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Réduire la douleur pour mieux faire accepter la vaccination : les recommandations de l'OMS

Publié le 8 oct. 2015 à 23h37

Biographie

MD, PhD, ancien directeur scientifique de l’Institut de recherche biomédicale des armées (IRBA), Brétigny sur Orge, France.

Enseignant à l’Ecole du Val-de-Grâce, à l’université d’Aix-Marseille, à l’Institut de formation en soins infirmiers Saint Joseph, Marseille.

Expert auprès de l’Institut de veille sanitaire (InVS) et de la Haute autorité de santé (HAS).

Liens d'intérêt

Absence de lien avec l’industrie pharmaceutique.

Aucune participation à des études cliniques de médicaments ou vaccins.

Déclaration établie le 2 janvier 2012, mise à jour le 11 décembre 2014.

Dans une nouvelle du 24 août dernier, nous indiquions que l'OMS, afin d'atténuer les hésitations des populations face aux vaccinations, allait diffuser une note sur les procédés permettant de réduire la douleur associée à ces vaccinations. Le document a été publié le 25 septembre. Il est présenté comme "le premier document politique sur l'atténuation de la douleur au moment de la vaccination".

Le Groupe stratégique consultatif d'experts (SAGE) de l'OMS sur la vaccination rappelle en introduction que les injections de vaccins peuvent occasionner des douleurs, et que celles-ci peuvent être une cause d'hésitation, ou même de refus, lorsqu'il s'agit de faire vacciner un enfant ou, pour un adulte, de se faire vacciner lui-même. Beaucoup de parents ou de personnes ayant en charge des enfants s'inquiètent de la douleur qui leur est infligée lors de la vaccination ; ils sont plus nombreux encore à considérer que les professionnels de santé doivent se préoccuper de rendre la vaccination moins douloureuse et à s'inquiéter des moyens de lutter contre la douleur ressentie par les enfants. Un rapport établi par le SAGE en octobre 2014 indiquait que l'atténuation de la douleur pouvait faire partie d'une stratégie destinée à diminuer les hésitations face à la vaccination. Plusieurs pays (Canada, Etats-Unis, Royaume Uni) ont déjà mis en place des recommandations dans ce sens.

La note de synthèse est fondée sur l'examen par le SAGE des données de 55 interventions effectuées à l'occasion d'injections (de vaccin ou d'autres produits) réalisées chez des enfants, des adolescents ou des adultes. L'objectif de l'OMS a été de retenir des interventions applicables à l'échelle mondiale, au-delà des différences économiques, culturelles ou démographiques. Ces interventions ont donc été sélectionnées sur l'analyse de différents critères : acceptabilité et faisabilité, effets bénéfiques et préjudiciables, valeurs et préférences des patients, utilisation des ressources, coûts, équité. Il ressort de cet examen que :

  • La gestion de la douleur associée à la vaccination ne réduit pas l'efficacité des vaccins ;
  • Il existe des moyens de réduire la douleur à la fois efficaces, réalisables, peu coûteux, culturellement acceptables et adaptés à chaque tranche d'âge.

Plusieurs mesures sont proposées :

  • La personne effectuant l'injection doit se montrer calme, à l'écoute, bien informée ; elle doit employer un langage neutre (éviter le "Attention, je vais piquer !") et honnête (ne pas mentir sur la possibilité ou la durée de la douleur).
  • Le sujet recevant le vaccin doit être correctement positionné : assis dos droit ou couché sur le dos en cas d'antécédent de malaise s'il s'agit d'un adulte, tenu dans les bras de la personne accompagnante s'il s'agit d'un enfant.
  • Ne pas aspirer avec la seringue en cas d'injection intramusculaire, car le mouvement de l'aiguille et l'allongement de la durée de sa présence peuvent augmenter les phénomènes douloureux.
  • Si plusieurs vaccins doivent être injectés dans la même séance, commencer par le moins douloureux.
  • Pratiquer la vaccination dans une certaine intimité peut contribuer à réduire l'anxiété et diverses manifestations (A l'inverse, la présence de témoins peut constituer un "stimulant" pour certaines tranches d'âge – NDR).
  • La personne accompagnant un jeune enfant doit être présente pendant tout le processus de vaccination et après celui-ci.
  • Si possible, un nourrisson devra être allaité avant ou pendant la vaccination.
  • On essaiera de distraire les enfants de moins de 6 ans avec un jeu, une image, une musique ou une conversation.
  • Chez l'adulte, la "distraction" sera obtenue en demandant de tousser légèrement ou de retenir la respiration au moment de piquer. La distraction ne semble pas fonctionner chez l'adolescent, et il n'y a pas de mesures spécifiques pour cette tranche d'âge.

D'autres mesures sont jugées sans effet ou inappropriées :

  • Le réchauffement du vaccin et la stimulation manuelle de la zone d'injection (pincement ou frottement) sont sans effet.
  • L'utilisation d'anesthésiques locaux n'est pas recommandée (coût, délai de mise en œuvre, manque de disponibilité – mais aussi, éventuellement, effets indésirables - NDR).
  • L'administration d'analgésiques oraux avant ou au moment de la vaccination n'est pas justifiée. Elle l'est par contre en cas de douleur ou de fièvre apparaissant dans les jours suivants.

Dans un souci d'amélioration globale de la couverture vaccinale, le SAGE recommande que les mesures visant à réduire la douleur associée à la vaccination soient appliquées dans tous les programmes nationaux et que les professionnels de santé chargés de la vaccination y soient formés.

Plusieurs pistes de recherche sont retenues : évaluation de la responsabilité de la crainte de la douleur dans la non acceptation de la vaccination, identification de nouvelles mesures applicables en particulier à l'adulte, à l'adolescent, en cas de vaccination de masse ou en milieu scolaire, mesure du niveau de douleur infligé par les différentes injections vaccinales.

Source : Relevé épidémiologique hebdomadaire, 39, 2015, 90, 505-516.


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