Allègement des mesures barrières et d'isolement chez les personnes vaccinées

Publié le 19 juin 2021 à 12h34

Biographie

MD, PhD, ancien directeur scientifique de l’Institut de recherche biomédicale des armées (IRBA), Brétigny sur Orge, France.

Habilitation à diriger les recherches.

Enseignant à l’Ecole du Val-de-Grâce, à l’université d’Aix-Marseille, à l’Institut de formation en soins infirmiers Saint Joseph, Marseille.

Expert auprès de Santé publique France, de la Haute autorité de santé (HAS) et du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (European Centre for Disease Prevention and Control (ECDC).

Membre du Comité de protection des personnes (CPP) Sud-Ouest et Outre-mer II.

Liens d'intérêt

Absence de lien avec l’industrie pharmaceutique.

Aucune participation à des études cliniques de médicaments ou vaccins.

Déclaration établie le 2 janvier 2012, mise à jour le 21 septembre 2021.

Le 17 juin 2021, le Gouvernement a autorisé l'abandon du masque en extérieur et dans les situations où les personnes ne se trouvent pas regroupées, comme dans les files d'attentes ou les marchés. Il y a été conduit par l'amélioration de la situation épidémiologique (nombre de nouveaux cas de covid 19 ramené à environ 3 000 par jour, responsables de 1 700 nouvelles hospitalisations pour la semaine écoulée), les attentes de plus en plus explicites de la population, et la progression de la vaccination. Le 16 juin, plus de 30 millions de personnes, soit près de 46 % de la population générale et 58 % de la population majeure, avaient reçu au moins une dose de vaccin en France, près de 17 millions (environ 25 % de la population) ayant reçu un schéma vaccinal complet (deux doses ou une dose après une infection).

Cependant, le SARS-CoV-2 est toujours en circulation et pourrait le rester encore longtemps, ses variants étant éventuellement susceptibles de relancer l'épidémie en infectant plus efficacement les individus non protégés ou sensibles, peut-être en provoquant des infections plus sévères ou en "échappant" à la protection immunitaire développée suite à une première infection ou à la vaccination. D'autre part, des questions restent encore sans réponses sur l'étendue de la protection conférée par la vaccination, particulièrement contre le portage et la transmission du virus. Dans ce contexte, afin qu'un relâchement trop rapide et généralisé des mesures de protection ne remette pas en cause les progrès accomplis, et en réponse à la demande du Directeur générale de la santé, le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) a émis des recommandations sur le "contact tracing" et les mesures barrières à l'adresse des personnes complètement vaccinées.

Pour mener sa réflexion, le conseil a pris en compte les données nationales et internationales sur les déterminants et l'évolution de l'épidémie, sur l'efficacité de la vaccination sur la transmission du virus, et sur la progression de la couverture vaccinale en France. Les recommandations émises par les centres de contrôle et de prévention des maladies européen et américains (ECDC et CDC, respectivement) ont été analysées. Alors que l'ECDC préconise un allègement des mesures barrières, sauf en situation de grand rassemblement dans l'espace public, et la poursuite du "contact tracing", la direction des centres américains autorise les personnes totalement vaccinées à reprendre leurs activités sans masque ni distanciation, à ne pas effectuer de test ni de quarantaine pour voyager sur le territoire national ou au retour d'un voyage international, et pas non plus de quarantaine après un contact, en l'absence de symptômes. Un test doit être pratiqué si les symptômes apparaissent.

Il ressort d'autre part de l'analyse des données que le variant Alpha du SARS-CoV-2 est toujours majoritaire en France,  et que le variant Delta est rarement détecté, mais avec une tendance à l'augmentation. Concernant l'efficacité vaccinale, le HCSP a retenu que :

  • Elle est élevée "en vie réelle", mais essentiellement contre les formes graves de covid 19. Des infections asymptomatiques ou donnant des manifestations modérées et la transmission du virus restent possibles, même s'il existe un certain niveau de protection.
  • L'efficacité des vaccins à ARN est diminuée face à certains variants, mais là encore, une protection est obtenue.
  • Pour une efficacité optimale, les schémas de vaccination doivent être complets, qu'ils s'adressent à des personnes naïves ou précédemment infectées.
  • Le maintien des mesures barrières s'impose donc tant que le virus circule, que la couverture vaccinale n'est pas suffisamment élevée et homogène dans toutes les tranches d'âge, ou en cas d'apparition de variant d'échappement immunitaire.

Il est également nécessaire de prendre en compte une faible efficacité de la vaccination chez les personnes immunodéprimées, et une diminution de l'adhésion de la population aux différentes mesures de protection avec l'arrivée de la belle saison et des congés.

Partant de ce constat, le HCSP adresse plusieurs recommandations au directeur de la santé :

  • Toute personne complètement vaccinée doit effectuer un test de dépistage (autotest ou test antigénique, le cas échéant confirmé par RT-PCR) en cas de symptômes évoquant la covid.
  • Un test est également recommandé en cas de contact rapproché et répété avec une personne déclarée infectée ; le test est à refaire après un délai de 7 jours, en raison de la persistance d'un risque de contamination et pour en identifier la source. L'isolement n'est pas requis, mais tout contact non protégé avec une personne non vaccinée à risque de forme grave ou une personne immunodéprimée doit être évité pendant les 7 jours (et au delà en cas de positivité à J7 - ndr).
  • En cas de contacts ponctuels et distants, la personne complètement vaccinée présente un risque de transmission secondaire négligeable : test et isolement ne sont pas requis, sauf si la présence d'un variant Delta ou d'un nouveau variant préoccupant est détectée.
  • La surveillance par autotest n'est pas justifiée chez les personnes complètement vaccinées.
  • Ces règles ne s'appliquent pas aux personnes immunodéprimées, même vaccinées, qui doivent suivre les préconisations applicables aux personnes non vaccinées (isolement et "contact tracing").
  • Le seuil de couverture vaccinale permettant d'envisager un allègement des mesures de protection ne peut pas être déterminé. Toutefois, compte tenu de l'évolution de l'épidémie, le HCSP considère que le port du masque peut être abandonné en extérieur. Ce port doit rester la règle en cas de regroupements (files d'attente, marchés, tribunes, …) et, aux conditions précédemment définies, dans les établissements recevant du public et en milieu professionnel.
  • Dans un cadre privé, familial ou amical, les personnes peuvent ne pas porter de masque si elles ont toutes été complètement vaccinées et si elles respectent les autres mesures barrières (hygiène des mains, distance interindividuelle, aération et limitation à 6 du nombre de personnes). Le masque doit être conservé si une personne est immunodéprimée, incomplètement vaccinée ou à risque de forme grave.
  • Pour les grands rassemblements (plus de 1 000 personnes), le port du masque ne peut être levé qu'en extérieur et pour les personnes respectant les conditions du "pass sanitaire". Il doit être maintenu en intérieur, ou en extérieur si les contacts sont proches et prolongés (file d'attente, fosse de concert…).
  • Enfin, le HCSP recommande de ne pas hospitaliser en chambre double une personne en phase aigüe de covid 19 et une autre non infectée par le SARS-CoV-2, quel que soit le statut vaccinal des deux patients.

Référence

  1. Recommandations du HCSP, 15 juin 2021. Covid-19 : contact tracing et mesures barrières pour les personnes complètement vaccinées.