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Efficacité du vaccin contre la dengue développé par le laboratoire Takeda

Publié le 2 déc. 2019 à 09h50

Biographie

- Professeur agrégé enseignant à l'École du Val-de-Grâce et à l'Université de Bordeaux.

Liens d'intérêt

- Aucune perception de rémunération ou de tout autre avantage de l'industrie pharmaceutique.
- Aucun investissement financier dans une firme pharmaceutique.
- Aucune participation à des études cliniques de vaccins.
- Aucune rémunération ou avantages reçus de l'industrie pharmaceutique.
- Déclaration mise à jour le 18 novembre 2019.

La dengue est une maladie infectieuse virale, transmise par la piqûre de moustique du genre Aedes, qui sévit dans toutes les régions intertropicales du globe. Il existe quatre sérotypes de virus de la dengue (DENV-1, DENV-2, DENV-3 et DENV-4). L'infection par un sérotype donné confère une immunité à long terme contre ce sérotype, mais la personne reste sensible à une infection causée par les autres sérotypes et l'on peut donc contracter 4 fois la dengue au cours de sa vie. C'est au cours de la deuxième infection que la probabilité de développer une forme grave est la plus élevée alors qu'elle diminue par la suite.

Devant l'expansion actuelle de la maladie dans la monde et l'absence d'efficacité à long terme des mesures de protection anti-vectorielle, le développement de vaccins efficaces et sans danger est une priorité. Il se heurte cependant à la complexité des réponses immunologiques face à cette diversité phénotypique. 

Un premier vaccin, appelé Dengvaxia, a été développé par la société Sanofi et a été commercialisé en 2016 en Amérique Latine et en Asie du Sud Est. Ce vaccin est constituée de quatre chimères construites à partir de la souche 17D du vaccin contre la fièvre jaune, dans laquelle ont été insérés les gènes codant l'enveloppe des 4 serotypes du virus de la dengue.  Il montre une efficacité modérée contre la maladie (S.J. Thomas and I.K. Yoon, Hum Vaccin Immunother. 2019;15(10):2295-2314. doi: 10.1080/21645515.2019.1658503. Epub 2019 Oct 7). Il présente un risque de survenue de formes graves de dengue chez les personnes vaccinées n'ayant jamais été en contact auparavant avec l'un des 4 sérotypes (personnes séronégatives). Ce vaccin ne peut donc être utilisé que chez les personnes ayant eu un antécédent de dengue, en prévention des dengues secondaires, ce qui complique et limite son utilisation en pratique.

Les résultats de l'étude d'efficacité d'un autre vaccin développé par la société japonaise Takeda étaient donc attendus avec intérêt. Ils viennent d'être publiés (S. Biswald and al. N Engl J Med. 2019 Nov 21;381(21):2009-2019. doi: 10.1056/NEJMoa1903869. Epub 2019 Nov 6). ils sont encourageants mais continuent néanmoins de poser la question du rapport bénéfice/risque de ces vaccins.

Le vaccin de Takeda (TAK-003) est constitué d'une souche atténuée du virus de la dengue de sérotype 2 (DENV-2) et de trois chimères construites à partir de cette souche DENV-2, dans laquelle ont été insérés les gènes codant l'enveloppe des trois autres sérotypes (DENV-1, DENV-3 et DENV-4). Ce vaccin contient donc les protéines non structurales du virus de la dengue, contrairement au vaccin de Sanofi. Le schéma vaccinal est de deux doses administrées à trois mois d'intervalle.  

Cette étude de phase 3 a été réalisée chez plus de 20 000 personnes âgées de 4 à 16 ans, dans différents pays d'Amérique Latine et d'Asie. Son objectif était d'évaluer l'efficacité vaccinale dans la prévention des dengues cliniques, quel que soit le sérotype. Les résultats publiés correspondent à un suivi de 12 mois après la deuxième dose de vaccin.

Les premières analyses montrent la bonne tolérance du vaccin. Son efficacité globale (c'est-à-dire quel que soit le sérotype) est de 80,2 % dans la prévention de la maladie (IC 95% : 73,3-85,3). L'efficacité en fonction des sérotypes varie respectivement de 73,7 % (IC 95% : 51,7-85,7) pour le sérotype 1, de 97,7% (IC 95% : 92,7-99,3) pour le sérotype 2, de 62,6 % (IC 95% : 43,3-75,4) pour le sérotype 3 et de 63,2 % (IC95% : - 64.6-91.6 – non significatif) pour le sérotype 4.

L'efficacité vaccinale globale ne varie pas en fonction de l'âge et ne dépend pas du statut sérologique avant la vaccination. Par contre, quand on regarde l'effet du statut sérologique sérotype par sérotype, on constate que le vaccin n'est pas efficace chez les personnes séronégatives pour prévenir les infections causées par le sérotype 3 : - 38,7 % (IC95 : - 335,7-55,8) chez les personnes séronégatives versus 71,3 % (IC 95% : 54,2-82,0) chez les personnes séropositives pour la dengue. L'analyse pour le sérotype 4 n'est pas possible du fait de l'absence de cas chez les personnes séronégatives.

L'efficacité du vaccin dans la prévention des hospitalisations est de 95,4 % et ne dépend pas du statut sérologique prévaccinal.

Que peut-on conclure de ces premières données et comment situer ce vaccin par rapport à Dengvaxia ?

  • Tout d'abord, ce vaccin montre une efficacité globale plus élevée que celle du vaccin de Sanofi. Elle apparait indépendante du statut sérologique au moment de la vaccination et de l'âge. Il s'agit donc d'une nouvelle avancée dans le développement de vaccins efficaces et bien tolérés contre la dengue.
  • L'efficacité pour prévenir les hospitalisations est élevée.
  • Cependant, la protection contre la maladie n'est pas équivalente entre les sérotypes, et pose un problème pour le sérotype 3 chez les personnes séronégatives. Malgré les progrès observés, on n'obtient donc pas une protection équilibrée contre les 4 sérotypes du virus.
  • Avec le vaccin de Sanofi, les premiers signaux du risque d'une forme grave de dengue chez les vaccinés, sont apparus chez les enfants âgés de 2 à 5 ans lors de la troisième année de suivi après l'administration de la première dose. Il n'y a donc pas encore assez de recul pour prédire la tolérance à moyen terme du vaccin de Takeda, ni le contexte de son utilisation sur le terrain. Il faudra attendre d'autres données pour mieux comprendre sa valeur ajoutée et préciser les conditions de son utilisation.

Référence : S. Biswald and al. N Engl J Med. 2019 Nov 21;381(21):2009-2019. doi: 10.1056/NEJMoa1903869. Epub 2019 Nov 6.


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