21èmes Journées Nationales d’Infectiologie - Volet 1 : le point sur la covid 19

Publié le 21 sept. 2020 à 21h46

Biographie

- Qualité : Docteur en médecine, biologiste médical (DES biologie 1992).
- Activité principale : biologiste médical, médecin de centre international de vaccinations
- Spécialités médicales : microbiologie, virologie, vaccinologie.

Liens d'intérêt

- Membre de commissions et comités :
Commission des maladies infectieuses et des maladies émergentes (Haut Conseil de la santé publique, 2017- en cours)
Comité technique de vaccinations (Haut Conseil de la santé publique, 2007-2017)
Groupe vaccins (ANSM, 2016-en cours)
- Liens avec l'industrie :
DPI consultable sur le site HCSP : https://www.hcsp.fr/explore.cgi/Personne?clef=2329 Rémunérations directes par l’industrie : non.
A titre familial : aucun lien.

Les 21èmes Journées Nationales d'Infectiologie (JNI) se sont déroulées du 9 au 11 septembre 2020 à Poitiers en présence des participants, ce qui a demandé aux organisateurs une logistique particulière du fait de l'épidémie de covid 19. La très grande majorité des participants étaient des professionnels de santé qui ont dû observer un strict respect des recommandations sanitaires. Apres des mois d'activités intenses de chacun en fonction de ses responsabilités, ce fut l'occasion d'échanges directs entre confrères dans un bel esprit de partage et de plaisir à se retrouver. L'équipe médicale de MesVaccins.net a participé aux 21èmes JNI. Trois thématiques vont être rapportées dans ces colonnes en trois volets : 

  • volet 1 : la covid 19 ;
  • volet 2 : les maladies à prévention vaccinale et la vaccination ;
  • volet 3 : la médecine des voyages, les maladies tropicales et les infections émergentes.

L'ensemble des communications orales et affichées sont disponibles sur le site de la revue "Médecine et maladies infectieuses".

Volet 1 : la covid 19

La covid 19 a fait l'objet de plus de 120 communications sur ces journées, sur un total de plus de 250 environ. Des expériences numériques innovantes, le risque de transmission nosocomiale du SARS CoV-2 (le coronavirus responsable de la covid 19) et la question relative à la co-circulation des virus sont rapportés ici. La maladie covid 19 et l'évolution de la prise en charge des patients sont présentées via ces liens. 

Apport des nouvelles technologies dans la gestion de l'épidémie covid 19

Expérience innovante de télémédecine COVIDOM

COVIDOM est un dispositif de télémédecine unique qui a été développé pour la gestion des patients atteints de covid 19 suivis en ambulatoire ou en consultation hospitalière après leur sortie d'hôpital. Cette initiative a été déployée en Ile-de-France en partenariat avec l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (APHP), l'Agence régionale de santé (ARS) Ile-de-France et l'Union régionale des professionnels de santé (URPS) médecins de la région Ile-de-France. Il s'agissait de questionnaires en ligne complétés par les patients 1 à 2 fois par jour après leur inclusion par les médecins, en consultation de ville ou hospitalière. Sept items étaient renseignés : fréquence cardiaque, dyspnée, fièvre, fréquence respiratoire, température, malaise, frissons et difficultés au confinement. En fonction des seuils définis sur ces critères, des alertes rouges, oranges ou vertes étaient générées avec des conséquences sur la prise en charge. Du 9 mars au 9 juin 2020, 70 914 patients ont été inclus et 267 000 alertes ont été générées. Huit pour cent d'entre elles étaient classées rouges. Au total, le délai moyen avant prise en charge d’une alerte rouge était de 4,24 minutes, 427 appels SAMU ont été déclenchés par la plateforme, 858 patients ont été hospitalisés et 73 sont décédés. Ce système innovant COVIDOM, développé dans des délais très contraints pour la gestion d'une maladie aiguë, a permis une collaboration étroite entre la médecine de ville et la prise en charge hospitalière et évité l'engorgement des structures de santé. Les étapes suivantes envisagées sont l'extension géographique du dispositif et son adaptation à l'émergence d'une maladie infectieuse aiguë.

Application mobile pour la description de la persistance des symptômes invalidants à 6 semaines d'évolution de la covid 19

L'expérience des équipes médicales du CHU Ponchaillou (Rennes) a été le développement d'une application smartphone (nom de l'application non communiqué) pour le recueil prospectif des signes persistants et invalidants à 6 semaines de l'évolution d'une covid 19. Ainsi, 309 patients ayant été suivis en ambulatoire après l'infection par le SARS-CoV-2 ont complété un questionnaire anonymement en ligne sur leur état respiratoire, nutritionnel, psychologique, la reprise d'activité physique, les troubles du gout et de l'odorat. A 6 semaines, parmi les 132 patients ayant une activité physique antérieure, 56 % d'entre eux avaient repris une activité ; chez les 103 personnes ayant présenté une anosmie et les 98 personnes ayant souffert d'agueusie, ces symptômes étaient résolutifs dans environ deux tiers des cas au bout de trois semaines. Une rééducation sportive et une réadaptation olfactive ont été des pratiques médicales particulièrement appréciées par les patients.

Le registre NeuroCovid pour évaluer les manifestations neurologiques associées à la covid 19

L'enquête observationnelle rétrospective multicentrique NeuroCovid conduite en secteur hospitalier de réanimation, d'infectiologie et de neurologie a consisté à décrire les manifestations neurologiques survenant au cours de la covid 19. Un total de 222 patients, dont l'âge médian était de 65 ans, présentaient des tableaux de troubles cognitifs, de déficit neurologique (plus large série de patients avec signes neurologiques actuellement publiée). Des atteintes du système nerveux central à type d'encéphalopathie, d'infarctus cérébral, d'encéphalite ou de syndrome de Guillain-Barré ont été rapportées chez 85 % des patients. Dans une moindre mesure, des atteintes neurologiques périphériques à type de troubles sensitifs ont été décrits chez 13,5 % d'entre eux. Les mécanismes du neurotropisme du SARS-CoV-2 sont à documenter.

Réalité de l'intelligence collective médicale au cours de la covid 19

L'intelligence collective est définie par la capacité d'une communauté à partager une connaissance partout distribuée, sans cesse valorisée et coordonnée en temps réel pour une mobilisation des compétences. L'étude présentée est celle de la réalité de l'intelligence collective médicale en analysant l'émergence et la diffusion de 4 nouvelles informations médicales au cours de la covid 19. Ces 4 nouvelles informations ont été l'anosmie et l'agueusie (information très largement relayée par les médias), l'atteinte dermatologique (peu documentée), le lien tabac et covid 19 (nombreuses questions de la part du public) et l'intérêt du traitement par hydroxychloroquine (nombreuses publications scientifiques). Ces nouvelles informations circulaient rapidement entre les médecins par différents modes générant des alertes (courriels, SMS, WhatsApp, publications en ligne en pré-print, communications du gouvernement et des agences sanitaires, interrogation de bases documentaires...). Du 20 mars au 11 mai 2020, les lésions dermatologiques liées à la covid 19 ont généré 11 alertes et un article dans la presse généraliste ; les symptômes d'agueusie/anosmie ont généré 21 alertes et 28 articles dans la presse généraliste ; tabac et Covid-19 ont généré 7 alertes et 25 articles ; l'intérêt de l'hydroxychloroquine dans le traitement de la covid 19 a généré de très nombreuses alertes, 918 articles scientifiques et plus de 3 000 relais dans la presse nationale. Au total, bien que les nouvelles informations aient diffusé rapidement, avec une très forte reprise médiatique, l'intelligence collective médicale a été de faible importance car certaines communications étaient non vérifiées sur le plan scientifique, ce qui a été un frein à la démarche scientifique et à la recherche médicale. Cela a cependant permis de mobiliser fortement le réseau ville-hôpital.

Transmission nosocomiale du SARS CoV-2 : efficacité des mesures barrières

Origine de la contamination des professionnels de santé par le SARS-CoV-2

 La cohorte prospective multicentrique (17 CHU) CoV-CONTACT a eu pour but d'évaluer la proportion de professionnels de santé infectés par le SARS-CoV-2 après contact à risque non protégé (un patient ou un autre collègue, ces professionnels pouvant avoir plusieurs sources de contamination). Le suivi de ces professionnels de santé a été clinique, virologique (détection du virus SARS-CoV-2 par PCR, sérologie pour détecter les anticorps anti-SARS-CoV-2). Les résultats de ce suivi à trois mois ont été présentés (un suivi d'un an est prévu dans l'étude). Du 3 mars au 27 avril 2020, 154 professionnels de santé contacts de 44 personnes infectées ont été incluses dans l'étude. Au bout d'un mois, 25 % de ces professionnels de santé étaient à leur tour infectés par le SARS-CoV-2 et 18 % avaient une infection possible (critères cliniques). Un quart de ces contaminations étaient asymptomatiques. La source de ces contaminations était au moins un patient une fois sur deux et au moins un autre professionnel de santé dans 60 % des cas (plusieurs contacts étaient possibles). Dans un quart des cas, la contamination était liée au non-respect des mesures d'hygiène (équipement de protection individuelle), d'où l'importance de maintenir les précautions standard et complémentaires d'hygiène au sein de l'équipe de soins.

Efficacité des mesures barrières chez les professionnels de santé

Une étude de séroprévalence a été conduite au Centre hospitalier de Chambéry chez le personnel hospitalier à la sortie du confinement, alors que la circulation du SARS-CoV-2 était faible dans la région. L'intérêt de réaliser cette étude à la sortie du confinement était d'évaluer le risque d'exposition professionnelle. Le port du masque chirurgical était obligatoire pour tout le personnel de l'établissement dès le 18 mars 2020, en plus des mesures d'hygiène habituelles. Parmi les 412 professionnels dépistés, la séroprévalence était plus importante chez ceux qui étaient directement au contact des patients (3.9 % des professionnels), dont ceux exerçant dans le service de maladies infectieuses. Il n'y avait pas de différence selon la profession, la durée de travail ou le contact avec un entourage suspect de covid 19.

Une autre étude réalisée à Montpellier entre le 21 avril et le 3 juin 2020 (région de basse densité virale) a montré que le risque d'infection nosocomiale chez les professionnels de santé travaillant en secteur covid était très faible (séroprévalence du SARS-CoV-2 de 3.91 %) ; l'acquisition du virus était souvent extra-hospitalière, montrant l'efficacité des mesures barrières pour limiter la transmission nosocomiale du SARS-CoV-2.

Un défaut d'utilisation des mesures de protection, notamment chez les professionnels du secteur ambulatoire et quelle qu'en soit la raison, augmentait le risque de contamination. 

Compétition virale lors de la co-circulation de plusieurs virus

Alors que la période la circulation des virus hivernaux s'annonce, une des questions est de déterminer le comportement de ces différents virus à l'heure où l'épidémie covid 19 n'est pas terminée.

Covid-Score : un outil de détection clinique de la covid 19 en situation de co-circulation virale

Il s'agit de déterminer un score clinique prédictif d'infection à SARS-CoV-2 dans un contexte de faible prévalence de la covid et de co-circulation virale. Pour cela, une étude prospective non interventionnelle et multicentrique (4 centres du Grand Ouest) a été proposée à tous les consultants pour suspicion de covid entre le 15 mars et le 30 avril 2020. Un formulaire clinique standardisé était à compléter, incluant la recherche de facteurs de risques. Suivant le résultat de la PCR SARS-CoV-2 qui confirmait la covid 19, les 1 233 patients participant à l'étude ont été répartis en deux groupes. Chez les patients symptomatiques (PCR positive dans 19,6 % des cas), un âge de 40 ans et plus, une fièvre supérieure à 38 °C, des myalgies, une dysgueusie et l'anosmie étaient des critères positifs associés à la PCR positive. Une douleur pharyngée, l'essoufflement et une pesanteur thoracique étaient associés à une PCR négative. En pondérant chaque critère, le Covid-Score peut être une aide à l'adaptation des mesures de gestion de la covid 19 (indication des prélèvements à visée diagnostique et épidémiologique). Ce score doit être évalué en cas de réelle co-circulation virale car le critère de jugement a été uniquement la recherche du SARS-CoV-2 par PCR et non la recherche d'autres agents infectieux.

Une autre étude a été réalisée en mars 2020 en Ile-de-France pour définir le niveau de circulation virale

Cette étude a été réalisée alors que les épidémies hivernales (grippe, rhinovirus, virus respiratoire syncytial) n'étaient pas terminées et que l'épidémie de covid 19 s'installait. Les diagnostics étaient confirmés par la recherche de SARS-CoV-2 et d'autres virus respiratoires par RT-PCR multiplex (recherche en même temps, sur le même échantillon, de plusieurs agents infectieux). Ainsi les virus respiratoires classiques ont rapidement disparu tandis que la covid 19 concernait plus d'un tiers des personnes consultant pour un syndrome grippal.

Les professionnels de santé souhaitent être vaccinés contre la Covid-19

Peu de communications ont concerné la question relative à l'intention de se faire vacciner contre la covid 19. Une enquête par auto-questionnaire réalisée auprès de 2 447 professionnels de santé a montré que ces derniers seraient prêts à se faire vacciner si un vaccin était disponible immédiatement. Les soignants, particulièrement les médecins, sont prêts à participer aux essais cliniques.

Référence

  •  21èmes Journées Nationales d'Infectiologie (JNI), Poitiers, 9 au 11 septembre 2020.