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Situation hebdomadaire de la pandémie de COVID-19 n° 2 - 25 mars 2020

Publié le 25 mar. 2020 à 21h25

Biographie

- Professeur agrégé du Val-de-Grâce.
- Médecin épidémiologiste.

Liens d'intérêt

- Pas de lien d'intérêt avec l'industrie du médicament

Ce document présente la situation de la pandémie de COVID-19 dans le monde. Les données utilisées sont celles des rapports de situation (« Sitrep ») de l'organisation mondiale de la santé (OMS), pour certains pays des données fournies par les sites des autorités sanitaires (France, États-Unis d'Amérique, Corée du Sud, Taïwan, Italie) et celui en temps réel de l'université John Hopkins, compte-tenu notamment des décalages horaires.

Les données issues des systèmes de surveillance sont tributaires de la qualité de ces systèmes, des stratégies de dépistage et de prise en charge des personnes infectées et des capacités de riposte qui varient selon les pays, à l'origine d'une sous-évaluation quasi-constante de la situation réelle de l'épidémie et rendant compliquées les comparaisons, d'autant que les structures de population varient selon les pays. Ce travail de redressement et de comparaison pourra être entrepris une fois la pandémie en voie de résolution ou terminée. Il faut donc prendre ces données brutes (nouveaux cas à la date du diagnostic et nouveaux décès déclarés) comme indicatrices des tendances de la pandémie (vitesse de diffusion, extension géographique) pour adapter au mieux la riposte.

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La distribution géographique et la dynamique de la pandémie au niveau du globe, dans différentes grandes régions (Chine, Europe, Océan indien, Caraïbes et Pacifique) et pour quelques pays d'intérêts (France, Italie, Espagne, Allemagne, Corée du Sud, Taïwan, Iran et États-Unis) sont présentées sous forme de cartes géographiques et de courbes épidémiques.

Situation globale

Le total des cas déclarés depuis le 20 janvier 2020 dans le monde, à la date du 22 mars 2020, s'élève à 292 142 cas dont 12 784 décès (Figures 1 et 2). Le 16 mars le nombre de cas cumulés dans le reste du monde est devenu supérieur à celui de la Chine.

La pandémie continue d'évoluer avec, depuis le 15 mars, une augmentation du nombre de cas déclarés de 137 671 cas (­89 %) et 6 913 décès (­118 %). Tous les continents sont maintenant touchés et 191 pays et territoires ont déclaré au moins un cas de COVID-19. Il persiste, à la date du 22 mars, 42 pays et territoires n'ayant déclaré aucun cas (Figure 3) :

  • en région OMS des Amériques : Belize et 8 micro-états et territoires des Caraïbes ;
  • en région OMS de l'Afrique : Botswana, Burundi, Comores, Guinée-Bissau, Lesotho, Malawi, Mali, Mozambique (1 cas a été déclaré le 23 mars), Sierra Leone et Sud Soudan ;
  • en région Europe OMS : Turkménistan et Tadjikistan ;
  • en région OMS de Méditerranée orientale : Libye, Yémen et Syrie (un cas vient d'être déclaré le 23 mars) ;
  • en région OMS du Pacifique occidental : Corée du Nord et 17 micro-états et territoires du Pacifique ;
  • en région OMS du Sud-Est asiatique : Laos et Myanmar.

Plusieurs de ces pays et territoires seront touchés dans les prochains jours par le virus SARS-CoV-2, responsable de la maladie à coronavirus 2-2019 (COVID-19 acronyme de « Corona Virus Disease » 2019). Quelques pays sont des cas particuliers car en situation de conflit ou en rétention de l'information.

Figure 1 : Évolution quotidienne des cas cumulés de COVID-19 déclarés dans le monde du 20 janvier au 22 mars 2020 [Sources : OMS, Santé publique France, Italie, Corée du Sud, Taïwan, Université John Hopkins]

Figure 2 : Évolution quotidienne des cas de COVID-19 déclarés en Chine et dans le reste du monde du 20 janvier au 22 mars 2020 [Sources : OMS, Santé Publique France, Italie, Corée du Sud, Taïwan, Université John Hopkins]

Figure 3 : Cas cumulés de COVID-19 déclarés dans le monde le 22 mars 2020 (Nombre de cas indiqués pour les pays avec au moins 5 000 cas cumulés) [Sources : OMS, Santé publique France, Université John Hopkins]

Région OMS du Pacifique occidental

L'épidémie de la république populaire de Chine est maintenant pratiquement sous contrôle (Figure 4), avec aucun cas notifié durant les derniers jours de la semaine dans la province de Hubei, épicentre de l'épidémie. Il persiste cependant, comme lors du point hebdomadaire du 15 mars, quelques chaines de transmission résiduelles, dans plusieurs divisions administratives, notamment dans plusieurs grandes villes : Beijing, Shanghai et Hong-Kong (Figure 5). Ces chaines de transmission devraient être contrôlées par l'identification et le suivi des cas importés (contrôle aux frontières aériennes, terrestres et maritimes) et par le renforcement des activités de dépistage, l'isolement des sujets dépistés, la recherche et le suivi des sujets contacts. Cette stratégie de dépistage renforcé est celle qui a été instituée en Guinée vers la fin de l'épidémie d'Ébola en 2015, face aux cas suspects et à tous les décès compte-tenu de la très forte létalité de la maladie à virus Ébola (1) (Figure 6).

A Taïwan, les données de ce point de situation sont issues du site du ministère de la santé de ce pays. Les données de Taïwan sont intégrées avec celles de la Chine dans les rapports de situation quotidiens fournies à l'OMS (le pays est considéré par l'ONU comme une province de la république populaire de Chine). L'épidémie y est bien contrôlée depuis le premier cas survenu le 11 janvier 2020 et deux décès seulement y ont été déclarés. Cependant, depuis mi-mars, on observe une augmentation du nombre de nouveaux cas en lien avec des cas importés (Figures 7 et 8). Le site du ministère ne précise pas l'origine des cas importés. Le premier cas de COVID-19 est survenu à Taïwan le 11 janvier 2020 (date du début de la maladie), une dizaine de jours avant la déclaration officielle de l'épidémie par la Chine. Il s'agissait d'un cas importé. Malgré la situation politique, les deux pays sont de grands partenaires économiques. La situation de Taïwan illustre bien le défi du contrôle de la réintroduction du virus en post-épidémie auquel vont être confrontés les pays durant cette phase terminale de la lutte, comme c'est déjà le cas en Chine.

La Corée du Sud, compte-tenu de son expérience antérieure avec les épidémies de SARS en 2003 et de MERS en 2015 (2), a mis en œuvre un dépistage massif et précoce, qui était préparé, de l'infection à SARS-CoV-2 (20 000 tests quotidiens avec rendu des résultats en quelques heures par SMS) associé à un isolement des personnes infectées et à un suivi avec traçage géolocalisé des contacts des personnes dépistées. C'est ce qui a sans doute permis à ce pays de mieux contrôler l'épidémie. La létalité, calculée à partir des données déclarées, est égale dans ce pays à 1,2 % (104 décès / 8 897 cas). On constate cependant que la disparition totale des cas tarde à venir, avec la persistance depuis une semaine d'environ 100 cas déclarés par jour (Figure 9).

Par ailleurs, comme déjà indiqué, aucun cas n'est déclaré à l'OMS depuis le début de la pandémie de COVID-2 par la Corée du Nord, pays frontalier le plus proche de la Corée du Sud (Figure 4). L'OMS locale a apporté son aide en matériels à ce pays.

La pandémie progresse dans le reste de la région. Seule la majorité des micro-états îliens sont encore indemnes. Deux des trois territoires français du Pacifique sont touchés, la Polynésie française (15 cas, dont le premier importé de France) et la Nouvelle Calédonie (4 cas). Pour le moment, le territoire de Wallis et Futuna est indemne (Figure 10).

Figure 4 : Évolution des cas et des décès déclarés de COVID-19 en Chine du 20 janvier au 22 mars 2020 [Source OMS]

Figure 5 : Cas cumulés de COVID-19 déclarés en Chine le 22 mars 2020 [Sources : OMS, Université Johns Hopkins]

Figure 6 : Renforcement du  dépistage biologique des cas d'Ébola en Guinée à/c de 2015 [Source : René Migliani]

Figure 7 : Évolution des cas et des décès déclarés de COVID-19 à Taïwan du 20 janvier au 22 mars 2020

Figure 8 : Origine des cas de COVID-19 survenus sur l'île de Taïwan du 11 janvier au 22 mars 2020 en fonction de la date de début de la maladie (Source Ministère de la santé de Taïwan, 146 cas enquêtés/169 cas)

Figure 9 : Évolution des cas, des décès déclarés de COVID-19 en Corée du Sud du 20 janvier au 22 mars 2020

Figure 10 : Cas cumulés de COVID-19 déclarés dans les pays et territoires du Pacifique le 22 mars 2020

Région OMS de l'Europe

Tous les pays de la région Europe sont touchés à l'exception du Turkménistan et du Tadjikistan (Figure 11). Après la Chine, l'épicentre de la pandémie se situe depuis mars dans 6 pays de l'Europe de l'Ouest :

  • Italie : 53 138 cas et 4 825 décès déclarés (source ministère de la sécurité civile italienne) :
  • Espagne : 24 926 cas et 1 326 décès déclarés ;
  • France : 15 810 cas et 674 décès déclarés ;
  • Allemagne : 21 463 cas et 67 décès déclarés :
  • Suisse : 6 077 cas et 56 décès déclarés ;
  • Royaume-Uni : 5 018 cas et 1 035 décès déclarés.

En Italie, pays le plus touché, le virus a diffusé dans toutes les régions avec comme épicentre initial et qui le reste, la région de la Lombardie, en particulier à Bergame (Figure 12). On observe sur la courbe épidémique de l'Italie et celle de la Lombardie une diminution du nombre de cas déclarés dans les derniers jours de la semaine (Figures 13 à 15). Il faut bien entendu rester prudent. Une remontée des cas est toujours possible, bien que le pays soit en confinement depuis le 10 mars (13 jours).

En France, le nombre de cas et de décès augmentent et l'épidémie progresse dans toutes les régions (Figures 16 et 17). On observe une diminution des cas déclarés les derniers jours de la semaine. Comme en Italie et en Lombardie, il faut rester prudent, d'autant que 3 805 cas supplémentaires ont été déclarés le lundi 23 mars. Deux régions sont plus touchées que les autres, l'Ile de France (6 211 cas déclarés) et le Grand-Est (4 256 cas déclarés). Ce sont principalement les malades graves hospitalisés qui sont testés biologiquement et bénéficient d'un bilan radiologique confirmant le diagnostic (« poumon blanc » caractéristique de l'infection à SARS-CoV-2). Mais le nombre de nouveaux cas déclarés, qui ne représente que la « pointe émergée de l'iceberg » des cas infectés, compte-tenu de l'importance des formes pauci ou asymptomatiques non testées (plus de 80 % au moins du total des infectés potentiels) (3) et des personnes très âgées des établissements pour personnes dépendantes non hospitalisées, est en forte augmentation dans plusieurs autres régions dans les derniers jours de la semaine, région Nouvelle-Aquitaine, région Haut-de-France, région Provence-Alpes-Côte d'Azur, région Auvergne-Rhône-Alpes et région Bourgogne-Franche-Comté (Figure 18).

En Espagne, la progression de l'épidémie est la plus importante cette semaine (entre le 15 et le 22 mars) en Europe (­430 % des cas et ­975 % des décès déclarés) (Figure 19).

Lorsque l'on compare la vitesse de progression et le nombre de cas déclarés à partir du 10ème cas (Figure 20), on note que l'Espagne et l'Italie ont le même profil de progression et l'impact de l'épidémie devrait être du même ordre en Espagne qu'en Italie. Après le 10ème cas, la France a connu une période de « lune de miel » avec peu de cas pendant environ trois semaines, correspondant à la première de phase du plan de lutte (limiter l'introduction et la diffusion initiale) (Figure 16). L'épidémie augmente ensuite rapidement après un rassemblement religieux à Mulhouse du 17 au 24 février, au cours duquel une personne infectée a transmis potentiellement le virus à plusieurs personnes parmi les 2 000 participants venant de plusieurs régions de France, d'outre-mer et de pays voisins. Il est nécessaire d'attendre encore quelques jours pour juger de l'impact du confinement de la population sur l'incidence des cas en France.

Figure 11 : Cas cumulés de COVID-19 déclarés par les pays de la région Europe OMS le 22 mars 2020 (nombre de cas indiqué pour les pays avec au moins 5 000 cas) [Sources : OMS, Santé publique France, Ministère de la Protection Civile italienne]

Figure 12 : Cas cumulés de COVID-19 déclarés par les régions d'Italie le 22 mars 2020 [Source : Ministère de la Protection Civile italienne]

Figure 13 : Évolution des cas et des décès de COVID-19 déclarés en Italie entre le 31 janvier et le 22 mars 2020 [Source : Ministère de la Protection Civile italienne]

Figure 14 : Évolution des cas et des décès de COVID-19 déclarés en Lombardie entre le 31 janvier et le 22 mars 2020 [Source : Ministère de la Protection Civile italienne]

Figure 15 : « Tous avec l'Italie » (René Migliani 23 mars 2020)

Figure 16 : Évolution des cas et des décès de COVID-19 déclarés en France entre le 23 janvier et le 22 mars 2020 [Sources : OMS, Santé Publique France]

Figure 17: Cas cumulés de COVID-19 déclarés par les régions de France le 22 mars 2020 [Sources : Santé publique France]

Figure 18 : Évolution des cas de COVID-19 déclarés dans les régions de France entre le 16 et le 22 mars 2020 [Source : Santé Publique France]

Figure 19 : Évolution des cas et des décès de COVID-19 déclarés en Espagne entre le 1er février et le 22 mars 2020 [Sources : OMS]

Figure 20 : Évolution comparée des cas et des décès de COVID-19 déclarés d'Italie, de France et d'Espagne* [Sources : Ministère de la Protection Civile italienne, Santé Publique France, OMS] * Les courbes cumulées sont toutes calées à la date du 10ème jour de l'épidémie dans chacun des trois pays

Région OMS de la Méditerranée orientale

Dans cette région, le virus a selon les données de déclaration diffusé dans presque tous les pays, excepté la Libye, le Yémen et la Syrie, trois pays en situation de conflit (Figure 3). L'Iran reste toujours l'épicentre de l'épidémie de cette région avec 20 610 cas et 1 556 décès déclarés depuis le 20 février. L'épidémie a semble-t-il débuté brutalement en quelques jours. La période initiale de diffusion du virus après son identification a été de très courte durée (Figures 21 et 22).

Figure 21 : Évolution des cas et des décès de COVID-19 déclarés en Espagne entre le 1er février et le 22 mars 2020 [Source : OMS]

Figure 22 : Cas cumulés de COVID-19 déclarés dans les pays et territoires de l'Océan Indien le 22 mars 2020 [Sources : OMS, Santé Publique France]

Région OMS des Amériques

Le virus a diffusé cette semaine dans la presque totalité des Amériques, excepté Belize et quelques îles de l'arc Caraïbe (Figures 3 et 23).

L'épicentre de la pandémie se développe de manière explosive aux États-Unis d'Amérique avec 33 404 cas et 402 décès déclarés le 22 mars (­augmentation de 858 % des cas et de 593 % des décès déclarés en une semaine). Tous les États américains et la capitale de Washington dans le district de Columbia (DC) sont atteints à des degrés divers en lien avec la diffusion en « tâche d'huile » du virus. L'État de New York, notamment la ville de New York, est l'État le plus touché ainsi que d'autres États côtiers et frontaliers (New-Jersey, Washington, Californie, Michigan, Illinois, Louisiane, Floride, Texas, Massachusetts et Pennsylvanie). Les États pour le moment les moins touchés sont ceux du nord frontaliers du Canada et ceux les plus éloignés des zones d'introduction du virus (Idaho, Montana, Dakota du Nord, Wyoming et Dakota du Sud) (Figure 24).

Figure 23 : Cas cumulés de COVID-19 déclarés dans les pays et territoires de la mer des Caraïbes le 22 mars 2020 [Sources : OMS, Santé Publique France, Université John Hopkins]

Figure 24 : Cas cumulés de COVID-19 déclarés aux États-Unis d'Amérique le 22 mars 2020 [Sources : Université John Hopkins]

Afrique et sud de l'Océan indien

Dans cette zone, le virus a été introduit dans la grande majorité des pays. Les pays les plus touchés sont l'Egypte, l'Afrique du Sud et l'Algérie (Figures 3 et 25).

La pandémie se développe très rapidement sur le continent avec 1 170 cas et 20 décès déclarés le 22 mars (augmentation ­de 522 % des cas et de ­333 % des décès déclarés en une semaine). Après le signalement de cas sporadiques tous importés, on observe maintenant des chaines de transmission secondaires dans les pays qui ont été atteints les premiers (Afrique du Sud, Egypte, Algérie et Sénégal).

En Guinée, où a émergé le virus Ébola à la fin de l'année 2013 (1,4), quatre cas de COVID-19, tous importés, ont été identifiés à la date du 22 mars. Le premier cas était une résidente belge en Guinée depuis 2018, revenue de Belgique le 3 mars 2020 après un congé, qui a développé la maladie le 10 mars puis admise au centre de traitement des épidémies (CT-Epi) de Nongo (Conakry, capitale du pays) où elle est prise en charge. L'infection à coronavirus 2019 est confirmée le 12 mars. La malade est sortie guérie le 20 mars. Depuis ce premier cas, trois autres cas sont survenus : le 17 mars (un cas, Guinéen revenu d'un séjour en Italie le 5 mars, premiers symptômes le 11 mars, confirmation le 17 mars) et le 21 mars (deux cas, un couple de Guinéens revenus d'un séjour en France le 14 mars, confirmation de l'infection à coronavirus au CT-Epi de Nongo où ils sont pris en charge). Le ministère de la santé, avec l'agence nationale de sécurité sanitaire créé à la fin de l'épidémie d'Ébola, a réagi dès le début de la pandémie avec : surveillance des cas suspects à l'arrivée des voyageurs dans la capitale, dans l'ensemble des structures d'alerte et de riposte mises en place dès 2015 (5), et mobilisation communautaire. À la date du 22 mars, 974 personnes contacts ont été enregistrées : 835 personnes venant de pays étrangers infectés et 139 autour des cas confirmés, dont 108 sont suivis (aucun perdu de vue, 14 non joints, 17 sortis du suivi). Au total, la Guinée a tiré les enseignements de l'expérience de l'épidémie d'Ébola et réagit avec sérieux face à l'épidémie qui reste confinée pour le moment à la capitale. Mais plusieurs éléments de l'histoire naturelle de l'infection à virus Ébola et de l'infection à coronavirus diffèrent, rendant le coronavirus plus transmissible dans la population que le virus Ébola :

  • la transmission du virus Ébola est une transmission par les liquides biologiques au contact des malades sans transmission aérienne (type aérosol), la transmission du SARS-CoV-2 est une transmission contact et aérienne rapprochée (moins d'une mètre) (Figure 26) ;
  • un sujet infecté par le virus Ébola est non contagieux pendant toute la période d'incubation, alors que le sujet infecté par le coronavirus peut être infectieux pendant une courte période avant de présenter les premiers symptômes (fièvre, toux sèche) comme avec la grippe ;
  • la proportion de malades symptomatiques parmi les infectés par le virus Ébola est très élevée, alors qu'à l'inverse pour l'infection à coronavirus la proportion de sujets peu ou  non symptomatiques est très élevée, environ 80 % d'après les données chinoises, en particulier chez les sujets jeunes, qui représentent en Afrique la très grande majorité de la population (3).

Au total en Guinée, lorsque des chaines de transmission secondaires commenceront à apparaître, la diffusion du virus sera plus importante que celle du virus Ébola, favorisée par les rassemblements (notamment les grands marchés, les prières et en milieu scolaire).

L'Afrique, compte tenu de la situation sanitaire dégradée et les zones de conflits de nombreux pays, pourrait être le prochain épicentre de la pandémie après les États-Unis. Le suivi de la pandémie devrait y être plus difficile compte-tenu des insuffisances des systèmes de surveillance épidémiologique. Le bilan humain pourrait être lourd. La pandémie liée au virus grippal A(H1N1) en 2009 a touché l'Afrique et le tribut de ce continent en termes de morts a été important (6).

Figure 25 : Cas cumulés de COVID-19 déclarés en Afrique et dans le sud de l'Océan indien le 22 mars 2020 [Source : Université John Hopkins]

Figure 26 : Modes de transmission du nouveau coronavirus 2019 (schéma René Migliani)

Région OMS d'Asie du Sud-Est

Pour le moment, le virus diffuse sans qu'aucun pays ne soit dans une situation explosive, notamment l'Inde (283 cas et 4 décès déclarés). Ce pays a été le plus touché par la pandémie grippale de 1918-1919 due au virus A(H1N1) avec une estimation rétrospective de 18,5 millions de morts pour une population à cette époque d'environ 300 millions d'habitants (7). Le sous-continent indien pourrait devenir le dernier épicentre de la pandémie.

Conclusion

La pandémie va bientôt avoir atteint la totalité des pays et territoires du monde en très peu de temps, quatre mois après l'émergence des cas groupés de pneumonies dans la ville de Wuhan en décembre 2019 (8).

Si l'épidémie a été maitrisée dans le foyer initial de la province de Hubei, au prix notamment d'un confinement strict de la population en environ deux mois à compter du 20 janvier 2020, il persiste toujours des chaines de transmission dans certaines grandes villes (Beijing, Shanghai et Hong-Kong). Plusieurs autres pays de la zone contrôlent l'épidémie sans que la transmission ne soit totalement interrompue (Corée du Sud, Taïwan, Japon et Singapour). Dans les autres pays d'Asie et dans le sous-continent indien, la pandémie progresse. La situation d'un seul pays, frontalier de la Chine, reste toujours inconnue, celle de la Corée du Nord. Le Laos et le Myanmar (ex-Birmanie) n'ont jusqu'à présent déclaré aucun cas.

En Europe, l'épicentre se situe toujours dans les pays de l'ouest (Italie, Espagne, France et Allemagne). La baisse depuis quelques jours de l'incidence des nouveaux cas en Italie, notamment en Lombardie, semble peut-être indiquer un début de baisse de l'épidémie, sans doute dans le nord du pays. La courbe des décès continuera de monter car les nouveaux décès, ceux qui sont déclarés, correspondent en majorité à des cas pris en charge quelques jours avant leur décès. Ce décalage entre le pic des nouveaux cas et des nouveaux décès a été observé en Chine (sur les données disponibles).

Aux États-Unis, l'épidémie progresse fortement dans le pays, notamment à New-York, mais le virus a d'ores et déjà diffusé dans l'ensemble des Etats. Ce pays devrait rapidement devenir le prochain épicentre de la pandémie.

En Afrique, le virus a atteint presque tous les pays à la faveur de cas importés depuis les pays étrangers les plus touchés puis de proche en proche à partir des pays frontaliers. Compte-tenu de la situation désastreuse de la plupart des systèmes de santé et du mal-développement de beaucoup de pays, le virus pourrait y faire des ravages une fois que des chaines de transmission interhumaine secondaire apparaitront. Seules des conditions climatiques défavorables à la viabilité du virus dans l'environnement pourrait freiner la diffusion du celui-ci sur le continent, en particulier en Afrique sub-saharienne. Ce facteur n'est bien entendu qu'hypothétique et pour le moment reste peu probable. L'avenir nous donnera des indications. Il faut espérer la mise au point rapide de tests de diagnostic simples et de protocoles thérapeutiques efficaces, adaptés au contexte.

Pour ce qui concerne le Sud-est asiatique, l'épidémie progresse sans être explosive. L'Inde pourrait devenir le dernier épicentre de la pandémie.

Références

  1. Migliani R et al. Aspects épidémiologiques de la maladie à virus Ébola en Guinée (décembre 2013-avril 2016). Bull Soc Pathol Exot 2016;109:218-35.
  2. Lee KM et al. Factors Influencing the Response to Infectious Diseases: Focusing on the Case of SARS and MERS in South Korea. Int. J Environ Res Public Health 2019;16 :1432. doi:10.3390/ijerph16081432.
  3. The Novel Coronavirus Pneumonia Emergency Response Epidemiology Team. The Epidemiological Characteristics of an Outbreak of 2019 Novel Coronavirus Diseases (COVID-19) — China, 2020[J]. China CDC Weekly 2020;2(8): 113-22.
  4. Baize S et al. Emergence of Zaire Ebola Virus Disease in Guinea- Preliminary Report, N Engl J Med 2014;371:1418-25.
  5. Malvy D et al. Qu'apprend-t-on de nouveau des épidémies émergentes ? Presse Med 2019;48:1536-50.
  6. Dawood FS et al. Estimated global mortality associated with the fi rst 12 months of 2009 pandemic infl uenza A H1N1 virus circulation: a modelling study. Lancet Infect Dis 2012;12: 687–95.
  7. Johnson N et al. Updating the accounts: global mortality of the 1918-1920 "Spanish" influenza pandemic. Bull Hist Med 2002;76:105-15.
  8. Huang C et al. Clinical features of patients infected with 2019 novel coronavirus in Wuhan, China. Lancet 2020; 395: 497–506.

Quelques liens intéressants pour suivre la situation