La tique à pattes rayées, qui peut transmettre une fièvre hémorragique, s'installe dans le sud de la France Médecine des voyages

Publié le 8 juil. 2020 à 18h48

Biographie

- Médecin responsable du centre de vaccinations internationales et du centre antirabique de Strasbourg.
- Médecin spécialisé en vaccinologie, en médecine des voyages et en léprologie. Formateur en vaccinologie et médecine des voyages pour la SMV.
- Membre de la Société de Médecine des Voyages (2006) et secrétaire général de la SMV (2015).

Liens d'intérêt

- Participation à divers EPU organisés par des associations de Médecins, Pharmaciens et/ou l’industrie pharmaceutique ; rémunération à la prestation. Activité uniquement pédagogique, en toute liberté avec garanties d'indépendance, impartialité et déontologie.
- Aucun investissement financier personnel ou familial dans une firme pharmaceutique.
- Aucune participation à des études cliniques de vaccins.
- Déclaration mise à jour le 14 novembre 2016.

Une nouvelle tique menace les Français, surtout ceux qui comptent aller passer leurs vacances dans le sud du pays. Il s'agit de l'espèce Hyalomma marginatum, plus connue sous le nom de tique à pattes rayées, et parfois porteuse du virus de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo, maladie potentiellement mortelle. 

Si cet acarien (la tique n'est pas un insecte mais un arachnide, comme l'araignée) était déjà présent en Corse depuis des décennies, il débarque désormais sur le continent, alerte le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) de Montpellier (Hérault).

D'après le Cirad cet acarien, qui aime l'aridité, aurait été aperçu dans les Pyrénées-Orientales, l'Aude, l'Hérault, le Gard, les Bouches-du-Rhône, le Var et le sud de l'Ardèche. On ignore encore pourquoi il s'est implanté dans ces régions. Il aurait pu avoir été transporté par un oiseau migrateur ou des chevaux espagnols, avance le Cirad.

Cet arachnide, qui peut mesurer jusqu'à 8 mm à l'âge adulte, a en effet une appétence particulière pour les chevaux. Mais si un être humain s'offre à lui par hasard, il n'hésitera malheureusement pas à le mordre. Si la tique (qui mord et pique) n'est pas enlevée immédiatement, la piqûre peut parfois causer une irritation qui persistera quelques jours. 

Mais le danger concerne donc surtout le virus à l'origine la fièvre hémorragique de Crimée-Congo, du genre Nairovirus, de la famille des Bunyaviridae, dont Hyalomma marginatum est parfois porteuse. Il peut être responsable de graves épidémies de fièvre virale hémorragique. 

La période d'incubation de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo est généralement de 3 à 7 jours à compter d'une exposition à un animal contaminé, et de 1 à 3 jours à compter d'une morsure de tique. 

La maladie se manifeste ensuite par des flambées de fièvre hémorragique virale grave, des maux de tête, parfois des malaises et des symptômes gastro-intestinaux (diarrhée, nausée, vomissements), et dans certains cas, par une éruption cutanée. Les cas graves développent un saignement (ecchymoses, hémorragies sous-conjonctivale et gastro-intestinale), une atteinte neurologique (désorientation, convulsions, coma), un choc et une défaillance multiviscérale. La létalité (proportion de décès parmi les cas) varie de 10 à 40 %.

La transmission à l'homme du virus se fait par la piqûre de la tique ou par contact avec du sang contenant le virus ou des tissus d'animaux immédiatement après l'abattage.

La majorité des cas surviennent chez les personnes travaillant dans l'industrie de l'élevage, tels que les travailleurs agricoles, les  employés des abattoirs et les vétérinaires. Une exposition nosocomiale dans les établissements de santé peut également se produire.

Bien que des sérologies positives aient été récemment signalées sur des bovins en Corse, ce virus n'a jamais été encore détecté en France. En revanche, il est largement répandu en Afrique, en Asie et au Moyen-Orient, ainsi qu'en Turquie où il a récemment causé une épidémie. En Europe, il est présent en Crimée, en Roumanie et dans les Balkans, de la Grèce à l'Albanie. Il a récemment fait son apparition en Espagne selon le Cirad.

Pour éviter la contamination par les piqûres de tiques, le voyageur doit prendre certaines précautions :

  • rester sur des sentiers balisés et éviter les buissons, zones boisées et humides ;
  • préférer des vêtements couvrants (pantalon, manches longues, chaussures fermées) ;
  • traiter éventuellement les vêtements avec un insecticide ;
  • protéger les zones de peau exposées avec un répulsif à base de DEET ;
  • en fin d'activité, inspecter toutes les parties du corps, afin d'enlever une éventuelle tique dès que possible ; 
  • extraire la tique à l'aide d'un tire-tique disponible en pharmacie, ou d'une pince-à-épiler ;
  • éviter d'écraser la tique, de la brûler ou d'appliquer diverses substances.

En cas de fièvre, de rougeur de la peau ou d'autres symptômes survenant après une piqûre de tique, consulter rapidement un médecin.

Source : Média locaux.