Forte suspicion "d'épidémie" de syndrome de Guillain Barré au Guatemala Médecine des voyages

Publié le 1 fév. 2024 à 15h37

Biographie

Médecin biologiste.

Au Guatemala, alors que deux décès sont associés au syndrome de Guillain Barré, les autorités ont décidé d'activer une alerte rouge dans le département de Suchitepéquez et une alerte jaune dans les départements voisins tels que Quetzaltenango, Retalhuleu et la côte méridionale, y compris peut-être le département d'Escuintla, en raison de des deux décès. Les deux décès concernent : 

  • une personne de 20 ans, originaire de Cuyotenango, Suchitepéquez, qui avait d'abord consulté dans une pharmacie pendant plusieurs semaines avant d'être orientée vers l'hôpital régional de l'Ouest
    où il est décédé le 29 janvier, 
  • une personne de 43 ans qui a été envoyé par l'hôpital de Mazatenango où elle est décédée de complications, notamment des problèmes gastro-intestinaux et une pneumonie nosocomiale.

A ce jour, 39 cas ont été rapportés, dont 83% des patients sont âgés de 30 à 64 ans et 76% sont des hommes.

L’origine de ces cas fait l'objet d'une enquête. Cette maladie neurologique aiguë n'est pas contagieuse et est considérée comme une complication de maladies antérieures, telles que les maladies gastro-intestinales ou respiratoires, qui surviennent quelques semaines avant l'apparition des symptômes.

En ce qui concerne la capacité de réponse, l'hôpital régional de l'Ouest est en train d'adapter ses installations pour prendre en charge de manière adéquate les patients atteints du syndrome de Guillain Barré, y compris la disponibilité de ventilateurs mécaniques et d'une surveillance intensive. L'hôpital a par ailleurs souligné qu'il disposait d'un stock d'immunoglobulines.

Il a été recommandé à la population de suivre des mesures préventives telles que le lavage des mains, l'éloignement social et la consultation médicale immédiate en cas de symptômes de faiblesse musculaire.

Rappeloins qu'en juillet 2024,  une augmenatation des cas de syndrome de Guillain-Barré avait été relevée au Pérou, Pérou,le rôle de Campylobacter jejuni ayant été évoqué (voir la nouvelle du 26 juillet 2023).

Rappels sur le syndrome de Guillain Barré

Le Syndrome de Guillain Barré, également appelé polyradiculonévrite démyélinisante inflammatoire aiguë (PDIA), est une maladie neurologique auto-immune. Il s’agit de la neuropathie aiguë paralysante la plus fréquente (taux d’incidence de 1,1 / 100 000). Le SGB peut survenir à tout âge, avec deux pics d’incidence concernant d’une part les enfants et les jeunes adultes et d’autre part les sujets de plus de 55 ans.

Le SGB est souvent précédé d’une infection ou d’un autre stimulus du système immunitaire. Il s’agit le plus souvent d’infections virales des voies aériennes supérieures ou du système digestif ou d’agents infectieux plus spécifiques comme la grippe, Campylobacter jejuni, Haemophilus influenzae, Mycoplasma, les virus cytomégalovirus, Epstein-Barr et varicelle-zona, la dengue, l’encéphalite japonaise, le chikungunya, le virus West-Nile, l’hépatite E ou, plus récemment, le virus Zika et la Covid-19. Néanmoins, l'absence d'infection précédant le SGB n'exclut pas ce diagnostic, car les infections putatives ou d'autres stimuli immunologiques peuvent être infracliniques.

Le diagnostic de SGB doit être suspecté chez les patients qui présentent une faiblesse bilatérale d’évolution rapide des membres inférieurs et/ou des membres supérieurs en l'absence de signes d'atteinte du système nerveux central et d'autres causes évidentes de paralysie. Il s’agit d’une urgence diagnostique et thérapeutique pouvant engager le pronostic vital. L’évolution de la maladie est caractérisée en 3 phases : une phase d’extension des paralysies durant au maximum 1 mois, une phase de plateau de quelques jours à quelques mois, une phase de récupération plus lente sur plusieurs mois. Malgré le taux de mortalité autour de 5% et le risque de séquelles à long terme de 15-20%, le pronostic est globalement bon pour la plupart des patients atteints de SGB.

Le traitement comprend des mesures symptomatiques destinées à lutter contre les conséquences de la paralysie musculaire et nécessitant la proximité d’un service de réanimation (nursing, kinésithérapie, prévention des complications thromboemboliques, nutrition entérale si besoin, etc…), et des mesures spécifiques destinées à lutter contre le processus de démyélinisation et donc à limiter l’importance des paralysies. Ces mesures sont soit les échanges plasmatiques soit des immunoglobulines par voie intraveineuse (IgIV). Elles doivent être utilisées le plus tôt possible, durant la phase d’extension des paralysies.

Source : FluTrackers