swadling, à Oxford, d'obtenir chez l'homme une réponse immunitaire semblable à celle qui est observée chez les sujets qui contrôlent naturellement leur infection. L'inoculation de l'adénovirus recombinant, suivie à distance de celle du vecteur vaccine (stratégie « prime-boost ») a stimulé efficacement la réponse cellulaire T, permettant en particulier la production et la différenciation de cellules mémoire et polyfonctionnelles. Par ailleurs, alors que les essais ont été réalisés avec les antigènes d'un seul génotype de VHC, le génotype 1b, les chercheurs ont observé une réponse croisée contre d'autres génotypes. Ces résultats sont jugés suffisamment encourageants pour envisager à présent de passer aux tests d'efficacité d'un vaccin à visée préventive.

Référence

  • Swadling L, Capone S et coll. A human vaccine strategy based on chimpanzee adenoviral and MVA vectors that primes, boosts, and sustains functional HCV-specific T cell memory. Sci Transl Med. 2014 Nov 5;6(261):261ra153.