La maladie

La rougeole est une infection strictement humaine et très contagieuse, due à un virus transmis de personne à personne par voie aérienne et entrainant une éruption cutanée. 

Le virus de la rougeole est transmis le plus souvent directement à partir d’un malade qui projette des particules de salive contaminées en parlant, ou des aérosols respiratoires en toussant ou en éternuant. Il est parfois transmis indirectement en raison de sa persistance dans l’air, au sein des aérosols émis par une personne malade. Les mains peuvent aussi être à l'origine d'une transmission indirecte, en transportant sur les muqueuses de l'oeil ou de la bouche les virus présents à la surface d'un objet contaminé par les sécrétions respiratoires d'un malade.

Une personne atteinte de rougeole est contagieuse dès la veille de l’apparition des premiers symptômes et le reste durant les cinq jours qui suivent le début de l’éruption.

La période d’incubation, c'est-à-dire le temps qui s'écoule entre le contact avec le virus et l'apparition des premiers signes de la maladie, dure 10 à 12 jours.

Le début de la maladie est appelée "phase d'invasion". Durant cette phase, le virus se propage dans l'organisme via la circulation sanguine ("virémie", c'est-à-dire passage du virus dans le sang). La phase d’invasion dure 2 à 4 jours et se manifeste par une fièvre supérieure à 38,5 °C, suivie d’une toux intense, d’un écoulement nasal et d’une conjonctivite. Le malade ressent un malaise général et une fatigue. L'éruption peut commencer sur la muqueuse de la joue vers la 36è heure : c'est le signe de Köplick, caractéristique de la rougeole. Ce signe est inconstant et disparait avec le début de l'éruption. 

Après exposition, le délai d’apparition de l’éruption est de 14 jours en moyenne (de 7 à 18 jours). Il s'agit d'une éruption dite maculo-papuleuse, qui dure 5 à 6 jours. Elle débute au niveau de la tête et s'étend progressivement de haut en bas et vers les extrémités, en 3 jours. En cas de complication, les poumons et le cerveau peuvent être atteints. Les formes compliquées sont plus fréquentes chez les enfants de moins de 1 an et chez les adultes de plus de 20 ans. La première cause de décès est la pneumonie chez l’enfant et l’encéphalite aiguë chez l’adulte. Les complications de la rougeole sont très fréquentes chez les enfants dans les pays en développement.

Le diagnostic repose sur la détection d'anticorps contre le virus de la rougeole dans le sang ou la salive. Le génome du virus peut aussi être détecté dans le sang ou la salive par une technique de biologie moléculaire appelée PCR (cette technique est également utilisée pour le diagnostic de la grippe).

Depuis le 24 juin 2005, la rougeole est à nouveau une maladie à déclaration obligatoire en France (elle l'était en effet entre 1945 et 1985). 

L’augmentation de la couverture vaccinale observée depuis que le vaccin contre la rougeole a été introduit dans le calendrier vaccinal français en 1983 pour tous les nourrissons, a été progressive et s’est accompagnée d’une forte diminution de l’incidence de la rougeole jusqu’en 2008. Entre 2008 et 2011, une importante épidémie de rougeole est survenue en France, liée à une couverture vaccinale insuffisante pour éliminer la maladie. Le nombre de cas a fortement diminué depuis 2012.

La rougeole est fréquente dans certains pays d'Afrique et d'Asie. Elle semblait éliminée du continent américain grâce à la vaccination, mais sa réapparition dans certains pays de ce continent incite à la prudence. 

Les recommandations vaccinales

L’augmentation de la couverture vaccinale à deux doses des enfants avant l’âge de 2 ans (qui doit atteindre au moins 95 % pour la première dose et 80 % pour la seconde), l’administration plus précoce de la seconde dose et le rattrapage des sujets réceptifs (adolescents et jeunes adultes nés depuis 1980) devraient permettre à terme l’interruption de la transmission de la rougeole et de la rubéole.

Les recommandations générales

Tous les enfants, à l’âge de 18 mois, devraient avoir reçu deux doses du vaccin trivalent contre la rougeole, les oreillons et la rubéole. 

La première dose est recommandée à l’âge de 12 mois et la seconde entre 16 et 18 mois (respecter un délai d’au moins un mois entre les deux vaccinations). Cette seconde vaccination ne constitue pas un rappel, l’immunité acquise après une première vaccination étant de longue durée. Elle constitue un rattrapage pour les enfants n’ayant pas séroconverti, pour un ou plusieurs des antigènes, lors de la première vaccination. Dans l’hypothèse où la seconde dose n’a pu être effectuée entre 16 et 18 mois, elle peut être administrée plus tard.

Les personnes nées depuis 1980 devraient avoir reçu au total deux doses de vaccin trivalent, en respectant un délai minimum d’un mois entre les deux doses, quels que soient les antécédents vis‑à‑vis des trois maladies. En effet, le vaccin protège contre les trois maladies. Les personnes qui ont présenté l’une de ces maladies ne sont habituellement pas protégées contre les deux autres et administrer un vaccin vivant atténué à une personne déjà immunisée ne présente aucun inconvénient du fait de l’inactivation du virus vaccinal par les anticorps préexistants.

La vaccination est gratuite jusqu'à l'âge de 17 ans révolus depuis le mois d'octobre 2010 (au lieu de 13 ans révolus auparavant).

Les recommandations particulières

Enfants gardés en collectivité.

Il n’existe plus de justification à maintenir à l’âge de 9 mois le début de la vaccination par le vaccin ROR chez les enfants admis en collectivité en dehors d’éventuelles périodes épidémiques (cf. « Recommandations autour d’un cas »).

Risque d'exposition à la rubéole.

Les femmes nées avant 1980 non vaccinées contre la rubéole, pour qui la vaccination contre la rubéole est recommandée, doivent recevoir une dose de vaccin trivalent (rougeole, oreillons, rubéole) au lieu d’un vaccin rubéoleux seul. Cette vaccination peut être pratiquée lors d’une consultation de contraception ou prénuptiale par exemple. Les sérologies pré‑vaccinales et post‑vaccinales ne sont pas utiles. Si les résultats d’une sérologie confirmant l’immunité de la femme vis‑à‑vis de la rubéole sont disponibles, il n’est pas utile de la vacciner. Il n’y a pas lieu de revacciner des femmes ayant reçu deux vaccinations préalables, quel que soit le résultat de la sérologie si elle a été pratiquée. Pour les femmes dont la sérologie prénatale est négative ou inconnue, la vaccination ne pouvant être pratiquée pendant la grossesse, elle devra être pratiquée immédiatement après l’accouchement, de préférence avant la sortie de la maternité, ou à défaut au plus tôt après la sortie.

Il est nécessaire de s’assurer de l’absence d’une grossesse débutante et d’éviter toute grossesse dans les deux mois suivant la vaccination, en raison d’un risque tératogène théorique. 

Recommandations autour d’un cas de rougeole

Dans le cadre du plan d’élimination de la rougeole, des mesures préventives vaccinales pour les personnes potentiellement réceptives exposées à un cas de rougeole sont recommandées. Ces mesures concernent les contacts autour d’un cas clinique ou confirmé biologiquement pour les contacts proches, et les contacts d’un cas confirmé biologiquement dans les autres collectivités :

  • enfants âgés de 6 à 8 mois : 1 dose de vaccin monovalent dans les 72 heures suivant le contage présumé (dans ce cas, le sujet recevra par la suite 2 doses de vaccin ROR suivant les recommandations du calendrier vaccinal) ;
  • enfants âgés de 9 à 11 mois non encore vaccinés (cf. recommandations particulières) : 1 dose de vaccin ROR dans les 72 heures suivant le contage présumé, la 2ème dose sera administrée entre 12 et 15 mois ;
  • personnes âgées d'au moins 12 mois et nées depuis 1980 : mise à jour du calendrier vaccinal pour atteindre 2 doses de vaccin ROR ;
  • professionnels de santé et en charge de la petite enfance (travaillant en crèche, halte-garderie et assistantes maternelles), sans antécédent de rougeole (et plus précisément les professionnels pour lesquels il n’existe pas de preuve biologique de rougeole antérieure) ou n’ayant pas reçu 2 doses de vaccin ROR, quelle que soit leur date de naissance : 1 dose de vaccin ROR.  

L’administration d’une dose de vaccin, telle que préconisée ci-dessus, réalisée dans les 72 heures qui suivent le contact avec un cas peut éviter de plus la survenue de la maladie. Elle reste préconisée même si ce délai est dépassé. 

La vaccination anti-rougeoleuse est déconseillée pendant la grossesse ; cependant, une vaccination réalisée accidentellement chez une femme enceinte ne doit pas conduire à une interruption médicale de grossesse.

L'avis du 23 mai 2011 détaille les mesures à prendre pour une femme enceinte exposée à la rougeole, pour une femme enceinte atteinte de rougeole et pour un nouveau-né, né d'une mère atteinte de rougeole.

Mesures supplémentaires en situation de cas groupés de rougeole.

Les cas groupés sont définis par la survenue de 3 cas ou plus de rougeole parmi lesquels au moins 1 cas a été confirmé biologiquement, dans une même zone géographique et sur une période de temps limitée. Le nombre est ramené à 2 cas ou plus si les cas fréquentent une même collectivité (école, colonie de vacances, crèche...).

En situation de cas groupés, des mesures vaccinales particulières et supplémentaires sont proposées. Elles reposent sur la notion qu’en situation épidémique, la plupart des cas sont confirmés épidémiologiquement et que la valeur prédictive positive du diagnostic clinique est plus élevée qu’en situation endémique. La vaccination est ainsi recommandée aux contacts proches et en collectivité sans attendre les résultats de laboratoire. 

En plus des recommandations autour d’un cas, toutes les personnes, y compris celles nées avant 1980, sans antécédent connu de rougeole devraient compléter leur vaccination jusqu'à obtenir en tout deux doses de vaccin trivalent. 

De plus, l’administration d’une dose de vaccin dans les 72 heures qui suivent le contact avec un cas peut éviter la survenue de la maladie. Elle reste préconisée même si ce délai est dépassé. 

Dans tous les cas, lorsque la situation requiert 2 doses, l’intervalle entre celles-ci sera de 1 mois au moins.

Après un contact avec un cas de rougeole, certaines personnes risquent de développer une forme grave de la maladie alors que le vaccin contre la rougeole est contre-indiqué ou n'a pas pu être administré suffisamment tôt pour être efficace. C'est le cas des personnes se trouvant dans l'une des situations suivantes :

  • femme enceinte non vaccinée et sans antécédent de rougeole ;
  • patient immunodéprimé, quels que soient son statut vaccinal et ses antécédents avérés de rougeole ;
  • enfant âgé de moins de 6 mois dont la mère présente la rougeole ou n'a ni antécédent de rougeole ni de vaccination ;
  • enfant âgé de 6 à 11 mois non vacciné en post-exposition dans les 72 heures suivant le contact et ce quel que soit le statut immunitaire de la mère vis-à-vis de la rougeole.

Dans ces situations, l'administration d'immunoglobulines polyvalentes d'origine humaine par voie intraveineuse est recommandée (l'ANSM recommande une posologie de 200 mg/kg). Le Haut Conseil de la santé publique recommande (avis du 16 avril 2012) :

  • que le délai à respecter entre l'administration d'une dose de 200 mg à 400 mg/kg d'immunoglobulines en prophylaxie post-exposition de la rougeole et l'administration d'un vaccin contre la rougeole, la rubéole et les oreillons soit d'au moins 9 mois ;
  • qu'une dose supplémentaire de vaccin contre la rougeole, la rubéole et les oreillons soit proposée, sans sérologie préalable, aux personnes ayant reçu une dose d'immunoglobulines en prophylaxie post-exposition de la rougeole et ayant été vaccinées dans un délai inférieur à 9 mois. Ces personnes recevront donc au total trois doses de vaccin, les deuxième et troisième doses devant être espacées d'au moins un mois.

Les recommandations professionnelles

Les personnes nées avant 1980, non vaccinées et sans antécédent connu de rougeole ou de rubéole, qui exercent des professions de santé en formation, à l’embauche ou en poste, devraient recevoir une dose de vaccin trivalent rougeole-rubéole-oreillons. Les personnes travaillant dans les services accueillant des patients à risque de rougeole grave (immunodéprimés) devraient être vaccinées en priorité. Les professionnels en charge de la petite enfance devraient aussi recevoir une dose de vaccin trivalent rougeole-oreillons-rubéole (ROR). Pour l’ensemble de ces personnels dont les antécédents de vaccination ou de rougeole sont incertains, la vaccination peut être pratiquée sans qu’un contrôle sérologique préalable soit systématiquement réalisé.

Les recommandations pour les voyageurs

Pour les nourrissons qui voyagent, la vaccination contre la rougeole peut être pratiquée :

  • à partir de l’âge de 9 mois, avec le vaccin trivalent ROR (une seconde dose de vaccin ROR sera administrée entre 12 et 15 mois) ; 
  • dès l’âge de 6 mois pour ceux qui se rendent dans des pays de forte endémicité de l'ancien monde (pays qui n’ont pas de plan d’élimination de la rougeole, dont la liste est actualisée sur MedecineDesVoyages.net et incluant des pays européens), avec une dose de vaccin rougeoleux monovalent. Les enfants ayant reçu le vaccin rougeoleux monovalent entre les âges de 6 et 8 mois devront recevoir ultérieurement les deux doses de vaccin trivalent ROR, conformément au calendrier vaccinal.

Pour les personnes nées avant 1980, sans antécédent de rougeole et se rendant dans un pays de circulation virale intense (consulter les nouvelles de MedecineDesVoyages.net pour avoir des informations sur ces pays), l'administration d'une dose de vaccin ROR peut se discuter. Rappelons que pour les personnes nées depuis 1980 et âgées d'au moins 12 mois, deux doses de vaccin ROR sont recommandées quels que soient les antécédents vis-à-vis des trois maladies.

La recommandation de vacciner spécifiquement les adultes voyageurs nés en 1965 ou après, se rendant dans des pays de forte endémicité, avec une dose de vaccin ROR a été supprimée en mai 2011.

OMS, début mai 2011. La vaccination contre la rougeole et la rubéole est recommandée pour tous les voyageurs à destination d'un pays des Amériques.

Le schéma vaccinal

  • enfants âgés de 12 à 24 mois : 1 dose du vaccin ROR à 12 mois et une 2ème dose entre 16 et 18 mois ;
  • enfants âgés de 6 à 8 mois : 1 dose de vaccin monovalent dans les 72 heures suivant le contage présumé ; dans ce cas, le sujet recevra par la suite 2 doses de vaccin ROR (cf. recommandations particulières autour d'un cas de rougeole) ;
  • enfants âgés de 9 à 11 mois non encore vaccinés (cf. recommandations particulières autour d'un cas de rougeole : 1 dose de vaccin ROR dans les 72 heures suivant le contage présumé, la 2ème dose sera administrée entre 12 et 15 mois ;
  • les sujets nés depuis 1980 et âgés de plus de 24 mois : 2 doses de vaccin ROR ;
  • sujets nés avant 1980 : 1 dose de vaccin ROR.

Les données épidémiologiques

Point au 1er juin janvier 2015.

Du 01/01/08 au 31/05/15, près de 23 500 cas de rougeole ont été déclarés en France (dont près de 15 000 cas notifiés pour la seule année 2011). Près de 1 500 cas ont présenté une pneumopathie grave, 34 une complication neurologique (31 encéphalites, 1 myélite, 2 Guillain-Barré) et 10 sont décédés. 

Le nombre de cas a fortement diminué en 2012, puis est resté stable en 2013 et 2014 (respectivement 859, 259 et 267 cas déclarés). 

Entre le 1er janvier et le 31 mai 2015, 199 cas ont été déclarés, dont 151 (76 %) liés à un foyer épidémique ayant débuté mi-avril dans le Haut-Rhin, montrant que la circulation du virus reste toujours active. Des mesures importantes de contrôle ont été mises en place, mais le virus a néanmoins diffusé en Alsace et il persiste un risque de diffusion à d’autres régions. La vérification du statut vaccinal et sa mise à jour avec 2 doses de vaccin pour toute personne âgée d’au moins 12 mois et née après 1980 restent donc nécessaires.

Les références