Urgence sanitaire : renforcer la vaccination pour enrayer l'épidémie fulgurante de rougeole

Publié le 24 mar. 2011 à 12h58

Biographie

- Professeur agrégé enseignant à l'École du Val-de-Grâce et à l'Université de Bordeaux.

Liens d'intérêt

- Aucune perception de rémunération ou de tout autre avantage de l'industrie pharmaceutique.
- Aucun investissement financier dans une firme pharmaceutique.
- Aucune participation à des études cliniques de vaccins.
- Aucune rémunération ou avantages reçus de l'industrie pharmaceutique.
- Déclaration mise à jour le 26 août 2020.

Les derniers chiffres de la rougeole, communiqués par l'Institut de veille sanitaire, sont impressionnants :

  • 10 500 cas déclarés (et peut-être le double si l'on tient compte de la sous-déclaration) ;
  • 3 700 cas pour les seuls mois de janvier et février 2011 ! 
  • 1/3 des cas concernent des adultes âgés de 20 ans et plus ;
  • 30 % des cas sont hospitalisés : parmi ceux-ci, 30 % ont présenté une complication (neurologique, respiratoire) ;
  • 20 cas avec complications neurologiques (dont la moitié en janvier et février 2011) ;
  • 5 décès.


En 2010, par rapport en 2009, les taux d’incidence ont plus que triplé chez les moins de 1 an et ont augmenté de près de 5 fois chez les adultes de 20 ans. Cette épidémie est notamment due à l'insuffisance de la couverture vaccinale contre la rougeole en France. Certaines régions françaises sont particulièrement atteintes : en Rhône-Alpes, le taux d'incidence de la maladie a dépassé 40 cas pour 100 000 personnes pour la période s'étendant d'octobre 2010 à février 2011. De plus, la survenue d'infections nosocomiales (c'est-à-dire acquises à l'hôpital) chez des professionnels de santé est de plus en plus fréquente. Seulement un soignant sur deux a reçu une dose de vaccin contre la rougeole. Une présentation comportant les données les plus récentes sur l'épidémiologie de la maladie est disponible ici.

Qu'est-ce que la rougeole ?

La rougeole est une infection strictement humaine extraordinairement contagieuse, due à un virus transmis de personne à personne par voie aérienne et entrainant une éruption cutanée. Une personne atteinte de rougeole peut transmettre le virus à une vingtaine de personnes, si celles-ci ne sont pas protégées par la survenue antérieure de la maladie ou par la vaccination !

Le virus de la rougeole est transmis le plus souvent directement à partir d’un malade qui projette des particules de salive contaminées en parlant, ou des aérosols respiratoires en toussant ou en éternuant. Il est parfois transmis indirectement en raison de sa persistance dans l’air, au sein des aérosols émis par une personne malade. Les mains peuvent aussi être à l'origine d'une transmission indirecte, en transportant sur les muqueuses de l'oeil ou de la bouche les virus présents à la surface d'un objet contaminé par les sécrétions respiratoires d'un malade. Une personne atteinte de rougeole peut transmettre la maladie 2 à 4 jours avant le début de l'éruption et durant les cinq jours suivant cette éruption. La période d’incubation dure 10 à 12 jours. La phase d'invasion est contemporaine de la virémie morbilleuse (présence du virus de la rougeole dans la circulation sanguine) ; elle dure 2 à 4 jours et se manifeste par une fièvre supérieure à 38,5 °C, suivie d’un catarrhe oculo-respiratoire (toux, rhinite, conjonctivite) accompagné d'un malaise général avec asthénie. Après exposition, le délai d’apparition de l’éruption est de 14 jours en moyenne (de 7 à 18 jours). L'éruption, maculo-papuleuse, dure 5 à 6 jours. Elle débute au niveau de la tête et s'étend progressivement de haut en bas et vers les extrémités, en 3 jours. Les formes compliquées sont plus fréquentes chez les patients âgés de moins de 1 an et de plus de 20 ans. La première cause de décès est la pneumonie chez l’enfant et l’encéphalite aiguë chez l’adulte. La rougeole est à l’origine de complications graves et fréquentes dans les pays en voie de développement, où la létalité de la maladie se situe le plus souvent entre 5 et 15 %. Dans les pays industrialisés, les principales complications de la rougeole sont les otites (7 à 9 %) et les pneumonies (1 à 6 %). Les complications neurologiques justifient à elles seules la vaccination contre la rougeole. Ce sont les encéphalites, dont la fréquence est estimée entre 0,5 et 1 pour 1 000 cas de rougeole, et la redoutable panencéphalite sclérosante subaiguë (PESS), qui survient en moyenne huit ans après l’épisode aigu, avec une fréquence d’environ 1/100 000 cas de rougeole. Le diagnostic repose sur la détection d'anticorps contre le virus de la rougeole dans le sang ou la salive. Le génome du virus peut aussi être détecté dans le sang ou la salive par une technique de biologie moléculaire appelée PCR (cette technique est également utilisée pour le diagnostic de la grippe).

Comment combattre l'épidémie actuelle ?

Il n'existe pas de traitement curatif de la rougeole au stade de l'éruption. Les mesures d'hygiène ne permettent pas de freiner sa propagation, étant donné son extrême contagiosité et le début de celle-ci avant l'éruption. En conséquence, la vaccination est la seule mesure permettant de lutter contre la rougeole. Le vaccin contre la rougeole, habituellement associé aux vaccins contre les oreillons et la rubéole, suscite la mise en place d'une immunité cellulaire et humorale (production d'anticorps) capable de neutraliser le virus, l'empêchant d'infecter les cellules respiratoires et de diffuser dans l'organisme humain. La vaccination peut être efficace si elle est réalisée chez une personne qui a été en contact avec un cas de rougeole depuis moins de trois jours.

La vaccination est recommandée à l'âge de 12 mois, et dès l'âge de 9 mois pour les enfants gardés en collectivité. Toute personne née depuis 1980 devrait bénéficier de deux doses du vaccin à au moins un moins d'intervalle. En effet, certains individus ne développent pas une protection immunitaire suffisante après une seule dose. L'administration d'une deuxième dose permet de combler les "trous" de la couverture. Quant aux professionnels de santé nés avant 1980, ils devraient recevoir une dose de vaccin.

En raison des épidémies de rougeole actuellement observées dans les crèches, la recommandation vaccinale des professionnels de santé est étendue aux professionnels de la petite enfance. En milieu professionnel, une sérologie préalable n’est plus considérée comme indispensable chez les personnes dont les antécédents de rougeole ou de vaccination sont incertains.

De plus, la mise en oeuvre des mesures dites de "prophylaxie post-exposition" (mesures permettant d'éviter la survenue de la maladie chez les personnes entrées au contact d'un cas de rougeole) par le médecin qui prend en charge le malade (vaccination ou immunoglobulines polyvalentes) est essentielle. Ces mesures sont détaillées dans une circulaire de la Direction générale de la santé.

Pour éliminer la rougeole (c'est-à-dire faire disparaître la maladie dans une zone géographique donnée), étant donné sa forte contagiosité, une couverture vaccinale à deux doses supérieure ou égale à 95 % est nécessaire. La couverture vaccinale contre la rougeole en France métropolitaine est variable selon la tranche d'âge et elle est hétérogène d'une région à l'autre ; malgré la progression observée ces dernières années, elle reste globalement très insuffisante pour stopper l'épidémie actuelle. Dans l'éditorial du dernier numéro du Bulletin épidémiologique hebdomadaire, consacré au calendrier vaccinal 2011 et aux recommandations vaccinales, le président du Comité techniques des vaccinations déclare que "faute d’une réelle volonté de mettre en place les mesures de rattrapage, notamment autour des cas, l’épidémie se poursuivra".

MesVaccins.net a mis en place un carnet de vaccination électronique "intelligent", c'est-à-dire associé à un système expert affichant clairement le diagnostic de l'état vaccinal (à jour, pas à jour) et la conduite à tenir selon l'âge et le sexe de chacun. Le 26 avril 2011, ce carnet de vaccination électronique connaîtra une évolution importante. Il pourra en effet être partagé et validé par des professionnels de santé (médecins, pharmaciens, infirmiers et sages-femmes) à l'initiative du patient. Le nouveau système expert, véritable système d'aide à la décision médicale pour les professionnels de santé, prendra en compte les recommandations particulières grâce à un formulaire intégré au carnet. Les vaccinations seront ainsi adaptées à la profession, aux conditions de vie et au profil santé de chaque personne ayant décidé d'ouvrir un carnet vaccinal électronique. L'utilisateur pourra s'il le souhaite bénéficier de rappels automatiques par courriel de ses prochaines échéances vaccinales. Il faut espérer que le carnet de vaccination électronique aidera à améliorer la couverture vaccinale de la population française, en particulier contre la rougeole, et contribuera ainsi à enrayer l'épidémie actuelle.

Source : Institut de veille sanitaire et MesVaccins.net.