Méningocoque B

Dernière mise à jour : 30 juin 2021 22:49:02


La maladie

Le méningocoque est une bactérie présente dans la gorge de certaines personnes appelées "porteurs du méningocoque". Le méningocoque se transmet directement par voie aérienne par l'intermédiaire de gouttelettes de salive, d'un porteur à une autre personne. Dans les jours qui suivent son installation dans la gorge, le méningocoque peut traverser la muqueuse et atteindre la circulation sanguine, pouvant alors entraîner une méningite ou une septicémie dont l'évolution peut conduire au décès du malade. Le purpura fulminans est une complication redoutable de l'infection par le méningocoque,  qui se traduit par des plaques hémorragiques cutanées et un choc septique foudroyant mortel une fois sur trois.

Il existe plusieurs sérogroupes, parmi lesquels les six suivants ont une importance particulière : A, B, C, W, X et Y.  Les sérogroupes en cause peuvent être très différents d'une région du monde à l'autre.

Les recommandations vaccinales

La mise au point de vaccins contre les méningocoques du sérogroupe B fut difficile en raison de la nature des antigènes capsulaires B : en effet, ceux-ci sont peu immunogènes et présentent des communautés antigéniques avec des composants du cerveau humain, ce qui a fait rejeter leur emploi. C'est pourquoi les chercheurs ont identifié des protéines de la bactérie capables de susciter une réponse immunitaires protectrice. 

Les premiers vaccins méningococciques B protéiques ont été utilisés dans certains pays ou régions faisant face à une épidémie de méningite B. C'est notamment le cas du MenBVac, utilisé en France lors d'une épidémie de méningite B en Normandie. Puis un vaccin contenant plusieurs antigènes protéiques, le vaccin Bexsero, a été commercialisé en Europe. Enfin, un dernier vaccin anti-méningocoque B a été approuvé d'abord aux Etats-Unis puis en Europe en 2017, le vaccin Trumenba. Ce dernier n'est pas encore disponible en France. Deux avis de la Haute Autorité de santé du 3 juin 2021 ont précisé la place de ces vaccins dans la stratégie vaccinale (voir ci-dessous)

Les recommandations générales

Après une consultation publique, la Haute Autorité de santé (HAS) a publié la version définitive de sa recommandation vaccinale sur la place du vaccin Bexsero pour la prévention des infections invasives à méningocoques B.

La HAS recommande de vacciner tous les nourrissons (jusqu'à 23 mois). Cette recommandation n'est toutefois pas encore intégrée dans le calendrier vaccinal général de l'enfant publié par le ministère de la santé et n'est donc pas encore applicable. Pour l'instant, le vaccin peut être utilisé en accord avec son dossier d'autorisation de mise sur le marché, mais il ne sera pas remboursé en dehors des recommandations spécifiques (voir ci-dessous).

Les recommandations particulières

Deux avis du 2 juin 2021 définissent respectivement la place du Bexsero et la place du Trumenba dans la stratégie de vaccination contre les infections invasives à méningocoque B. Nous avons mis en gras les nouveautés par rapport aux recommandations précédentes de 2013.

1. Personnes à risque élevé de contracter une infection invasive

  • les personnels des laboratoires de recherche travaillant spécifiquement sur le méningocoque ;
  • les personnes porteuses d’un déficit en fraction terminale du complément ou qui reçoivent un traitement anti-C5 notamment les personnes qui reçoivent un traitement par eculizumab (SOLIRIS®) ou ravulizumab (ULTOMIRIS®). Les personnes vaccinées dans le cadre d’une affection médiée par le complément doivent faire l’objet d’une surveillance post vaccinale du fait de la survenue possible d’une hémolyse ;
  • les personnes porteuses d’un déficit en properdine ;
  • les personnes ayant une asplénie anatomique ou fonctionnelle ;
  • les personnes ayant reçu une greffe de cellules souches hématopoïétiques ;
  • l’entourage familial des personnes à risque élevé d'infection invasive à méningocoque ;
  • les enfants de plus de 2 ans, les adolescents et les adultes présentant un risque continu d’exposition à une infection méningococcique recevront une injection de rappel tous les 5 ans.

Chez ces personnes à risque élevé d'infection invasive à méningocoque pour lesquelles une protection durable est nécessaire vis-à-vis contre tous les sérogroupes en cause :

  • la nécessité de rappels itératifs avec un vaccin antiméningoccique B et le délai entre ces éventuels rappels ne sont pas définis ; 
  • la vaccination méningococcique tétravalente conjuguée ACYW reste recommandée en l’absence de données de protection des vaccins antiméningococciques B contre les sérogroupes non B.  

2. Pour des populations ciblées dans le cadre de situations spécifiques

2.1. La vaccination est recommandée dans les deux situations suivantes

1) Grappes de cas définies par la survenue d’au moins 2 cas d'infection invasive à méninogocoque B

  • dans une même collectivité ou un même groupe social; 
  • dans un délai ≤ à 4 semaines ;
  • et survenus et rattachables à des souches identiques couvertes par le vaccin anti-méningococcique B ou ne pouvant être différenciées.

2) Situations épidémiques

  • définies par les critères d’alerte épidémique ;
  • et liées à une souche couverte par le vaccin anti-méningococcique B.

2.2. Deux autres situations doivent faire l’objet d’un avis d’un groupe multidisciplinaire d’experts du niveau national ou régional quant à la pertinence et aux modalités éventuelles d’une action locale de vaccination anti-méningococcique B

1) Grappes de cas définies par la survenue d’au moins 2 cas d'infection invasive à méningocoque B

  • dans une même collectivité ou un même groupe social ; 
  • dans un intervalle de temps > à 4 semaines et ≤ à 3 mois ;
  • survenus et rattachables à des souches identiques couvertes par le vaccin anti-méningococcique B ou ne pouvant être différenciées. 

2) Situations d’hyperendémie, correspondant à l’installation progressive et potentiellement durable d’un clone dans une zone géographique, le plus souvent infra-départementale : des critères d’alerte ont été proposés par Santé publique France et devront faire l’objet d’une validation par la Direction générale de la santé, puis d’une intégration dans une version actualisée de l’instruction de la Direction générale de la santé.

La version actualisée de l’instruction de la DGS devra également préciser la composition et les modalités de fonctionnement de l’expertise multidisciplinaire à mobiliser.

La vaccination pourrait être également proposée dans d’autres situations inhabituelles (par exemple de par la gravité des cas) ne rentrant pas dans les critères ci-dessus, et après analyse par le groupe multidisciplinaire d’experts du niveau national et régional.

La vaccination par un vaccin anti-méningococcique B pour les sujets contacts autour des cas sporadiques d'infection invasive à méninogocoque B n’est pas recommandée en sus de la chimioprophylaxie antibiotique, qui représente le moyen le plus efficace de prévention des cas secondaires. En revanche, cette mesure pourrait être justifiée et recommandée dans les zones où la vaccination par un vaccin anti-méningococcique B serait éventuellement recommandée (épidémie et hyperendémie).

Une instruction du 27 juillet 2018 explique les modalités de la prophylaxie des infections invasives à méningocoque.

Les recommandations professionnelles

  • Les personnels des laboratoires de recherche travaillant spécifiquement sur le méningocoque. 

Les recommandations pour les voyageurs

Le vaccin Bexsero pourrait susciter une réponse immunitaire contre le sérogroupe X, contre lequel il n'y a pas de vaccin spécifique aujourd'hui. Les données à ce sujet sont encore insuffisantes.

Il n'existe pas de recommandation vaccinale contre les infections invasives à méningocoque B pour les voyageurs à ce jour. 

Le schéma vaccinal

La posologie comprend la primovaccination et le rappel.

1. Vaccin Bexsero

1.1 Nourrissons de 2 à 5 mois 1

Primovaccination

  • 3 doses de 0,5 mL chacune à un mois d'intervalle minimum ;
  • ou 2 doses de 0,5 mL chacune à 2 mois d'intervalle minimum.

Rappel

  • Oui, une dose entre l’âge de 12 et 15 mois avec un intervalle d’au moins 6 mois entre la primovaccination et la dose de rappel 2, 3.

1.2. Nourrissons de 6 à 11 mois

Primovaccination 

  • 2 doses de 0,5 mL chacune avec un intervalle de deux mois minimum.

Rappel

  • Oui, une dose au cours de la deuxième année avec un intervalle d'au moins deux mois entre la primovaccination et la dose de rappel 3.

1.3. Enfants de 12 à 23 mois

Primovaccination.

  • 2 doses de 0,5 mL chacune avec un intervalle de deux mois minimum.

Rappel

  • Oui, une dose avec un intervalle de 12 à 23 mois entre la primovaccination et la dose de rappel 3.

1.4. Enfants de 2 à 10 ans

Primovaccination

  • 2 doses de 0,5 mL chacune à un mois d'intervalle minimum.

Rappel

  • Selon les recommandations officielles, une dose de rappel peut être envisagée chez les sujets présentant un risque continu d'exposition à infection méningococcique 4.

1.5. Adolescents (à partir de 11 ans) et adultes *

Primovaccination

  • 2 doses de 0,5 mL chacune à un mois d'intervalle minimum.

Rappel

  • Selon les recommandations officielles, une dose de rappel peut être envisagée chez les sujets présentant un risque continu d'exposition à infection méningococcique 4.

1 : la première dose ne doit pas être administrée avant l’âge de 2 mois. La sécurité et l’efficacité de Bexsero chez les nourrissons de moins de 8 semaines n’ont pas encore été établies. Aucune donnée n’est disponible ;
2 : en cas de retard, la dose de rappel ne doit pas être administrée au-delà de 24 mois ;
3 : voir rubrique "Pharmacodynamie". La nécessité et le moment d’administration d’une dose de rappel n’ont pas encore été déterminés ;
4 : voir rubrique "Pharmacodynamie" ;
* : il n'existe aucune donnée chez les adultes de plus de 50 ans.

2. Vaccin Trumenba

2.1. Schémas de primovaccination

  • 2 doses (de 0,5 mL chacune) administrées à 6 mois d’intervalle (voir rubrique "Pharmacodynamie).
  • 3 doses : 2 doses (de 0,5 mL chacune) administrées à au moins 1 mois d’intervalle, suivies d’une troisième dose administrée au moins 4 mois après la deuxième dose.

2.2. Dose de rappel

Une dose de rappel devrait être envisagée à la suite de chacun des deux schémas posologiques chez les sujets présentant un risque continu d'infection invasive à méningocoque.

2.3. Autre population pédiatrique

La sécurité et l’efficacité de Trumenba n’ont pas été établies chez les enfants âgés de moins de 10 ans.

Les données épidémiologiques

En 2019, 459 cas d'infection invasive à méningocoque ont été déclarés en France, dont 449 avec un sérogroupe caractérisé :

  • 240 (53 %) cas de sérogroupe B, 
  • 93 (21 %) cas de sérogroupe W, 
  • 54 (12 %) cas de sérogroupe C, 
  • 54 (12 %) cas de sérogroupe Y, et 
  • 8 (2 %) cas dus à un autre sérogroupe.  

Avec 55 décès, la létalité était de 12 %, comparable aux années précédentes.

L’incidence se situe dans les fluctuations observées les années précédentes. Toutefois les tendances sont différentes selon le sérogroupe.

Depuis 5 ans environ, on ne note pas d’évolution des déclarations des infections invasives à méningocoque B.

L'incidence de la maladie pour 100 000 habitants depuis 2014 est plus faible que l'incidence observée entre les années 2003 et 2011. 

L'incidence moyenne pour l'ensemble de la population en 2019 était de 0,36 pour 100 000 habitants, alors qu’au cours de la période 2003 à 2011, elle était d'environ 0,60 pour 100 000. La raison de cette baisse n'est pas claire. Le sérogroupe B est resté toutefois majoritaire globalement et a continué à affecter plus particulièrement les jeunes enfants (88 cas en 2019 chez des enfants âgés de moins de 5 ans). Seize décès liés aux infections invasives à méningocoque B ont été déclarés, dont 3 chez des enfants de moins de 5 ans.

Par ailleurs, un foyer d’hyperendémie d'infection invasive à méninogocoque B a été identifié en Vendée en 2019, avec à la fois un phénomène de transmission clonale de souches du ST-7460 (génotype particulier du méningocoque B) et d’autres cas non reliés à ce foyer. Les données génomiques montrent toute l’importance de la caractérisation des souches par le Centre national de référence CNR pour mieux comprendre les transmissions.

De plus, l’analyse de la couverture des souches par le vaccin BEXSERO a été importante dans l’évaluation : du fait d’une couverture incomplète des souches, il a été décidé de ne pas conduire de vaccination élargie en Vendée. 

Aucun nouveau cas d'infection grave à méningocoque B n’a été rapporté dans ce département en 2020, mais il n’est pas possible de savoir si cela est lié à l’évolution naturelle du phénomène d’hyperendémie ou à l’effet du confinement instauré en France à partir du mois de mars 2020, qui a entrainé une diminution de la transmission d’autres pathogènes respiratoires.

Le nombre de cas d'infection invasive à méningocoque C a chuté en 2019, dans toutes les tranches d’âge, avec une baisse surtout remarquable chez les nourrissons et les jeunes enfants, témoignant de l’impact direct de l’obligation vaccinale mise en œuvre en 2018. On note également une diminution de la mortalité liée aux infections à méningocoque C (7 décès rapportés en 2019 contre 21 en 2017 et 11 en 2018).

L’année 2019 est également marquée par une reprise de l’augmentation des cas dus au méningocoque de sérogroupe W, qui devient donc le deuxième sérogroupe le plus fréquent en France. L’augmentation observée depuis 2015 est particulièrement notable chez les jeunes enfants (y compris les nourrissons âgés de moins d’un an), les jeunes adultes et les personnes âgées de 65 ans et plus. La létalité (proportion de décès parmi les cas) associée au méningocoque W restait élevée en 2019 (25 décès, soit 27 %) et bien supérieure à celle observée pour les autres sérogroupes.

Concernant les infections invasives à méningocoque Y, l’incidence était comparable aux années précédentes, avec une prédominance des cas rapportés chez les personnes âgées.

Enfin, 7 cas d'infection grave à méningocoque X ont été rapportés en 2019 (contre 0 à 3 cas les années précédentes). Ce sérogroupe est assez rare en France mais est plus fréquent dans les pays d’Afrique subsaharienne.

La diminution des infections graves à méningocoque en 2020 est probablement liée à l’ensemble des mesures de lutte contre l’épidémie de covid 19, ces mesures ayant un effet sur la transmission des autres pathogènes respiratoires. Cette évolution est donc conjoncturelle et entraine des incertitudes sur la situation épidémiologique future.

Au total, parmi les infections invasives à méningocoques, les infections invasives à méningocoque B sont majoritaires ; leur létalité est la plus faible. Elles affectent plus particulièrement les nourrissons et les enfants. Toutefois, le taux de déclaration des infections graves à méningocoque B est à son niveau le plus faible et relativement stable depuis 5 ans environ, après une période de décroissance, en particulier chez les enfants de moins d’un an.

L'incidence moyenne pour l'ensemble de la population en 2019 était de 0,36 pour 100 000 habitants, alors qu’elle était d'environ 0,60 pour 100 000 au cours de la période 2003 à 2011. La raison de cette baisse n'est pas claire.

Les cas sont répartis sur l’ensemble du territoire français avec des variations d’incidence selon les départements. Dans certains départements, des foyers d’hyperendémie peuvent survenir.

Les références

Vaccins contre cette maladie