Covid 19 : une maladie aiguë, mais les séquelles sont nombreuses et leur inventaire n'est pas terminé

Publié le 15 déc. 2020 à 21h20

Biographie

MD, PhD, ancien directeur scientifique de l’Institut de recherche biomédicale des armées (IRBA), Brétigny sur Orge, France.

Habilitation à diriger les recherches.

Enseignant à l’Ecole du Val-de-Grâce, à l’université d’Aix-Marseille, à l’Institut de formation en soins infirmiers Saint Joseph, Marseille.

Expert auprès de Santé publique France, de la Haute autorité de santé (HAS) et du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (European Centre for Disease Prevention and Control (ECDC).

Membre du Comité de protection des personnes (CPP) Sud-Ouest et Outre-mer II.

Liens d'intérêt

Absence de lien avec l’industrie pharmaceutique.

Aucune participation à des études cliniques de médicaments ou vaccins.

Déclaration établie le 2 janvier 2012, mise à jour le 21 septembre 2021.

La covid 19 est une infection virale qui évolue sur un mode aigu : l'infection et ses manifestations pathologiques, lorsqu'elles existent, s'étendent généralement sur une période de quelques jours à quelques semaines. La gravité est variable, et le décès survient dans 1 à 2 % des cas. Pour les malades qui survivent, on s'attend à une guérison complète.

Cependant, chez beaucoup de patients atteints de formes symptomatiques de l'infection, le retour à l'état antérieur ("restitutio ad integrum" des médecins) n'est pas toujours la règle. De plus en plus de données s'accumulent sur l'existence de séquelles variées, tant dans leur nature et leur intensité que dans leur durée. Des symptômes persistants sont observés chez un nombre croissant de malades survivants, y compris après des formes modérées de covid 19.

On ne sait pas encore parfaitement identifier ces séquelles. Il faut en effet les différencier des manifestations d'une infection qui se prolonge, dont certains patients ont été atteints. Il est également nécessaire de faire la part des séquelles dues à la maladie et de celles imputables aux traitements ou aux actes thérapeutiques qu'il a fallu mettre en œuvre, comme de celles qui sont la conséquence d'affections intercurrentes.

Les mécanismes possibles à l'origine des séquelles sont multiples : l'infection par le SARS-CoV-2 peut provoquer des dommages au niveau de plusieurs organes, un état d'inflammation peut persister et être responsable de nouvelles altérations, l'infection virale peut se prolonger à partir d'un site non stérilisé à l'intérieur de l'hôte, les anticorps produits tout au long du processus pathologique peuvent avoir des effets délétères. L'existence d'un mauvais état physique antérieur à l'infection, de comorbidités (maladies chroniques associées, comme un diabète ou une insuffisance respiratoire) ou d'altérations apparues au cours de l'infection peut en outre modifier la nature et l'intensité des séquelles.

Les symptômes les plus fréquemment rapportés par les convalescents sont le plus souvent d'intensité modérée. Il s'agit de fatigue, de dyspnée, de toux, de douleurs articulaires ou thoraciques. On a également observé des myalgies, des céphalées, de la fièvre et des palpitations. Des séquelles plus graves sont également décrites, avec une fréquence moindre : myocardite et dysfonctionnement cardiaque, problèmes respiratoires, altération de la fonction rénale, rash cutané et alopécie (perte de cheveux).

Des séquelles neurologiques et psychiatriques sont aussi présentes : déficit olfactif et gustatif, troubles du sommeil, altération des fonctions cognitives et de la mémoire et même dépression et troubles psychiatriques variés (anxiété, troubles de l'humeur), auxquels les longues périodes de confinement et de restrictions des liens sociaux pourraient contribuer.

Les effets de la covid 19 se prolongent donc bien au-delà de la phase aiguë et de la présence détectable du virus. Sur une population d'hommes, semble-t-il plus exposés à des formes graves, initialement hospitalisés puis sortis de l'hôpital, ces effets sont à l'origine de près de 20 % de ré-hospitalisation dans les 60 jours et de 9 % de décès secondaires (1).

L'inventaire des séquelles n'est donc pas encore terminé. Leur apparition n'a pas toujours d'explication et présente un caractère aléatoire. Les facteurs de risque qui exposent à tel ou tel type de séquelle et les mécanismes ne sont pas toujours connus et les médecins se trouvent confrontés à un problème de prévision et de traitement. La possibilité que des infections aujourd'hui considérées comme asymptomatiques se manifestent par des symptômes encore non identifiés doit même être envisagée.

En plus de la gravité potentielle de l'infection dans sa phase active, les séquelles possibles de la covid 19 sont une raison supplémentaire de rechercher et mettre en œuvre protection et traitement. Elles devraient, dans la mesure du possible, être prises en compte pour mieux évaluer le rapport bénéfice/risque de la vaccination.

Référence

  1. J.P. Donnelly, X.Q. Wang et coll. Readmission and Death After Initial Hospital Discharge Among Patients With COVID-19 in a Large Multihospital System. JAMA. Published online December 14, 2020.