Covid 19 : l'immunité cellulaire jouerait un rôle essentiel

Publié le 21 sept. 2020 à 11h05

Biographie

MD, PhD, ancien directeur scientifique de l’Institut de recherche biomédicale des armées (IRBA), Brétigny sur Orge, France.

Habilitation à diriger les recherches.

Enseignant à l’Ecole du Val-de-Grâce, à l’université d’Aix-Marseille, à l’Institut de formation en soins infirmiers Saint Joseph, Marseille.

Expert auprès de Santé publique France, de la Haute autorité de santé (HAS) et du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (European Centre for Disease Prevention and Control (ECDC).

Membre du Comité de protection des personnes (CPP) Sud-Ouest et Outre-mer II.

Liens d'intérêt

Absence de lien avec l’industrie pharmaceutique.

Aucune participation à des études cliniques de médicaments ou vaccins.

Déclaration établie le 2 janvier 2012, mise à jour le 21 septembre 2021.

L'immunité cellulaire permet à l'être humain de se défendre de manière spécifique contre une infection. Elle mobilise plusieurs types de cellules humaines, notamment les cellules suivantes :

  • lymphocytes T auxiliaires (ou "helper" en anglais), qui sont des cellules CD4 : CD signifie cluster de différenciation 4, CD4 est une glycoprotéine exprimée à la surface des Lymphocyte T qui permet l'interaction avec des cellules humaines pouvant présenter un antigène ;
  • lymphocytes T cytotoxiques, qui sont des cellules CD8 : CD8 est une glycoprotéine exprimée à la surface des Lymphocyte T qui permet de reconnaître une cellule humaine infectée.

Le rôle de la réponse immunitaire dans l'infection par le SARS-CoV-2 (le coronavirus responsable de la covid 19) reste au cœur de nombreuses interrogations. Avec sa composante humorale (les anticorps) et sa composante cellulaire (les lymphocytes T auxiliaires, qui contribuent à recruter et activer les cellules effectrices, et les lymphocytes T cytotoxiques, capables de reconnaitre et détruire les cellules infectées ou identifiées comme étrangères), la réponse qui se développe contre un virus responsable d'une infection est censée aboutir à son élimination et à la guérison. Dans certains cas de covid 19 cependant, parce qu'elle est détournée ou mal contrôlée, cette réponse devient un facteur d'aggravation. Elle est alors responsable d'un état d'inflammation intense et durable et d'altérations qui vont au-delà de celles produites par le virus lui-même ; on parle de "tempête cytokinique", en référence à la production dérégulée et excessive de molécules solubles, les cytokines, qui activent les systèmes de défense. D'autres questions concernent la durée et la qualité de l'immunité induite par l'infection : est-elle en mesure d'éliminer totalement le virus pour assurer une guérison totale et stopper la contagion, d'empêcher une ré-infection ? Pendant combien de temps ? Quelles sont les composantes de cette immunité qui doivent être sollicitées par un vaccin pour lui conférer une efficacité durable ?

L'étude menée par C.R. Moderbacher et son équipe apporte des éléments de réponse intéressants. Elle a porté sur 50 malades atteints de covid 19 dont les réponses T-auxiliaires, T-cytotoxiques et anticorps ont été analysées. Elle fait apparaitre que lors de l'infection par le SARS-CoV-2, la réactivité des lymphocytes T (la réponse immune cellulaire) semble déterminante pour l'évolution de la maladie. D'elle dépendent principalement la mise en œuvre, l'adaptation et le niveau de tous les mécanismes spécifiques qui agissent pour éliminer le virus. Si la mise en œuvre de la réponse est tardive, son adaptation et son niveau insuffisants, le virus ne sera pas éliminé et pourra occasionner des dégâts importants. Si au contraire la réponse est en excès, ce sont les mécanismes de défense eux-mêmes qui aggraveront la pathologie. Les auteurs de l'étude ont trouvé qu'une bonne réponse T spécifique du SARS-CoV-2 permettait de prédire une évolution favorable de l'infection. Ils considèrent que la perte d'efficacité de cette réponse cellulaire qui accompagne le vieillissement pourrait expliquer la fréquente gravité de la covid 19 chez les personnes âgées. Enfin, ils ont observé que les anticorps neutralisants semblaient jouer un rôle secondaire dans la guérison de l'infection naturelle : l'intérêt d'une stimulation de ces anticorps par la vaccination resterait donc à démontrer.

Référence