Feu vert pour la commercialisation en Europe du premier vaccin contre les infections à méningocoque B Bexsero®

Publié le 16 nov. 2012 à 23h32

Biographie

- Professeur agrégé du Val-de-Grâce, professeur invité à l'Université de Bordeaux.

Liens d'intérêt

- Aucune perception de rémunération ou de tout autre avantage de l'industrie pharmaceutique.
- Aucun investissement financier dans une firme pharmaceutique.
- Aucune participation à des études cliniques de vaccins.
- Aucune rémunération ou avantages reçus de l'industrie pharmaceutique.
- Déclaration mise à jour le 25 novembre 2021.

Le Comité des médicaments à usage humain (Committee for Medicinal Products for Human Use, CHMP) de l'Agence européenne des médicaments (European Medicines Agency, EMA) vient de se prononcer pour l'autorisation de mise sur le marché d'un nouveau vaccin, le Bexsero®. Il s'agit du premier vaccin à conférer une large protection contre les infections invasives (méningite et septicémie) à méningocoque B.

Le méningocoque B : un défi pour la santé publique

Les méningocoques sont des bactéries entourées d'une capsule composée de sucres (polyoside) qui leur permet de résister aux mécanismes de défense de l'être humain. Selon la composition de cette capsule, on distingue 13 sortes de méningocoques, appelés sérogroupes, qui sont désignés par des lettres de l'alphabet, parfois accompagnées de chiffres. Plus de 90 % des infections méningococciques sont dues à cinq d'entre eux : A, B, C, W135 et Y.

Chaque année, environ 1,2 million de cas d'infections graves à méningocoque surviennent dans le monde, dont 7 000 en Europe. Le méningocoque B est le plus répandu dans les pays de l'Union européenne : entre 3 500 et 5 000 cas d'infections ont été causées par ce sérogroupe entre 2003 et 2007. Il s'agit d'une maladie grave qui frappe surtout les nourrissons et les jeunes enfants, mais aussi les enfants plus âgés, les adolescents et les jeunes adultes. Malgré l'existence d'un traitement antibiotique efficace, 8 % en moyenne des Européens atteints par la maladie en décèdent, tandis que 11 à 19 % des survivants présentent des séquelles neuro-psychiatriques ou sensorielles (perte de l'audition). Certains pays d'Europe font actuellement face à des taux d'incidence élevés de la maladie (Belgique, Irlande, Espagne et Royaume-Uni).

Les vaccins contre les méningocoques

Il existe actuellement en Europe des vaccins commecialisés contre les méningocoques monovalents (C), bivalents (A + C) et quadrivalents (A + C + Y + W135). Ces vaccins sont composés de polyosides dont l'efficacité est insatisfaisante sur le plan immunologique. Les vaccins les plus récents, conjugués à une protéine, sont plus efficaces. Pendant longtemps il n'a pas été possible de réaliser un vaccin contre le méningocoque B. Cette difficulté était liée aux caractéristiques de la composition de la capsule du sérogroupe B, qui présente des antigènes communs avec des constituants du cerveau humain. Son utilisation comme antigène vaccinal serait donc inefficace voire dangereuse, car susceptible de provoquer une maladie auto-immune. Les chercheurs se sont orientés vers des vaccins utilisant certaines protéines du méningocoque B comme cible antigénique ; leur développement s'est heurté à la variabilité de ces protéines, limitant l'efficacité de chaque vaccin à une souche particulière. C'est le cas du vaccin MenBvac®, actuellement utilisé en Seine Maritime, où sévit depuis plusieurs années une augmentation de la fréquence des infections invasives à méningocoque B due à une souche spécifique identifiée par la formule antigénique “B14 :P1.7,16”.

Le nouveau vaccin contre le méningocoque B Bexsero®

L'approche consistant à identifier des protéines du méningocoque B comme antigènes vaccinaux a été revue en utilisant la technique de génétique inverse. Celle-ci consiste à identifier par l'analyse du génome des gènes susceptibles de coder des antigènes protéiques conservés dans une majorité de souches de méningocoque B. Le vaccin Bexsero® a été développé par le laboratoire Novartis en utilisant cette approche innovante ; il contient une combinaison de plusieurs protéines immunogènes (NHBA, NadA, fHbp et PorA P1.4) qui confère une protection contre un large éventail de souches de méningocoque B.

Bien entendu, il n'existe pour l'instant aucune recommandation concernant ce nouveau vaccin en France. La Commission européenne donne généralement son approbation définitive dans les 3 mois suivant une opinion positive. Puis chaque pays proposera ou non des recommandations en fonction de l'épidémiologie des infections à méningocoque B.

Source : Agence européenne des médicaments (EMA).