Tuberculose résistante aux antibiotiques : elle pourrait faire 75 millions de victimes d'ici 2050

Publié le 15 avr. 2015 à 18h46

Biographie

MD, PhD, ancien directeur scientifique de l’Institut de recherche biomédicale des armées (IRBA), Brétigny sur Orge, France.

Habilitation à diriger les recherches.

Enseignant à l’Ecole du Val-de-Grâce, à l’université d’Aix-Marseille, à l’Institut de formation en soins infirmiers Saint Joseph, Marseille.

Expert auprès de Santé publique France, de la Haute autorité de santé (HAS) et du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (European Centre for Disease Prevention and Control (ECDC).

Membre du Comité de protection des personnes (CPP) Sud-Ouest et Outre-mer II.

Liens d'intérêt

Absence de lien avec l’industrie pharmaceutique.

Aucune participation à des études cliniques de médicaments ou vaccins.

Déclaration établie le 2 janvier 2012, mise à jour le 21 septembre 2021.

Des souches de bacille tuberculeux (Mycobacterium tuberculosis, encore appelé bacille de Koch) résistantes aux différents antibiotiques utilisés pour traiter la tuberculose sont apparues ces dernières années. Dans les années 1950, on a tout d'abord observé des résistances isolées à une des molécules dites "de première ligne" (les traitements prescrits en première intention), comme la streptomycine, l'isoniazide ou la rifampicine. Par la suite sont apparues des souches multi-résistantes (MDR), devenues insensibles au moins à l'isoniazide et à la rifampicine, qui ont nécessité des traitements de deuxième ligne, associant de nouveaux aminosides ou des fluoroquinolones. Aujourd'hui, certains malades sont porteurs de souches de bacille dites ultra-résistantes (ou XDR), qui résistent non seulement à l'isoniazide et à la rifampicine, mais aussi aux principaux antibiotiques de deuxième ligne (kanamycine, amikacine, capréomycine et fluoroquinolones). Ces souches sont apparues par mutation successive, certainement chez des sujets infectés ayant reçu des traitements incomplets et inefficaces. Elles sont observées un peu partout dans le monde, mais surtout en Russie et en Europe de l'Est, en Afrique du Sud et en Argentine. Selon l'OMS, sur 9 millions de cas de tuberculose déclarés en 2013, on compterait 480 000 cas de tuberculose MDR et 30 000 de XDR.

Alors que la tendance observée ces dernières années, grâce aux efforts accomplis pour le diagnostic et le traitement, était à la baisse de la prévalence et de la mortalité de la tuberculose (la prévalence a chuté de 41% entre 1990 et 2013 ; le taux de mortalité a reculé de 45 % sur la même période), certains pays connaissent une recrudescence préoccupante, souvent en relation avec des phénomènes de résistance. Un rapport qui vient d'être présenté au parlement anglais estime que l'extension des souches ultra-résistantes sera responsable de la mort de 75 millions de personnes dans le monde et qu'elle coutera plus de 16 000 milliards de dollars à la communauté internationale dans les prochaines 35 années. Alors que la mise au point de nouveaux antibiotiques marque le pas depuis quelques années, l'espoir d'enrayer cette pandémie repose surtout sur la découverte d'un nouveau vaccin, le BCG se révélant peu efficace contre la tuberculose pulmonaire de l'adulte, qui est contagieuse.

Les prévisions sur la tuberculose, dues à un ancien banquier de Goldman Sachs, sont basées sur des hypothèses de progression de la résistance qui ne sont pas encore validées. En l'état, elles sont d'autant plus préoccupantes que la résistance aux antibiotiques ne concerne pas seulement le bacille tuberculeux, mais de nombreuses bactéries qui peuvent être responsables d'infections tout aussi sévères, en premier lieu, mais pas seulement, chez les personnes déjà affaiblies ou malades, comme les porteurs du VIH. La menace que représentent ces résistances est telle qu'elle a conduit Barack Obama à présenter un plan d'action le 27 mars dernier.

Sources : Medscape, OMS, Reuters Health Information (26 mars 2015).