Rapport 2010 de l'Organisation mondiale de la santé sur le paludisme dans le monde Médecine des voyages

Publié le 17 déc. 2010 à 21h56

Biographie

- Professeur agrégé enseignant à l'École du Val-de-Grâce et à l'Université de Bordeaux.

Liens d'intérêt

- Aucune perception de rémunération ou de tout autre avantage de l'industrie pharmaceutique.
- Aucun investissement financier dans une firme pharmaceutique.
- Aucune participation à des études cliniques de vaccins.
- Aucune rémunération ou avantages reçus de l'industrie pharmaceutique.
- Déclaration mise à jour le 26 août 2020.

Introduction

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) vient de publier sur son site le rapport 2010 sur la lutte contre le paludisme dans le monde. Le rapport 2010 sur le paludisme dans le monde résume les informations communiquées par 106 pays d'endémie palustre et par d'autres sources, et met à jour les analyses présentées dans l'édition 2009 du rapport. Il met en exergue les progrès accomplis vers la réalisation des objectifs internationaux de la lutte antipaludique fixés pour 2010 et 2015. Le rapport décrit la situation en évolution du financement de la lutte antipaludique, la façon dont ces ressources croissantes ont entraîné une augmentation de la couverture des interventions recommandées par l'OMS pour la lutte contre le paludisme, et l'association entre cette extension rapide des interventions et la réduction substantielle du fardeau du paludisme. La synthèse du rapport est reprise ci-dessous.

Financement de la lutte antipaludique

Le financement international de la lutte antipaludique a fortement augmenté durant la dernière décennie. En 2009, les décaissements ont atteint des niveaux jamais atteints (1,5 milliard de dollars), mais en 2010 les nouveaux engagements pour la lutte contre le paludisme semblent avoir stagné à 1,8 milliard de dollars. Les pays possédant une plus petite population à risque continuent de recevoir plus de financement par personne à risque de paludisme que les pays plus peuplés. Les montants engagés pour lutter contre le paludisme, bien que substantiels, restent en-deçà des ressources nécessaires. Celles-ci sont estimées à plus de 6 milliards de dollars pour l'année 2010.

Moustiquaires imprégnées d'insecticides

L'augmentation du financement a entraîné d'énormes progrès dans l'accès aux moustiquaires imprégnées d'insecticide (MII) au cours des trois dernières années. À la fin de l'année 2010, environ 289 millions de MII auront été livrées à l'Afrique sub-saharienne, assez pour couvrir 76 % des 765 millions de personnes à risque de paludisme. On estime que mi-2010, en Afrique, 42 % des ménages possédaient au moins une MII, et que 35 % des enfants ont dormi sous une MII. Le pourcentage des enfants qui utilisent une MII est encore inférieur à l'objectif de 80 % fixé par l'Assemblée mondiale de la Santé, en partie parce que jusqu'à la fin de 2009, la possession des MII est restée faible dans certains des plus grands pays d'Afrique. Les faibles taux d'utilisation déclarés dans certaines enquêtes sont principalement dus à un nombre insuffisant de moustiquaires pour couvrir tous les membres d'un ménage ; les résultats des enquêtes suggèrent que la plupart des MII disponibles (80 %) sont utilisées.

Bien que l'extension rapide de la distribution des MII en Afrique représente un énorme accomplissement en terme de santé publique, il représente aussi un formidable défi pour l'avenir car il faut veiller à ce que les niveaux élevés de couverture soient maintenus. La durée de vie d'une MII de longue durée est actuellement estimée à 3 ans. Les moustiquaires distribuées en 2006 et 2007 devraient par conséquent être déjà remplacées, et celles livrées entre 2008 et 2010 devront l'être bientôt. Ne pas remplacer ces moustiquaires pourrait conduire à une résurgence des cas et des décès liés au paludisme.

Utilisation des insecticides

Les programmes de pulvérisation intra-domiciliaire avec des insecticides ont aussi considérablement augmenté ces dernières années, avec un nombre de personnes protégées en Afrique sub-saharienne augmentant de 13 millions en 2005 à 75 millions en 2009, ce qui correspond à la protection d'environ 10 % de la population à risque du paludisme en 2009.

Les méthodes actuelles de lutte contre les vecteurs du paludisme sont très dépendantes d'une seule catégorie d'insecticides, les pyréthrinoïdes, qui sont les produits chimiques les plus couramment utilisés pour la pulvérisation intra-domiciliaire et la seule classe d'insecticides utilisée pour les MII. L'utilisation généralisée d'une seule classe d'insecticides augmente le risque que les moustiques développent une résistance, ce qui pourrait conduire rapidement à un problème majeur de santé publique. Le risque est particulièrement préoccupant en Afrique, où la lutte antivectorielle est en phase de déploiement avec des niveaux sans précédent de couverture et où le fardeau du paludisme est le plus grand.

Diagnostic du paludisme

L'OMS recommande désormais que tous les cas suspects de paludisme soient confirmés par un test de diagnostic avant le traitement. Comme l'incidence du paludisme diminue dans une grande partie de l'Afrique sub-saharienne, la nécessité de différencier le paludisme de fièvres non palustres devient plus impérative. En Afrique, la pourcentage de cas notifiés qui ont été confirmés par un test de diagnostic a augmenté considérablement, passant de moins de 5 % au début de la décennie à environ 35 % en 2009, mais de faibles taux persistent dans la plupart des pays africains et dans une minorité de pays dans les autres régions. Un petit nombre de pays ont montré qu'il est possible d'étendre rapidement la disponibilité des tests de diagnostic du paludisme à l'échelle nationale, à condition qu'une attention particulière soit portée à la préparation adéquate, la formation, le suivi, la supervision et le contrôle de la qualité. De telles expériences ont été associées à une importante économie de l'utilisation des combinaisons thérapeutiques à base d'artémisinine (CTA) et à une surveillance améliorée du paludisme.

Traitement du paludisme et résistance aux antipaludiques

L'information provenant des fabricants de médicaments indique que le nombre acheté de CTA a augmenté chaque année depuis 2005. Fin 2009, 11 pays africains fournissaient suffisamment de CTA pour couvrir plus de 100 % des cas de paludisme vus dans le secteur public ; 8 autres pays d'Afrique ont distribué suffisamment de traitements pour couvrir de 50 % à 100 % des cas. Ces chiffres représentent une augmentation substantielle depuis 2005, lorsque seulement 5 pays offraient suffisamment de CTA pour couvrir plus de 50 % des patients traités dans le secteur public. Toutefois, les informations sur l'accès au traitement sont généralement incomplètes, en particulier en ce qui concerne la proportion significative de patients traités dans le secteur privé.

L'utilisation de monothérapies orales à base d'artémisinine met en danger la durée de l'efficacité des CTA en favorisant la propagation de la résistance à l'artémisinine. En novembre 2010, 25 pays autorisaient encore la commercialisation de ces produits et 39 compagnies pharmaceutiques les fabriquaient. La plupart des pays qui autorisent encore la commercialisation des monothérapies sont situés dans la région africaine et la plupart des fabricants sont en Inde.

La propagation de la résistance aux médicaments antipaludiques au cours des dernières décennies a conduit à une intensification de la surveillance de l'efficacité pour permettre une détection précoce de la résistance. Malgré les changements observés dans la sensibilité des parasites aux artémisinines, l'efficacité clinique et parasitologique des CTA n'a pas encore été compromise, même dans la sous-région du Grand Mékong. Néanmoins, les deux composantes de la combinaison thérapeutique sont actuellement à risque et l'utilisation des CTA comprenant un médicament partenaire inefficace peut augmenter le risque de développement ou de propagation de résistance à l'artémisinine.

Surveillance épidémiologique du paludisme

Ces dernières années, un total de 11 pays et une zone dans la région OMS de l'Afrique ont montré une réduction de plus de 50 %, soit des cas confirmés de paludisme, soit des admissions et des décès liés au paludisme. Une diminution de plus de 50 % du nombre de cas confirmés de paludisme entre 2000 et 2009 a été trouvée dans 32 des 56 pays d'endémie palustre en dehors de l'Afrique, tandis que les tendances à la baisse (de 25 % à 50 %) ont été observées dans 8 autres pays. Le Maroc et le Turkménistan ont été certifiés comme ayant éliminé le paludisme par le Directeur général de l'OMS en 2009.

En 2009, pour la première fois, la région européenne de l’OMS n'a signalé aucun cas de paludisme à Plamodium falciparum.

On estime que le nombre de cas de paludisme a augmenté de 233 millions en 2000 à 244 millions en 2005, mais a diminué à 225 millions en 2009. Le nombre de décès dus au paludisme a diminué de 985 000 en 2000 à 781 000 en 2009. Une réduction du fardeau du paludisme a été observée dans toutes les régions de l'OMS, avec les plus fortes baisses proportionnelles notées dans la région européenne, suivie par la région des Amériques. Les plus fortes baisses absolues des décès ont été observées en Afrique.

Bien que les progrès dans la réduction du fardeau du paludisme aient été remarquables, une augmentation des cas de paludisme a été avérée dans 3 pays en 2009 (le Rwanda, Sao Tomé et Principe et la Zambie). Les raisons de cette résurgence ne sont pas connues avec certitude. L'augmentation des cas de paludisme met en évidence la fragilité de la lutte contre le paludisme et la nécessité de maintenir des programmes de lutte, même si le nombre de cas a été considérablement réduit. Les expériences au Rwanda et en Zambie indiquent également que la surveillance mensuelle des données de surveillance de la maladie, tant au niveau national que sous-national, est essentielle.

Conclusion

Ce rapport fait état des meilleurs résultats enregistrés depuis des décennies. Dans toutes les régions de l’OMS, le nombre de décès a diminué. Les baisses les plus fortes ont été enregistrées dans la région européenne, suivie par celle des Amériques. Ces progrès restent cependant fragiles. Pour les préserver la communauté internationale devra poursuivre ses efforts de financement. De plus, les données sont insuffisantes de nombreux pays en Afrique sub-saharienne. Des efforts accrus doivent y être déployés pour renforcer les systèmes de surveillance de routine.

Source : OMS.