Le rapport annuel de l’OMS sur le paludisme souligne la menace croissante que fait peser le changement climatique Médecine des voyages

Publié le 1 déc. 2023 à 11h53

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Médecin biologiste.

Malgré les avancées réalisées pour élargir l’accès aux moustiquaires imprégnées d’insecticide et aux médicaments destinés à prévenir le paludisme chez les jeunes enfants et les femmes enceintes, le nombre de cas de paludisme augmente.

En 2022, il y a eu 249 millions de cas de paludisme dans le monde, soit 16 millions de plus que les 233 millions enregistrés avant la pandémie, en 2019. Outre les perturbations causées par la COVID-19, la riposte mondiale au paludisme s’est heurtée à à la résistance aux médicaments et aux insecticides, aux crises humanitaires, au manque de moyens, aux répercussions du changement climatique et aux retards pris dans la mise en œuvre des programmes, en particulier dans les pays où la charge de morbidité est élevée.

Le changement climatique fait peser un risque majeur sur les progrès de la lutte contre le paludisme

Le Rapport sur le paludisme dans le monde 2023 se penche sur le lien qui existe entre le changement climatique et le paludisme.

L’évolution des températures, de l’humidité et des précipitations peuvent avoir une influence sur le comportement et la survie du moustique anophèle vecteur du paludisme. Les phénomènes météorologiques extrêmes, à l’image des vagues de chaleur et des inondations, peuvent aussi avoir une incidence directe sur la transmission et la charge de morbidité. Les inondations catastrophiques qu’a connues le Pakistan en 2022, par exemple, ont multiplié par cinq le nombre de cas de paludisme dans le pays.

On s’attend à ce que la variabilité du climat ait des effets indirects sur les tendances du paludisme, par exemple en restreignant l’accès aux services essentiels de lutte contre la maladie et en perturbant la chaîne d’approvisionnement en moustiquaires imprégnées d’insecticide, en médicaments et en vaccins. Les déplacements de populations imputables à des facteurs induits par le changement climatique risquent, eux aussi, d’entraîner une progression du paludisme, puisque des personnes dépourvues d’immunité migrent vers les zones d’endémie.

Les données relatives aux répercussions à long terme du changement climatique sur la transmission du paludisme sont rares. Cependant, la direction que prennent ces répercussions et leur ampleur sont susceptibles de varier en fonction des systèmes sociaux et écologiques, tant à l’intérieur d’un même pays qu’entre eux.

Tendances de la charge mondiale et de la riposte au paludisme

La pandémie de Covid-19 a bouleversé les services de lutte contre le paludisme, ce qui a provoqué une hausse des taux d’incidence et de mortalité et a enlisé encore plus la lutte contre la maladie, dont les progrès étaient déjà au point mort.

À l’échelle mondiale, on a relevé cinq millions de cas de paludisme de plus en 2022 que l’année précédente, une augmentation qui touche principalement cinq pays. C’est au Pakistan qu’elle a été la plus prononcée, le pays ayant enregistré environ 2,6 millions de cas en 2022 contre 500 000 en 2021. Des hausses importantes ont également été observées en Éthiopie, au Nigeria, en Papouasie-Nouvelle-Guinée et en Ouganda.

Dans le même temps, dans les 11 pays les plus touchés par le paludisme (Burkina Faso, Cameroun, , Ghana, Inde, Mali, Mozambique, Niger, Nigeria, Ouganda, République Démocratique du Congo, République de Tanzanie), les taux de nouvelles infections et de décès se sont stabilisés après avoir grimpé durant la première année de la pandémie. Ces pays ont enregistré 167 millions de cas de paludisme et 426 000 décès en 2022 selon les estimations. Au regard des tendances actuelles, les progrès vers les étapes cruciales de la stratégie mondiale antipaludique de l’OMS pour 2025 sont très loin d’être en bonne voie.  

Des motifs d’optimisme

Le rapport fait aussi état du déploiement progressif du premier vaccin antipaludique recommandé par l’OMS, le RTS,S/AS01, dans trois pays africains. Ce vaccin a permis un net recul du paludisme sévère et une baisse de 13 % des décès durant la petite enfance toutes causes confondues.

En octobre 2023, l’OMS a recommandé un deuxième vaccin antipaludique sans danger et efficace, le R21/Matrix-M. La disponibilité de deux vaccins contre le paludisme devrait renforcer l’approvisionnement et permettre un déploiement à grande échelle dans toute l’Afrique.

Des progrès sont également à signaler sur la voie de l’élimination du paludisme dans de nombreux pays où la charge de morbidité est faible. En 2022, 34 pays ont signalé moins de 1000 cas, alors qu’ils n’étaient que 13 en 2000. Rien que cette année, trois autres pays ont été certifiés exempts de paludisme par l’OMS – l’Azerbaïdjan, le Belize et le Tadjikistan – et plusieurs autres sont bien partis pour éliminer la maladie au cours de l’année à venir.

Ce qu’il faut faire maintenant

Un basculement doit s’opérer dans la lutte contre le paludisme en y consacrant davantage de ressources, un engagement politique renforcé, des stratégies fondées sur des données et des outils innovants. L’innovation devrait tendre à mettre au point des produits plus efficients, plus efficaces et plus abordables.

La menace supplémentaire liée au climat exige de la riposte au paludisme qu’elle soit durable et résiliente et qu’elle aille dans le sens des efforts déployés pour réduire les effets du changement climatique. Il est essentiel de mobiliser l’ensemble de la société pour construire des approches intégrées.

Source : Organisation mondiale de la santé