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La tafénoquine, antipaludique utilisable en chimioprophylaxie, non disponible en Europe Médecine des voyages

Publié le 28 août 2018 à 07h52

Biographie

- Médecin responsable du centre de vaccinations internationales et du centre antirabique de Strasbourg.
- Médecin spécialisé en vaccinologie, en médecine des voyages et en léprologie. Formateur en vaccinologie et médecine des voyages pour la SMV.
- Membre de la Société de Médecine des Voyages (2006) et secrétaire général de la SMV (2015).

Liens d'intérêt

- Participation à divers EPU organisés par des associations de Médecins, Pharmaciens et/ou l’industrie pharmaceutique ; rémunération à la prestation. Activité uniquement pédagogique, en toute liberté avec garanties d'indépendance, impartialité et déontologie.
- Aucun investissement financier personnel ou familial dans une firme pharmaceutique.
- Aucune participation à des études cliniques de vaccins.
- Déclaration mise à jour le 14 novembre 2016.

La Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis a approuvé l'utilisation de la tafénoquine pour la chimioprophylaxie du paludisme. 

Cette molécule est commercialisée aux États-Unis sous le nom de spécialité Arakoda® en comprimé à 100 mg, ou Krintafel® réservée pour les patients âgés de 18 ans et plus.

La tafénoquine est une 8 aminoquinoléine découverte à la fin des années 1990 par des scientifiques de l'Institut de recherche de l'armée Walter Reed. Il s'agit d'un dérivé synthétique de la primaquine agissant sur le schizonte hépatique et sur les gamétocytes mais dont la demi-vie est beaucoup plus longue (14 jours au lieu de 6 heures).

Le premier essai clinique a eu lieu au Gabon (Source : Lell B., et al. 2000. Malaria chemoprophylaxis with tafenoquine : a randomised study. Lancet 355 : 2041-2045). 

Des essais plus importants ont ensuite été conduits par les armées intervenant au Timor oriental au début des années 2000.

L'approbation des autorités américaines a été donnée suite à 21 essais cliniques et plus de 3 100 sujets expérimentaux. Cette molécule offre une protection efficace contre les deux principaux types de paludisme dus à Plasmodium vivax et Plasmodium falciparum  en agissant sur  les parasites dans le sang (trophozoïtes, schizontes érythrocytaires, gamétocytes) et dans le foie (schizontes hépatques, hypnozoïtes de Plasmodium vivax et Plasmodium ovale).

En prophylaxie du paludisme, la posologie chez l'adulte est de 200 mg  per os en 1 prise par jour, pendant les 3 jours précédant le départ, puis 1 prise hebdomadaire de 2 comprimés pendant le séjour et une dernière prise de 2 comprimés en une prise dans la semaine qui suit le départ de la zone à risque (7 jours après la précédente prise).

Comme pour toutes les 8 aminoquinoléines, l'inconvénient majeur est le risque d'hémolyse chez les personnes présentant un déficit en Glucose 6 phosphodéshydrogénase. Ce déficit en fait une contre-indication absolue.

Dans l'Union européenne, cette molécule n'est pas encore disponible. 

En France, la seule 8 aminoquinoléine disponible est la Primaquine dont la prescription reste soumise à une Autorisation temporaire d'utilisation  dans  le cadre de la cure radicale d'un accès palustre à Plasmodium ovale ou Plasmodium vivax et pour laquelle l'avis du 5 juillet 2018 précise les modalités d'usage selon l'intensité du déficit en G6PD.

En l'absence de déficit en G6PD, il préconise qu'un traitement par Primaquine soit prescrit d'emblée lors d'un accès de paludisme à Plasmodium ovale ou Plasmodium vivax à la posologie de 0,5 mg/kg/j pendant 14 jours avec une surveillance médicale de l'évolution de l'accès palustre et de la tolérance de la Primaquine.

En cas de déficit en G6PD avec une activité inférieure à 30% chez l'homme et intermédiaire (entre 30 et 80%) chez la femme, il recommande que le traitement soit prescrit à la posologie de 0,75 mg/kg/semaine pendant 8 semaines, uniquement s'il existe une possibilité de suivi rapproché du patient ainsi que de transfusion rapide en cas d'anémie aiguë.

Il rappelle les contre-indications d'un traitement par Primaquine à respecter : déficit en G6PD de variant B connu ou sévère, grossesse, allaitement ou âge inférieur à 6 mois.

Source : Outbreak News Today.


Maladie : Paludisme

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