Méningocoque B

Dernière mise à jour : 14 février 2021 19:20:41


La maladie

Le méningocoque est une bactérie présente dans la gorge de certaines personnes appelées "porteurs du méningocoque". Le méningocoque se transmet directement par voie aérienne par l'intermédiaire de gouttelettes de salive, d'un porteur à une autre personne. Dans les jours qui suivent son installation dans la gorge, le méningocoque peut traverser la muqueuse et atteindre la circulation sanguine, pouvant alors entraîner une méningite ou une septicémie dont l'évolution peut conduire au décès du malade. Le purpura fulminans est une complication redoutable de l'infection par le méningocoque,  qui se traduit par des plaques hémorragiques cutanées et un choc septique foudroyant mortel une fois sur trois.

Il existe plusieurs sérogroupes, parmi lesquels les six suivants ont une importance particulière : A, B, C, W, X et Y.  Les sérogroupes en cause peuvent être très différents d'une région du monde à l'autre.

Les recommandations vaccinales

La mise au point de vaccins contre les méningocoques du sérogroupe B fut difficile en raison de la nature des antigènes capsulaires B : en effet, ceux-ci sont peu immunogènes et présentent des communautés antigéniques avec des composants du cerveau humain, ce qui a fait rejeter leur emploi. C'est pourquoi les chercheurs ont identifié des protéines de la bactérie capables de susciter une réponse immunitaires protectrice. 

Les premiers vaccins méningococciques B protéiques ont été utilisés dans certains pays ou régions faisant face à une épidémie de méningite B. C'est notamment le cas du MenBVac, utilisé en France lors d'une épidémie de méningite B en Normandie. Puis un vaccin contenant plusieurs antigènes protéiques, le vaccin Bexsero, a été commercialisé en Europe. Enfin, un dernier vaccin anti-méningocoque B a été approuvé d'abord aux Etats-Unis puis en Europe en 2017, le vaccin Trumenba. Ce dernier n'est pas encore disponible en France.

Deux propositions de recommandation vaccinale sur la place des vaccins antiméningoccciques B, soumises à consultation publique jusqu'à fin février 2021, ont été publiées par la Haute Autorité de santé :

L’évolution de la situation épidémiologique depuis les dernières recommandations n’est pas en faveur d’une évolution de ces recommandations.

Les recommandations générales

Aucune pour le méningocoque B.

Les recommandations particulières

Référence : avis du 25/10/2013, publié le 11/12/2013.

1. Personnes à risque élevé de contracter une infection invasive

La vaccination par le vaccin Bexsero est recommandée chez :

  • les personnels des laboratoires de recherche travaillant spécifiquement sur le méningocoque ; 
  • les personnes porteuses d’un déficit en fraction terminale du complément ou qui reçoivent un traitement anti-C5A, notamment les personnes qui reçoivent un traitement par eculizumab (Soliris) ; 
  • les personnes porteuses d’un déficit en properdine ; 
  • les personnes ayant une asplénie anatomique ou fonctionnelle ; 
  • les personnes ayant reçu une greffe de cellules souches hématopoïétiques. 

Chez ces personnes à risque élevé d'infection invasive à méningocoque pour lesquelles une protection durable est nécessaire vis-à-vis contre tous les sérogroupes en cause :

  • la nécessité de rappels itératifs avec le vaccin Bexsero et le délai entre ces éventuels rappels ne sont pas définis ; 
  • la vaccination méningococcique tétravalente conjuguée ACYW reste recommandée en l’absence de données de protection du vaccin Bexsero vis-à-vis des sérogroupes non B.  

2. Pour des populations ciblées dans le cadre de situations spécifiques

Les données actuelles disponibles d’immunogénicité et de tolérance du vaccin Bexsero justifient son utilisation à titre temporaire et sur des populations ciblées dans le cadre de situations spécifiques.

2.1. La vaccination est recommandée dans les deux situations suivantes

1) Grappes de cas définies par la survenue d’au moins 2 cas d'infection invasive à méninogocoque B

  • dans une même collectivité ou un même groupe social; 
  • dans un délai ≤ à 4 semaines ;
  • et survenus et rattachables à des souches identiques couvertes par le vaccin Bexsero ou ne pouvant être différenciées.

2) Situations épidémiques

  • définies par les critères d’alerte épidémique ;
  • et liées à une souche couverte par le vaccin Bexsero.

2.2. Deux autres situations doivent faire l’objet d’un avis d’un groupe multidisciplinaire d’experts du niveau national ou régional quant à la pertinence et aux modalités éventuelles d’une action locale de vaccination par le vaccin Bexsero

1) Grappes de cas définies par la survenue d’au moins 2 cas d'infection invasive à méninogocoque B

  • dans une même collectivité ou un même groupe social ; 
  • dans un intervalle de temps > à 4 semaines et ≤ à 3 mois ;
  • survenus et rattachables à des souches identiques couvertes par le vaccin Bexsero ou ne pouvant être différenciées. 

2) Situations d’hyperendémie, correspondant à l’installation progressive et potentiellement durable d’un clone dans une zone géographique, le plus souvent infra-départementale : des critères d’alerte ont été proposés par Santé publique France et devront faire l’objet d’une validation par la Direction générale de la santé, puis d’une intégration dans une version actualisée de l’instruction de la Direction générale de la santé.

La version actualisée de l’instruction de la DGS devra également préciser la composition et les modalités de fonctionnement de l’expertise multidisciplinaire à mobiliser.

La vaccination pourrait être également proposée dans d’autres situations inhabituelles (par exemple de par la gravité des cas) ne rentrant pas dans les critères ci-dessus, et après analyse par le groupe multidisciplinaire d’experts du niveau national et régional.

La vaccination par le vaccin Bexsero pour les sujets contacts autour des cas sporadiques d'infection invasive à méninogocoque B n’est pas recommandée en sus de la chimioprophylaxie antibiotique, qui représente le moyen le plus efficace de prévention des cas secondaires. En revanche, cette mesure pourrait être justifiée et recommandée dans les zones où la vaccination par le vaccin Bexsero serait éventuellement recommandée (épidémie et hyperendémie).

Une instruction du 27 juillet 2018 relative à la prophylaxie des infections invasives à méningocoque.

Les recommandations professionnelles

  • Les personnels des laboratoires de recherche travaillant spécifiquement sur le méningocoque. 

Les recommandations pour les voyageurs

  • Pas d'indication pour les voyageurs. 

Le schéma vaccinal

Nourrissons âgés de 2 à 5 mois : 3 doses de 0,5 ml avec une 1ère dose administrée à l'âge de 2 mois, en respectant un intervalle d'un mois minimum et une dose de rappel entre 12 et 23 mois.

Nourrissons âgés de 6 à 11 mois : 2 doses de 0,5 ml en respectant un intervalle de 2 mois mois minimum et une dose de rappel au cours de la 2 ème année avec un intervalle d'au moins 2 mois entre la primo-vaccination et la dose de rappel.

Enfants âgés de 12 à 23 mois : 2 doses de 0,5 ml en respectant un intervalle de 2 mois minimum et une dose de rappel  avec un intervalle de 12 mois à 23 mois entre la primo-vaccination et la dose de rappel.

Enfants âgés de 2 à 10 ans : 2 doses de 0,5 ml en respectant un intervalle de 2 mois minimum. La nécessite d'une dose de rappel n'est pas établie.

Personnes à partir de 11 ans : 2 doses de 0,5 ml en respectant un intervalle d' un mois minimum. La nécessite d'une dose de rappel n'est pas établie.

Les données épidémiologiques

En 2019, 459 cas d'infection invasive à méningocoque ont été déclarés en France, dont 449 avec un sérogroupe caractérisé :

  • 240 (53 %) cas de sérogroupe B, 
  • 93 (21 %) cas de sérogroupe W, 
  • 54 (12 %) cas de sérogroupe C, 
  • 54 (12 %) cas de sérogroupe Y, et 
  • 8 (2 %) cas dus à un autre sérogroupe.  

Avec 55 décès, la létalité était de 12 %, comparable aux années précédentes.

L’incidence se situe dans les fluctuations observées les années précédentes. Toutefois les tendances sont différentes selon le sérogroupe.

Depuis 5 ans environ, on ne note pas d’évolution des déclarations des infections invasives à méningocoque B.

L'incidence de la maladie pour 100 000 habitants depuis 2014 est plus faible que l'incidence observée entre les années 2003 et 2011. 

L'incidence moyenne pour l'ensemble de la population en 2019 était de 0,36 pour 100 000 habitants, alors qu’au cours de la période 2003 à 2011, elle était d'environ 0,60 pour 100 000. La raison de cette baisse n'est pas claire. Le sérogroupe B est resté toutefois majoritaire globalement et a continué à affecter plus particulièrement les jeunes enfants (88 cas en 2019 chez des enfants âgés de moins de 5 ans). Seize décès liés aux infections invasives à méningocoque B ont été déclarés, dont 3 chez des enfants de moins de 5 ans.

Par ailleurs, un foyer d’hyperendémie d'infection invasive à méninogocoque B a été identifié en Vendée en 2019, avec à la fois un phénomène de transmission clonale de souches du ST-7460 (génotype particulier du méningocoque B) et d’autres cas non reliés à ce foyer. Les données génomiques montrent toute l’importance de la caractérisation des souches par le Centre national de référence CNR pour mieux comprendre les transmissions.

De plus, l’analyse de la couverture des souches par le vaccin BEXSERO a été importante dans l’évaluation : du fait d’une couverture incomplète des souches, il a été décidé de ne pas conduire de vaccination élargie en Vendée. 

Aucun nouveau cas d'infection grave à méningocoque B n’a été rapporté dans ce département en 2020, mais il n’est pas possible de savoir si cela est lié à l’évolution naturelle du phénomène d’hyperendémie ou à l’effet du confinement instauré en France à partir du mois de mars 2020, qui a entrainé une diminution de la transmission d’autres pathogènes respiratoires.

Le nombre de cas d'infection invasive à méningocoque C a chuté en 2019, dans toutes les tranches d’âge, avec une baisse surtout remarquable chez les nourrissons et les jeunes enfants, témoignant de l’impact direct de l’obligation vaccinale mise en œuvre en 2018. On note également une diminution de la mortalité liée aux infections à méningocoque C (7 décès rapportés en 2019 contre 21 en 2017 et 11 en 2018).

L’année 2019 est également marquée par une reprise de l’augmentation des cas dus au méningocoque de sérogroupe W, qui devient donc le deuxième sérogroupe le plus fréquent en France. L’augmentation observée depuis 2015 est particulièrement notable chez les jeunes enfants (y compris les nourrissons âgés de moins d’un an), les jeunes adultes et les personnes âgées de 65 ans et plus. La létalité (proportion de décès parmi les cas) associée au méningocoque W restait élevée en 2019 (25 décès, soit 27 %) et bien supérieure à celle observée pour les autres sérogroupes.

Concernant les infections invasives à méningocoque Y, l’incidence était comparable aux années précédentes, avec une prédominance des cas rapportés chez les personnes âgées.

Enfin, 7 cas d'infection grave à méningocoque X ont été rapportés en 2019 (contre 0 à 3 cas les années précédentes). Ce sérogroupe est assez rare en France mais est plus fréquent dans les pays d’Afrique subsaharienne.

La diminution des infections graves à méningocoque en 2020 est probablement liée à l’ensemble des mesures de lutte contre l’épidémie de covid 19, ces mesures ayant un effet sur la transmission des autres pathogènes respiratoires. Cette évolution est donc conjoncturelle et entraine des incertitudes sur la situation épidémiologique future.

Au total, parmi les infections invasives à méningocoques, les infections invasives à méningocoque B sont majoritaires ; leur létalité est la plus faible. Elles affectent plus particulièrement les nourrissons et les enfants. Toutefois, le taux de déclaration des infections graves à méningocoque B est à son niveau le plus faible et relativement stable depuis 5 ans environ, après une période de décroissance, en particulier chez les enfants de moins d’un an.

L'incidence moyenne pour l'ensemble de la population en 2019 était de 0,36 pour 100 000 habitants, alors qu’elle était d'environ 0,60 pour 100 000 au cours de la période 2003 à 2011. La raison de cette baisse n'est pas claire.

Les cas sont répartis sur l’ensemble du territoire français avec des variations d’incidence selon les départements. Dans certains départements, des foyers d’hyperendémie peuvent survenir.

Les références

Vaccins contre cette maladie