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Foyer épidémique de monkeypox notifié en République Centrafricaine Médecine des voyages

Publié le 9 oct. 2018 à 07h48

Biographie

Médecin retraité, spécialisé en médecine des voyages. Membre de la Société de médecine des voyages (depuis 2000) Formateur en vaccinologie et médecine des voyages (depuis 2000)

Liens d'intérêt

Absence de lien d’intérêt avec les firmes pharmaceutiques

En République Centrafricaine, le ministère de la Santé et de la Population a notifié un nouveau foyer de monkeypox dans le district sanitaire de Mbaiki, situé dans le sud-ouest du pays, au début du mois.

Le dernier événement a été détecté le 26 septembre 2018 lorsqu'un groupe de trois patients (appartenant à une même famille) du village de Zouméa-Kaka, district sanitaire de Mbaiki, s'est présenté au centre de santé local avec des éruptions cutanées diffuses et de la fièvre. Des échantillons de sang ont été prélevés chez les patients et envoyés à l'Institut Pasteur de Bangui. Les résultats du test ont été positifs pour l'infection par le virus du monkeypox par transcription inverse (RT-PCR).

La semaine dernière, un nouveau cas présumé de monkeypox a été signalé, ce qui porte à quatre le nombre de cas signalés au cours des deux dernières semaines, dont trois confirmés. Aucun décès n'a été signalé parmi les cas au cours de ce dernier événement.

Mbaiki, chef-lieu de la préfecture de Lobaye est situé dans une région forestière dense peuplée de Bayaka. Cette tribu autochtone est nomade et circule librement entre les frontières de la République Démocratique du Congo et de la République du Congo, où des foyers de monkeypox ont été rapportés. Le mode de vie des chasseurs-cueilleurs Bayaka les expose souvent au sang d'animaux sauvages trouvés dans la faune de la jungle.

Il s'agit du quatrième événement de santé publique lié à un monkeypox en République Centrafricaine en 2018, et c'est la deuxième fois cette année que le district de Mbaiki est touché par la maladie.

Depuis la notification du premier événement survenu à Bangassou le 17 mars 2018, 33 cas et un décès ont été signalés au niveau national le 5 octobre 2018. Sur ce nombre, 14 cas ont été confirmés dans trois districts : Bangassou (6 cas), Bambari ( 3 cas) et Mbaiki (5 cas).

À ce jour, aucun lien épidémiologique n’a été établi entre les quatre groupes. Des enquêtes sont en cours pour identifier les principaux facteurs de risque de transmission de la maladie.

Rappels sur le monkeypox

Le monkeypox est une maladie largement auto-limitante, c'est-à-dire une maladie qui se résout elle-même. Des éruptions cutanées vésiculaires généralisées, de la fièvre et un gonflement douloureux des mâchoires sont des symptômes caractéristiques associés à une infection. Bien qu'il n'y ait pas de médicament spécifique pour traiter la maladie, lorsque des soins de soutien intensifs sont fournis, pratiquement tous les patients se rétablissent complètement, comme nous l'avons vu avec la flambée actuelle.

Le virus monkeypox est un membre du genre Orthopoxvirus dans la famille des Poxviridae. Les singes ne sont pas les réservoirs du virus. Les principaux réservoirs suspects sont des rongeurs, comme les écureuils (Funisciurus sp. un rongeur arboricole), et des rongeurs terrestres (genres Cricetomys et Graphiurus).

L'infection résulte d'un contact direct avec le sang, les fluides corporels, ou des éruptions cutanées d'animaux infectés (manipulation de macaques infectés, ou de rongeurs).

La transmission secondaire d'humain à humain, résulte d'un contact étroit avec les excrétions des voies respiratoires infectées, avec les lésions de la peau d'une personne infectée ou avec des objets contaminés récemment.

Après une période d'incubation de 6 à 16 jours, la période de l'invasion (0-5 jours), est caractérisée par de la fièvre, des maux de tête intenses, une lymphadénopathie (gonflement des ganglions lymphatiques), des douleurs musculaires. Puis survient une éruption cutanée sur le visage (dans 95% des cas), sur les paumes des mains et la plante des pieds (75%) et presque simultanément sur le corps. L'éruption se manifeste par des maculopapules (lésions avec un fond plat), puis des vésicules (petites cloques remplies de liquide), et des pustules, suivies par des croûtes. Les symptômes de la variole du singe durent habituellement de 14 à 21 jours.

Le virus est transmis par un animal infecté ou par contacts avec des éruptions cutanées, du sang ou les fluides corporels de l'animal. Le virus peut aussi être transmis personne à personne par contact et le contact respiratoire ou direct avec la literie ou les vêtements contaminés.

Il n'y a pas de traitement spécifique pour monkeypox.

Avis de l'Organisation mondiale de la santé

Depuis un peu plus d'un an se propage sur un grand territoire d'Afrique subsaharienne une maladie peu connue qui n'avait pas resurgi depuis des décennies. Cousine de la variole (la petite vérole, smallpox en anglais, la terrible virose éradiquée depuis 1980) l'orthopoxvirose simienne (monkeypox) inquiète l'Organisation mondiale de la santé qui lui a consacré plusieurs pages de son Relevé épidémiologique hebdomadaire

Depuis 2016, des cas d'orthopoxvirose simienne ont été confirmés au Libéria, au Nigéria, en République Centrafricaine, en République du Congo, en République Démocratique du Congo et en Sierra Leone, ainsi que parmi des chimpanzés en captivité au Cameroun.

Cette zoonose suscite une inquiétude croissante au point de figurer dans la liste des maladies prioritaires 2018 de l'Organisation mondiale de la santé, comme pathologie émergente exigeant une évaluation rapide du potentiel de riposte.  

On sait qu'elle se manifeste surtout dans les forêts tropicales humides d'Afrique de l'Ouest et centrale et que la transmission se fait par les gouttelettes respiratoires ou les lésions qui contiennent le virus. 

On connait sa clinique, proche de la variole, mais on ne lui connait pas de traitement curatif. Si smallpox avait une transmission exclusivement interhumaine, monkeypox a probablement de multiples réservoirs animaux mais ils ne sont tous identifiés.

La maladie peut être confondue avec la varicelle par les professionnels de santé qui la  connaissent très peu ou pas du tout et ne savent pas comment éviter sa propagation. 

Proposition de plan de riposte

Afin de préparer la riposte, outre les progrès sur la connaissance de la maladie, l'Organisation mondiale de la santé préconise :

  • des formations locales ;
  • le renforcement des capacités de détection avec l'appui de centres de référence ;
  • le suivi des cas confirmés. 

Après son éradication en 1980, on a cessé de vacciner contre la variole. Or le vaccin conférait une protection croisée vis à vis du monkeypox. On constate aujourd'hui 10% de létalité parmi les sujets non vaccinés. 

La réutilisation du vaccin antivariolique est donc une des pistes envisagées par l'Organisation mondiale de la santé.

La collaboration transfrontalière et entre les secteurs de la santé humaine et animale sera indispensable et plus globalement, les facteurs évoqués étant également la déforestation et les mouvements de populations, l'approche "un monde, une santé" (One word, one Health) qui reconnait les liens entre santé humaine, santé animale et environnement. 

Source : Outbreak News Today.


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