L'épidémie de choléra en Éthiopie approche les 15000 cas Médecine des voyages

Publié le 17 sept. 2020 à 22h13

Biographie

- Médecin biologiste à la retraite.
- Auparavant : médecin biologiste dans un hôpital d'Instruction des armées pendant 6 ans, puis détaché pendant 20 ans par le Service de santé des armées comme virologiste d'abord puis comme directeur dans 3 instituts du Réseau international des Instituts Pasteur.

Liens d'intérêt

- Aucune rémunération actuelle ou dans le passé de l'industrie pharmaceutique.
- Aucun investissement financier dans une firme pharmaceutique.
- Aucune participation à des études cliniques de vaccins.

En Ethiopie, en avril 2019, une épidémie de choléra a débuté  dans le woreda (subdivision administrative en Ethiopie) de Telemt, dans la région d'Amhara.

Au 6 septembre 2020, le nombre total cumulé des cas était de 14 728. La létalité (proportion de décès parmi les cas) est estimée à 1,7 %.

Le plus grand nombre de cas a été signalé dans la Région des Nations, nationalités et peuples du sud (SNNPR) et dans celle d'Oromia.

Sur les 604 échantillons de selles testés depuis le début de l'épidémie, 266 étaient positifs en culture pour Vibrio cholerae 01 sérotype Ogawa.

L'épidémie de choléra en cours en Éthiopie reste préoccupante, malgré une tendance à la baisse au cours des dernières semaines. Cependant, les récentes inondations dans une grande partie de la région pourraient inverser cette tendance : près d'un million de personnes ont été déplacées dans des zones où l'assainissement est inadéquat et l'accès à l'eau potable limité, ce qui pourrait accroître la transmission de la maladie et entraîner des flambées épidémiques.

Rappels sur le choléra

La maladie

Le choléra est une maladie diarrhéique épidémique, strictement humaine, due à des bactéries appartenant aux sérogroupes O1 et O139 de l'espèce Vibrio cholerae. Le sérogroupe O1 comporte deux biotypes : El Tor et le biotype classique, lesquels peuvent être classés en deux sérotypes, Ogawa et Inaba. La maladie résulte de l'absorption d'eau ou d'aliments contaminés. Une fois dans l'intestin, les vibrions sécrètent la toxine cholérique, principale responsable de l'importante déshydratation qui caractérise l'infection.

L'incubation, de quelques heures à quelques jours, est suivie de violentes diarrhées et de vomissements, sans fièvre. La période d'incubation courte augmente le caractère potentiellement explosif des épidémies. En l'absence de traitement, la mort survient en 1 à 3 jours, par collapsus cardio-vasculaire dans 25 à 50 % des cas. La mortalité est plus élevée chez les enfants, les personnes âgées et chez les individus fragilisés.

L'épidémiologie

Des cas de choléra continuent d'être signalés en Afrique de l'Est, dans la Corne de l'Afrique et dans le golfe d'Aden sur ces derniers mois. Des foyers de choléra ont également été notifiés dans la partie occidentale et méridionale de l'Afrique et en certaines régions d'Asie. 

Malgré le nombre élevé d'épidémies de choléra signalées dans le monde, peu de cas sont signalés chaque année parmi les voyageurs de retour dans l'Union européenne.

Un bilan de la situation épidémiologique du choléra dans le monde a été fait en juin 2020 sur le site MesVaccins.net.

La prévention

Selon l'Organisation mondiale de la santé, la vaccination devrait être envisagée pour les voyageurs à haut risque urgentistes/secouristes), en particulier pour ceux qui seront vraisemblablement directement exposés à des patients infectés ou à des aliments ou de l'eau contaminés, notamment dans les zones où l'accès aux établissements de santé est difficile. La vaccination n'est généralement pas recommandée pour les autres voyageurs.

Le risque de choléra est très faible pour le voyageur et le vaccin contre la choléra n'est conseillé que dans des cas très spécifiques, pris en compte par le système expert de MesVaccins.net et Medecinedesvoyages.net.

Il est conseillé au voyageur de :

  • se laver les mains, avant les repas, avant toute manipulation d'aliments ou après passage aux toilettes. En l'absence d'eau et de savon, un gel ou une solution hydro-alcoolique peuvent être utilisés (seul moyen de prévention ayant prouvé son efficacité). Se sécher les mains après lavage avec un linge propre (éviter l'usage des serviettes collectives) ou, à défaut, les sécher à l'air ;
  • préférer les plats chauds (les buffets froids ou tièdes des restaurants peuvent comporter des risques) ; éviter de consommer de la nourriture vendue dans la rue sauf si elle est bien cuite et le récipient encore fumant ;
  • ne consommer que de l'eau en bouteille capsulée (et ouverte devant soi) ou, à défaut, rendue potable par ébullition (1 minute à gros bouillons) ou par une désinfection (produits à base de dichloroisocyanurate de sodium ou hypochlorite de sodium), éventuellement précédée d'une filtration (filtre portatif) si l'eau est trouble ;
  • ne pas consommer telle quelle l'eau en sachet ;
  • éviter la consommation de glaçons ;
  • éviter les jus de fruits frais préparés de façon artisanale ;
  • ne consommer du lait que s'il est pasteurisé ou bouilli et que la chaîne du froid est assurée ;
  • laver ou peler les fruits soi-même après s'être lavé les mains ;
  • éviter les crudités, les coquillages, les plats réchauffés ;
  • éviter les glaces artisanales (le risque est moins élevé avec les glaces industrielles si l'emballage est intact) ;
  • bien cuire les œufs, les viandes, les poissons et les crustacés.

Source : Outbreak News Today.